Collège de France

  • Le développement de l'historiographie de l'art, au cours du XIXe siècle, a été grandement favorisé par l'invention puis les progrès de la photographie. Peu à peu, les chefs-d'oeuvre de la peinture et de la sculpture ont fait l'objet de campagnes photographiques menées dans toutes les grandes collections publiques. L'enseignement de l'histoire de l'art a profité de cette documentation sous la forme de projections lumineuses qui, à partir des années 1890, l'accompagnent d'abord en Allemagne, puis dans les autres pays européens.Roland Recht consacre sa leçon de clôture à la projection lumineuse, outil dont tous les enseignements d'art ou d'archéologie se servent depuis plus d'un siècle. L'introduction du projecteur dans la salle de cours a non seulement modifié les comportements de l'orateur et du public, mais a également contribué, d'une certaine façon, à redéfinir les orientations de l'histoire de l'art. Les possibilités qu'offrent aujourd'hui certains logiciels favorisent tout particulièrement une nouvelle approche de l'oeuvre d'art visible sur l'écran.

  • Je n'ai foi que dans l'art et, sans lui, je suis perdu. Souvent, j'enferme des tableaux dans l'obscurité d'un container, durant de longues années. Que font les tableaux ainsi enfermés pendant tout ce temps, jusqu'au moment où ils se rappellent à mon souvenir en me faisant signe ? Rien ? Certainement pas, puisqu'ils ont su rassembler des forces pour attirer l'attention sur eux. Après avoir libéré la toile de l'obscurité, je la repeins et une transition s'opère vers un autre état. L'autodestruction a toujours été le but le plus intime, le plus sublime de l'art, dont la vanité devient alors perceptible. Quelle que soit la force de l'attaque, et quand bien même il sera parvenu à ses limites, l'art survivra à ses ruines.

  • L'art meurt du commentaire sur l'art. Le commentaire envahit tout - souvent, hélas, au détriment de l'oeuvre. Censée se suffire à elle-même, elle ne s'apprécie plus qu'assortie d'un discours. Pire : d'accessoire, le commentaire est devenu central - comme le pilier d'un art qui peinerait désormais à tenir debout tout seul ou qui, faute d'émouvoir, exigerait pour être senti filtres, écrans, médiations

  • L'histoire de l'architecture ne cesse de conjuguer deux regards : celui, panoramique, portant sur les ensembles urbains, révélant les politiques sociales ou techniques, et celui sur les édifices et leurs intérieurs, vus en gros plan, qui reflète les idéaux et l'engagement de leurs auteurs et de leurs habitants. Faisant dialoguer théoriciens, philosophes et écrivains avec les architectes du xxe siècle (Mies van der Rohe, Wright ou Le Corbusier), Jean-Louis Cohen suggère une approche renouvelée, ancrée dans l'histoire culturelle et dans l'humain, de l'architecture comme questionnement et comme pratique.

  • Les oeuvres d'art acquièrent du sens précisément parce qu'elles offrent une expérience qui nous conduit au-dehors, au-delà du périmètre de nos existences concrètes, connues et descriptibles, là où les signes n'ont pas encore été tournés en symboles et où il n'y a pas de vocabulaire descriptif ; elles frappent à la porte de la non-connaissance, mais aussi du non-connaissable.
    La relation étroite entre la matière, le langage et la pensée permet aux artistes de changer les formes matérielles et, ainsi, de créer des pensées et des émotions nouvelles. Ce lien essentiel est le fondement de la pratique de la sculpture ; c'est ce qui en fait une forme puissante et pertinente de l'expression artistique.

  • Au musée, voir en même temps les objets là où ils sont, et là où ils ne sont plus, c'est-à-dire dans les régions où ils ont été pris. Jouir de la beauté et du savoir accumulés dans nos villes pendant des siècles, mais en jouir en toute connaissance de cause, en ayant à l'esprit les conditions de collecte des objets dans des contextes économiques, militaires, épistémologiques asymétriques. Rendre visibles, pour mieux les maîtriser, les contradictions internes et les tensions flagrantes qui travaillent l'idée même de musée depuis son origine. Prêter beaucoup d'attention, dans ce contexte, aux regards et aux voix des dépossédés.

  • The history of architecture constantly combines two perspectives: one is panoramic and turned towards urban ensembles so as to reveal social or technical policies, while the other looks in close shot at buildings, their interior, and their reflection of the ideals and engagement of their creators and occupants. By articulating the thoughts of twentieth-century theoreticians, philosophers, writers and architects (such as Mies van der Rohe, Wright, or Le Corbusier), Jean-Louis Cohen offers a new approach to architecture as a subject of inquiry and as a practice - one that is rooted in cultural history and in its human dimension.

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