• Sagesse

    Michel Onfray

    Savoir vivre au pied d'un volcan. Comment se comporter dans une civilisation qui menace de s'effondrer ? En lisant les Romains, dont la philosophie s'appuie sur des exemples à suivre et non sur des théories fumeuses. Sagesse est un genre de péplum philosophique aux personnages hauts en couleur qui répond à des questions très concrètes : quel usage faire de son temps ? De quelle façon apprivoiser la mort ? Doit-on faire des enfants ? Qu'est-ce que tenir parole ? Qu'est-ce qu'aimer d'amour ou d'amitié ? Faut-il s'occuper de politique ? Que nous apprend la nature ? Dans l'attente de la catastrophe, on peut toujours vivre en Romain : c'est-à-dire droit et debout.

  • La nef des fous ; des nouvelles du Bas-Empire Nouv.

    Sous la forme d'une éphéméride, et ce sur presque tous les jours de cette année 2020, je consigne chaque délire dont notre temps est capable.
    Dans ce journal se croisent une petite fille de huit ans qui veut changer de sexe depuis l'âge de quatre ans ; des égorgeurs présentés comme de pauvres victimes d'elles-mêmes ; une jeune fille qui ne va plus à l'école et prophétise la catastrophe climatologique dont le clergé de son pays nous dit qu'elle est le Christ ; des femmes qui vendent des enfants pendant que d'autres les achètent ; l'Église catholique qui court après les modes du politiquement correct ; le journal Libération qui se dit progressiste en célébrant la coprophagie et la zoophilie ; des végans qui militent contre les chiens d'aveugles ; une anthropologue qui trouve qu'il y a trop de dinosaures mâles et pas assez de femelles dans les musées ; des pédophiles qui achètent des viols d'enfants en direct sur le Net ; un Tour de France qui commence au Danemark et un Paris-Dakar ayant lieu en Amérique du Sud ; un parfum élaboré par une femme à partir des odeurs de son sexe ; un chef de l'État qui, entre autres sorties, se félicite que ses ministres soient des amateurs ; Le Monde qui estime courageuse une mise en scène théâtrale qui présente Lucien de Rubempré en femme ; le pape et Tariq Ramadan pour qui le coronavirus est une punition divine - et autres joyeusetés du même genre... Entre rire voltairien et rire jaune, cette Nef des fous est un genre de journal du Bas-Empire de notre civilisation qui s'effondre.
    M. O.

  • L'opposition entre de Gaulle et Mitterrand met dos à dos un homme qui lutte contre l'effondrement d'une civilisation et un individu qui se moque que celle-ci disparaisse pourvu qu'il puisse vivre dans ses ruines à la façon d'un satrape. Le premier donne sa vie pour sauver la France ; le second donne la France pour sauver sa vie. L'un veut une France forte, grande et puissante, à même d'inspirer une Europe des patries ; l'autre la veut faible, petite et impuissante, digérée par l'Europe du capitalisme. L'un ressuscite Caton ; l'autre réincarne Néron. De Gaulle se sait et se veut au service de la France ; Mitterrand veut une France à son service. L'un sait avoir un destin ; l'autre se veut une carrière. De Gaulle n'ignore pas qu'il est plus petit que la France ; Mitterrand se croit plus grand que tout. Le Général sait que le corps du roi prime et assujettit le corps privé ; l'homme de Jarnac croit que son corps privé est un corps royal. L'un écoute le peuple et lui obéit quand il lui demande de partir ; l'autre reste quand le même peuple lui signifie deux fois son congé. L'homme de Colombey était une ligne droite ; celui de Jarnac un noeud de vipères. L'un a laissé une trace dans l'Histoire ; l'autre pèse désormais autant qu'un obscur président du Conseil de la IVeRépublique. L'un a fait la France ; l'autre a largement contribué à la défaire...
    Ce portrait croisé se lit comme une contre-histoire du XXe siècle qui nous explique où nous en sommes en même temps qu'elle propose une politique alternative qui laisse sa juste place au peuple : la première.
    M.O.

  • « La France est plus que jamais coupée en deux : non pas la droite et la gauche, non pas les libéraux et les anti-libéraux, non pas les progressistes et les souverainistes, mais d'une part ceux sur lesquels s'exerce le pouvoir, que je nomme le peuple, et d'autre part ceux qui exercent le pouvoir, les élites comme il est dit.
    Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres ! Ce mot de La Boétie doit devenir l'impératif catégorique d'une gauche libertaire et populaire, populiste même si l'on veut, car il n'y a que deux côtés de la barricade, et je ne crains pas de dire que j'ai choisi le camp du peuple contre le camp de ceux qui l'étranglent. »

  • Vies philosophiques Nouv.

    L'art du portrait relève de l'autoportrait : on ne choisit pas par hasard d'isoler une figure parmi une multitude pour lui consacrer un livre sans exprimer quelque chose de soi... Pourquoi elle ou lui ? Et pas tel ou telle ? Peindre un tiers, c'est donner une image de soi.
    Ces Vies philosophiques retracent les parcours de personnes pour lesquelles la philosophie n'était pas un jeu rhétorique ou sophistique, mais l'affaire d'une existence.
    Montaigne, Charlotte Corday, Mme Roland, Théroigne de Méricourt, Olympe de Gouges, Germaine de Staël, Brummell, Nietzsche, Thoreau, Georges Palante, Camus, Bourdieu ont servi la philosophie et la pensée plus qu'ils ne s'en sont servis - au contraire de Freud, lui aussi portraituré ici mais comme le contre-modèle d'une vie philosophique !
    J'estime en effet que la preuve du philosophe, c'est la vie philosophique qu'il mène - ou non... Il n'est pas tenu de réussir, mais, du moins, s'il veut être crédible, il est obligé d'essayer.
    Ces Vies sont autant d'occasions d'édification existentielle.
    M. O.

  • Un virus bien en chair et en os, si je puis me permettre, a démontré que le virus virtuel n'était pas la seule réalité avec laquelle nous avions à compter. Venu de Chine où des pangolins et des chauves-souris ont été incriminés, il a mis le monde à genoux.
    Il a été le révélateur, au sens photographique du terme, des folies de notre époque : impéritie de l'État français, faiblesse extrême de son chef, impuissance de l'Europe de Maastricht, sottise de philosophes qui invitaient à laisser mourir les vieux pour sauver l'économie, cacophonie des scientifiques, volatilisation de l'expertise, agglutination des défenseurs du système dans la haine du professeur Raoult, émergence d'une médecine médiatique, indigence du monde journalistique, rien de très neuf...
    Le covid-19 rappelle une leçon de choses élémentaire : il n'est pas le retour de la mort refoulée, mais la preuve vitaliste que la vie n'est que par la mort qui la rend possible. Tout ce qui est naît, vit, croît et meurt uniquement pour se reproduire - y compris, et surtout, chez les humains. Ce virus veut la vie qui le veut, ce qui induit parfois la mort de ceux qu'il touche. Mais quel tempérament tragique peut et veut encore entendre cette leçon de philosophie vitaliste ?
    Michel Onfray.

  • Décadence

    Michel Onfray

    Les pyramides égyptiennes, les temples grecs, le forum romain : autant de traces de civilisations mortes prouvant... qu'elles sont mortelles! La nôtre, vieille de deux mille ans, n'échappe pas à cette loi.
    On y trouve : des moines fous du désert, des empereurs chrétiens sanguinaires, des musulmans construisant leur «paradis à l'ombre des épées», de grands inquisiteurs, des procès d'animaux, la résurrection de Lucrèce, une révolution jacobine qui tue deux rois, des dictatures de gauche puis de droite, des camps de la mort bruns et rouges, sans parler de mille autres choses...
    Ce livre n'est ni optimiste ni pessimiste, mais tragique, car il ne s'agit plus de rire ou de pleurer, mais de comprendre.

  • « J'ai subi un infarctus quand je n'avais pas encore trente ans, un AVC quelque temps plus tard, puis un deuxième en janvier 2018. Nietzsche a raison de dire que toute pensée est la confession d'un corps, son autobiographie. Que me dit le mien avec ce foudroiement qui porte avec lui un peu de ma mort ? La disparition de ma compagne cinq ans en amont de ce récent creusement dans mon cerveau, qui emporte avec lui un quart de mon champ visuel, transforme mon corps en un lieu de deuil. "Faire son deuil" est une expression stupide, car c'est le deuil qui nous fait. »

  • Cosmos

    Michel Onfray

    « Trop de livres se proposent de faire l'économie du monde tout en prétendant nous le décrire. Cet oubli nihiliste du cosmos me semble plus peser que l'oubli de l'être. Les monothéismes ont voulu célébrer un livre qui prétendait dire la totalité du monde. Pour ce faire, ils ont écarté des livres qui disaient le monde autrement qu'eux. Une immense bibliothèque s'est installée entre les hommes et le cosmos, et la nature, et le réel. » Michel Onfray nous propose de renouer avec une méditation philosophique en prise directe avec le cosmos. Contempler le monde, ressaisir les intuitions fondatrices du temps, de la vie, de la nature, comprendre ses mystères et les leçons qu'elle nous dispense : telle est l'ambition de ce livre très personnel, qui renoue avec l'idéal grec et païen d'une sagesse humaine en harmonie avec le monde.

  • Une grande partie de l'histoire de la pensée occidentale s'est effondrée lors de l'ouverture des camps d'extermination nazis en 1945. Comment l'embrasement de l'Europe par le national-socialisme a-t-il pu survenir, en dépit des progrès de la raison, en dépit des Lumières ?
    Hannah Arendt a examiné ce phénomène à travers ses analyses du totalitarisme, des crises de la culture et de l'éducation.
    Hans Jonas a constaté que la planète était en danger, que les biotechnologies mettaient l'humain en péril. L'écologie lui doit beaucoup.
    Günther Anders étudia, entre autres, la bombe atomique, les machines, la propagande, les médias, la pollution, l'idéologie mortifère du capitalisme, avant de conclure à l'obsolescence programmée de l'homme.
    En tant que Juifs, tous trois ont connu l'extermination des leurs, la persécution, l'errance. Leurs écrits prennent à bras le corps le monde réel et concret, les choses du monde, la boue du monde.

  • Existe deux « Pensée 68 ». La première a rendu possible l'événement, la seconde a été rendue possible par lui. Deleuze, Foucault, Althusser, Lacan, Barthes et quelques autres ont été de sages professeurs avant Mai, et de purs produits de ce qui est advenu ensuite. Mais une autre pensée de Mai 68 a fonctionné en combustible de la flamme d'une histoire qui, rappelons-le, a été planétaire. Il faut aller la chercher du côté des avant-gardes littéraires, mais encore chez Henri Lefebvre, nietzschéen de gauche, dans le freudo-marxisme de Marcuse, les analyses de Guy Debord sur le spectacle, la fétichisation de la marchandise, ou enfin chez Raoul Vaneigem, qui cherchait des remèdes à l'existence mutilée et aliénée.
    Les soixante-huitards se retrouvèrent sans père, et sans boussole. Un grand moment de déchristianisation avait eu lieu. Ce fut aussi un grand pas vers le nihilisme.

  • " Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l'intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d'un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place et de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l'obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion de l'au-delà, l'ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité monogamique, l'épouse et la mère, l'âme e l'esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébréoe " M.O.

    En philosophie, il y eut jadis une époque " Mort de Dieu ". La nôtre, ajoute Michel Onfray, serait plutôt celle de son retour. D'où l'urgence, selon lui, d'un athéisme argumenté, construit, solide et militant.

  • Après « La pensée post-nazie » et « L'autre pensée 68 », tous deux publiés au printemps 2018, voici le dernier volume de l'extraordinaire chantier de Michel Onfray : écrire une « contre-histoire » de la philosophie, cheminant le long de la philosophie officielle, majoritaire, face à elle, et envisager une contre-philosophie embrassant tous les domaines, métaphysiques, esthétiques, politiques, phénoménologiques, poétiques, sociaux. Et proposant des oeuvres, des lectures, des philosophes inconnus.
    Voici donc « La résistance au nihilisme ».

    « Les promesses de Mai n'ont pas été tenues. La révolution politique n'a pas eu lieu, quelle qu'aient pu être ses formes. En revanche la révolution métaphysique a eu lieu, elle a été libertaire. Le meilleur fut la fin d'un monde tout entier construit sur la hiérarchie qui, étymologiquement, suppose le pouvoir du sacré. Le patriarcat associé au monothéisme chrétien avait fait son temp. Pour autant, la fin des valeurs judéo-chrétiennes n'a pas été suivi par l'avènement de nouvelles valeurs postchrétiennes. Dès lors, l'abolition de la domination du supérieur par l'inférieur a accompagné une transvaluation des valeurs de sorte que l'inférieur s'est mis à dominer le supérieur. Jadis, le patron faisait la loi sur les ouvriers, les enseignants sur leurs élèves, les parents sur leurs enfants. Après Mai ce fut l'inverse. Révolte des esclaves aurait dit Nietzsche : le nihilisme comme symptôme de ce que les déshérités n'ont plus aucune consolation ».
    Après une longue introduction sur la construction du nihilisme (le « gauchisme culturel », l'antifascisme et l'antiracisme revisités, le structuralisme, Deleuze, les nouveaux philosophes, Foucault, les libéraux libertaires, la « gauche libertaire » de Bourdieu...), Michel Onfray s'arrête longuement sur trois figures : Vladimir Jankélévitch ; Mikel Dufrenne et « l'affirmation joyeuse » ; enfin Robert Misrahi et « les actes de la joie ». Avant de conclure sur la vie philosophique...

  • La plupart du temps, quand un peintre choisit de traiter un sujet philosophique, il peint un texte. Un texte ou une phrase de ce texte, un moment de ce texte, voire un mot. Comme il est difficile de peindre une idée, il lui faut peindre un clin d'oeil qui dira cette idée à laquelle se résume la totalité de la pensée du philosophe : ce clin d'oeil est un détail, or le diable est dans les détails. Ce qu'il faut voir dans une peinture que je dirai philosophique, c'est le détail qui résume cette philosophie.
    Pour Anaxagore, c'est une lampe à huile, des légumes pour Pythagore, une cruche pour Socrate et Xanthippe, des larmes pour Héraclite, un rire pour Démocrite, une coupe pour Socrate, une lanterne pour Diogène, une caverne pour Platon, un crocodile pour Aristote, une lancette pour Sénèque, un pain pour Marc-Aurèle, une coquille pour Augustin, ceci pour rester dans les limites de la philosophie antique.
    De Pythagore à Derrida, via Descartes et Kant, Montaigne et Rousseau, Voltaire et Nietzsche parmi d'autres, en trente-quatre toiles, donc en trente-quatre philosophes, Michel Onfray propose une histoire de la philosophie par la peinture !

  • En parcourant le chemin de la Garenne qui traverse et forme une boucle aux abords de Chambois, village où il a grandi et où il possède toujours une maison près de celle de sa mère, Michel Onfray retrouve les souvenirs et les sensations de l'enfance.
    Il se souvient des personnages hauts en couleurs, durs à la peine - ses parents en premier lieu : le père ouvrier agricole, la mère « bonne à tout faire ». L'auteur observe le passage du temps, les ravages de la modernité : les édiles locaux en prennent pour leur grade, les agriculteurs inféodés à l'industrie chimique également, mais aussi les écologistes qui ont fait supprimer les barrages sur la Dives pour favoriser la remontée de saumons dont on n'a jamais vu trace dans cette rivière.
    On trouve des éloges inattendus : celui de la baronne qui a préféré quitter à jamais le village plutôt que de cohabiter avec les nazis qui avaient réquisitionné son château ; celui de Mme Hay, qui avait fondé une petite école catholique à destination des enfants pauvres, à qui l'auteur attribue son éveil intellectuel malgré les cours de catéchisme et les prières obligatoires. La nature est très présente : l'enfance est pleine de grillons, de couleuvres, de crapauds, de fleurs et de plantes longuement évoquées. Teintée d'une mélancolie sincère et d'un authentique attendrissement, la promenade sur le chemin de la Garenne est l'occasion de croiser les figures chères du passé.

  • Tocqueville passe pour le penseur de la démocratie et de la liberté dans un monde qui n'aime ni l'une ni l'autre. En fait, à le lire vraiment, on découvre qu'il fut assez peu démocrate et très peu défenseur de la liberté : en effet, ce philosophe justifie le massacre des Indiens d'Amérique, la société d'apartheid, la violence coloniale en Algérie ou encore le coup de feu contre les ouvriers quarante-huitards demandant du travail et du pain. Il ne faut pas s'étonner qu'il ait pu servir à justifier la conversion du socialisme au libéralisme en 1983 et, sous couvert de droit d'ingérence, les guerres néocoloniales initiées dès 1990.
    Si l'on est blanc, catholique, européen, propriétaire, Tocqueville est le penseur ad hoc. Sinon, l'auteur de La démocratie en Amérique ne craint pas de justifier ce que l'on nomme aujourd'hui « ethnocide » ou « crime de guerre».

  • Michel Onfray part sur les traces de Nietzsche : connaître ce philosophe majeur nécessite de mettre ses pas dans ceux du grand illuminé, et savoir dans quelles conditions physiques son oeuvre s'est élaborée. À Sils-Maria, Nietzsche a trouvé un lieu idéal pour développer sa pensée et tenter de maîtriser son corps douloureux. C'est là qu'il écrira son Zarathoustra.
    Michel Onfray y prononce une conférence en juillet 2018 : « Jouir du bonheur vespéral de l'Antiquité » (la phrase est de Nietzsche, à propos de son attrait pour la pensée d'Épicure).
    Pour Nietzsche, être moderne c'est être grec ; comme pour Rimbaud, c'est être peau-rouge.
    Tous deux, simultanément, marquent le début de la sortie de la civilisation judéo-chrétienne.
    La pensée de Nietzsche a été falsifiée, déformée - notamment par sa soeur pronazie qui a trafiqué des citations pour former un recueil, La volonté de puissance, dont se sont servis les adeptes de Mussolini et Hitler : un faux pur et simple. Michel Onfray s'attache à démonter les accusations de ceux qui ont reproché à Nietzsche d'avoir fourni des armes idéologiques aux nazis ou de ceux qui ont voulu l'embrigader dans la pensée gauchiste du désir tout-puissant.
    Familier des textes de Nietzsche -il a découvert Zarathoustra à l'adolescence-, Michel Onfray met en évidence l'intensité des passions que le philosophe a suscitées depuis plus d'un siècle.

  • Le titre de ce volume est emprunté au philosophe et poète épicurien Lucrèce (Ier siècle), l'un des représentants du matérialisme antique dont l'influence a été déterminante sur la pensée matérialiste et hédoniste de Michel Onfray. Les simulacres désignent dans la pensée épicurienne ces microparticules qui se détachent des corps et ont la même structure qu'eux : c'est grâce aux simulacres que les différentes espèces de perception sont rendues possibles.
    Ce titre rassemble donc les dix-sept livres d'Onfray consacrés à la question de l'esthétique sous le patronage de cette pensée matérialiste. Car, pour Onfray, l'art n'est pas chose mentale, il est chose matérielle, il est perception et expérience d'un corps, tant celui du spectateur (ou de l'auditeur dans le cas de la musique) que celui de l'artiste lui-même. Comprendre un artiste, qu'il soit peintre, photographe, sculpteur ou musicien, c'est montrer comment son travail et son oeuvre viennent s'inscrire dans une biographie, un corps et un tempérament. Cette dimension éminemment matérialiste apparaît aussi dans ce volume en ce qu'il entend montrer que l'esthétique d'Onfray (rappelons que le mot esthétique vient du mot grec voulant dire « sensation ») est une esthétique « du corps élargi » en ce qu'elle entend ne pas se situer uniquement sur le terrain de la vue et de l'ouïe mais aussi de l'odorat, du goût et du toucher. Raison pour laquelle on trouvera ici deux livres d'Onfray sur la gastronomie, un livre sur l'oenologie et un livre sur l'érotisme, qui relèvent chacun à leur manière du domaine de l'art.

  • Orwell montre ce qu'est une dictature et comment elle fonctionne. Voici ses dix commandements.
    Le premier : détruire la liberté - donc activer la police de la pensée, assurer une surveillance perpétuelle, dénoncer le crime-par-la-pensée, supprimer la solitude, se réjouir aux fêtes obligatoires, ruiner la vie personnelle.
    Le deuxième : appauvrir la langue - donc pratiquer une nouvelle langue, utiliser le double langage, parler une langue unique.
    Le troisième : abolir la vérité - donc propager de fausses nouvelles, effacer le passé, produire le réel.
    Le quatrième : supprimer l'histoire - donc organiser des cérémonies de la haine, réécrire l'histoire, détruire les livres.
    Le cinquième : nier la nature - donc nier les lois de la nature, imposer un corps hygiéniste, procréer médicalement.
    Le sixième : artificialiser les corps - détruire la pulsion de vie, procréer médicalement, organiser la frustration sexuelle.
    Le septième : ruiner la culture - donc réaffecter les églises, industrialiser les productions artistiques, baisser l'instruction du peuple, formater les enfants, supprimer la beauté.
    Le huitième : fomenter des guerres - donc : se créer un ennemi, entretenir des guerres.
    Le neuvième : aspirer à l'Empire - donc : gouverner avec les élites, pratiquer un urbanisme de classe ; administrer l'opposition, psychiatriser toute pensée critique, dissimuler le pouvoir.
    Le dixième : effacer l'homme - donc : dominer grâce au progrès, achever le dernier homme.

    La Ferme des animaux, quant à elle, démontre qu'une révolution, au sens étymologique, mais aussi au sens politique, est un mouvement qui ramène toujours à son point de départ. Avec le temps, les animaux de la ferme qui exproprient leur maître se font plus tyranniques que ledit maître. Seul l'âne, qui est l'animal auquel on ne saurait imposer le joug, sauve le monde en gardant l'esprit critique.
    Toute ressemblance avec une situation connue n'est évidemment pas fortuite pour Michel Onfray qui rappelle que 2050 est la date ultime fixée par Orwell pour l'aboutissement de sa funeste prophétie. « À la vitesse où vont les choses, Orwell, s'inquiète-t-il, aura peut-être raison : 2050 n'est pas un espoir vain pour les nihilistes qui se disent progressistes. »

  • Selon le principe du Journal hédoniste, ce volume rassemble une quinzaine de textes conçus comme des réflexions instantanées sur les événements et débats du moment, des lectures ou des spectacles, des amitiés, ou évocations plus intimes liées à l'engagement de philosophe de Michel Onfray comme à sa vie personnelle.
    Le premier de ces textes, « Penser comme un cheval », est un hommage à Bartabas, chez qui Michel Onfray retrouve le signe de cette sagesse des premiers âges qu'il rattache au panthéisme : la communion de l'homme avec l'animal. Ce lien essentiel qui l'unit à la nature est souligné dans deux autres chroniques sur la lumière et les oiseaux. La pensée politique de Michel Onfray, indissociable de sa réflexion philosophique, s'exprime avec force dans un éloge de Proudhon et de son « anarchie positive », modèle à ses yeux d'une révolution qui peut s'accomplir sans violence. Il reprend cette même idée dans un très beau texte sur Camus, « Célébration de l'Algérie », y rappelant l'aspiration de l'auteur de L'Étranger à une révolution politique qui ne soit pas dogmatique. Michel Onfray prend là le parti de Camus contre Sartre et la « légende sartrienne », inscrivant ce « maître de sagesse » dans la lignée de ceux qui « pensent pour vivre » - Montaigne, Pascal, Diderot, Nietzsche... - et non pour seulement philosopher. Michel Onfray appartient à cette même famille, fidèle aux enseignements de son « vieux maître », Lucien Jerphagnon, dont il salue l'oeuvre et la mémoire dans des pages émouvantes.
    Au « nihilisme contemporain qui consiste à aborder la plupart des problèmes sous l'angle du pire », Michel Onfray oppose l'esprit des Lumières, le meilleur garant pour lui d'une indépendance et d'une vitalité intellectuelles dont il fournit dans ce Journal un exemple éclatant.

  • Il est difficile, ces temps-ci, de penser librement et encore plus de penser en athée. Affirmer que les idéaux de la philosophie des Lumières sont toujours d'actualité fait paradoxalement passer pour un réactionnaire, un islamophobe, voire un compagnon de route du Front national assimilé au fascisme. Dans ce livre, je me propose de réactiver la pensée des Lumières. Non pas en faveur ou en défaveur, mais en philosophe. Je lis le Coran, j'examine les hadîths et croise le tout avec des biographies du Prophète pour montrer qu'il existe dans ce corpus matière au pire et au meilleur : le pire, ce que des minorités agissantes activent par la violence ; le meilleur, ce que des majorités silencieuses pratiquent de manière privée. Comment la République doit-elle considérer ces deux façons d'être musulman ? Nous nommons barbarie ce que nous ne voulons pas comprendre. L'islam terroriste a été partiellement créé par l'Occident belliqueux. D'où la nécessité de se remettre à penser.
    M. O.

  • « Je n'imagine pas la philosophie sans la vie philosophique, et la vie philosophique sans le roman autobiographique qui l'accompagne, la rend possible et témoigne de l'authenticité du projet. Une existence doit produire une oeuvre exactement comme en retour une oeuvre doit générer une existence. » M. Onfray, Théorie du corps amoureux.

    Ce livre est le parfait résumé d'une oeuvre par son auteur. Composé de pensées, fragments, aphorismes, extraits de tous ses ouvrages, de 1989 à aujourd'hui, cela représente la véritable bible du philosophe français le plus connu dans le monde.
    Il s'y trouve tout ce qui constitue la philosophie d'Onfray : l'hédonisme, sa critique de la morale et des religions, son rejet de la psychanalyse, le libertinage, l'amour, la sexualité, les philosophes, Nietzsche, l'athéisme, le voyage, la politique, le vin, la diététique, la bourgeoisie, l'Europe, l'anarchie, le capitalisme, les Tziganes, ses visions toutes personnelles de la nature, de l'art, de l'écriture... Des sujets multiples comme autant de facettes d'une pensée polyphonique fascinante.
    Un dictionnaire de vie philosophique, pour tous.

  • Après les monothéismes (Traité d'athéologie), Michel Onfray s'attaque à la psychanalyse en instruisant le procès de son fondateur. Il compare Freud à un chamane, car selon lui le freudisme et la psychanalyse reposent sur une série de croyances, qui leur confèrent un faux aspect rationaliste et objectif.

  • « Ce que la clique journalistique maastrichienne nomme recomposition depuis l'élection de son homme-lige n'est en fait qu'une décomposition [...]. Car Macron n'a pas tué le PS qui était déjà mort, il n'a pas fusillé les Républicains qui étaient déjà détruits, il n'a pas pulvérisé le FN déjà coupé en deux, il n'a pas tué Mélenchon qui était déjà faisandé, il n'a pas dessoudé l'extrême gauche qui était déjà atomisée...
    [...] Macron a simplement rassemblé sous son nom la rouerie et le cynisme de Mitterrand, la vassalisation et le pragmatisme de Chirac, l'énergie et l'hyperprésidence de Sarkozy, la roublardise et le sourire de Hollande : c'est l'homme de la synthèse construit par les médias aux mains de quelques-uns et par les marchés. Zéro de conduite propose la chronique de son début de règne. »

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