• « J'ai conçu Canoës comme un roman en pièces détachées : une novella centrale, "Mustang", et autour, tels des satellites, sept récits. Tous sont connectés, tous se parlent entre eux, et partent d'un même désir : sonder la nature de la voix humaine, sa matérialité, ses pouvoirs, et composer une sorte de monde vocal, empli d'échos, de vibrations, de traces rémanentes. Chaque voix est saisie dans un moment de trouble, quand son timbre s'use ou mue, se distingue ou se confond, parfois se détraque ou se brise, quand une messagerie ou un micro vient filtrer leur parole, les enregistrer ou les effacer. J'ai voulu intercepter une fréquence, capter un souffle, tenir une note tout au long d'un livre qui fait la part belle à une tribu de femmes - des femmes de tout âge, solitaires, rêveuses, volubiles, hantées ou marginales. Elles occupent tout l'espace. Surtout, j'ai eu envie d'aller chercher ma voix parmi les leurs, de la faire entendre au plus juste, de trouver un "je", au plus proche. »
    (M. de K.)

  • "Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps."

    Réparer les vivants est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour.

  • "Finbarr repoussa la couverture, repoussa l'idée de la bière et du tabac, l'idée d'un tour au pub ou d'un racket crapuleux derrière les tanneries, il repoussa l'idée des filles de Belgooly. Il écarta tout cela et alors, il ne resta plus devant lui que l'avenir tout nu et qui n'en finissait pas."

    Irlande, 1915. La nuit où Finbarr Peary décide de quitter le petit village misérable dans lequel il a grandi, un navire échoue près de la côte. Les décisions qu'il prendra alors bouleverseront le cours de son existence.
    Été 2003, une expédition nocturne s'organise sur les pentes du Stromboli. Deux amis, aux prises avec leurs vertiges volcaniques, tombent sous le charme d'une inconnue, Antonia. Cette rencontre pourrait bien précipiter leur chute à tous...

  • «Paula s'avance lentement vers les plaques de marbre, pose sa paume à plat sur la paroi, mais au lieu du froid glacial de la pierre, c'est le grain de la peinture qu'elle éprouve. Elle s'approche tout près, regarde : c'est bien une image. Étonnée, elle se tourne vers les boiseries et recommence, recule puis avance, touche, comme si elle jouait à faire disparaître puis à faire revenir l'illusion initiale, progresse le long du mur, de plus en plus troublée tandis qu'elle passe les colonnes de pierre, les arches sculptées, les chapiteaux et les moulures, les stucs, atteint la fenêtre, prête à se pencher au-dehors, certaine qu'un autre monde se tient là, juste derrière, à portée de main, et partout son tâtonnement lui renvoie de la peinture. Une fois parvenue devant la mésange arrêtée sur sa branche, elle s'immobilise, allonge le bras dans l'aube rose, glisse ses doigts entre les plumes de l'oiseau, et tend l'oreille dans le feuillage.»

  • Corniche Kennedy

    Maylis de Kerangal

    'Les petits cons de la corniche. La bande. On ne sait les nommer autrement. Leur corps est incisif, leur âge dilaté entre treize en dix-sept, et c'est un seul et même âge, celui de la conquête : on détourne la joue du baiser maternel, on crache dans la soupe, on déserte la maison.'
    Le temps d'un été, quelques adolescents désoeuvrés défient les lois de la gravitation en plongeant le long de la corniche Kennedy. Derrière ses jumelles, un commissaire, chargé de la surveillance de cette zone du littoral, les observe. Entre tolérance zéro et goût de l'interdit, les choses vont s'envenimer...
    Âpre et sensuelle, la magie de ce roman ne tient qu'à un fil, le fil d'une écriture sans temps morts, cristallisant tous les vertiges.

  • - 50%

    À l'aube du second jour, quand soudain les buildings de Coca montent, perpendiculaires à la surface du fleuve, c'est un autre homme qui sort des bois, c'est un homme hors de lui, c'est un meurtrier en puissance. Le soleil se lève, il ricoche contre les façades de verre et d'acier, irise les nappes d'hydrocarbures moirées arc-en-ciel qui auréolent les eaux, et les plaques de métal taillées en triangle qui festonnent le bordé de la pirogue, rutilant dans la lumière, dessinent une mâchoire ouverte.

    Ce livre part d'une ambition à la fois simple et folle : raconter la construction d'un pont suspendu quelque part dans une Californie imaginaire à partir des destins croisés d'une dizaine d'hommes et femmes, tous employés du gigantesque chantier. Un roman-fleuve, à l'américaine, qui brasse des sensations et des rêves, des paysages et des machines, des plans de carrière et des classes sociales, des corps de métiers et des corps tout court.

  • Brasserie parisienne, restaurant étoilé, auberge gourmande, bistrot gastronomique, taverne mondialisée, cantine branchée, Mauro, jeune cuisinier autodidacte, traverse Paris à vélo, de place en place, de table en table. Un parcours dans les coulisses d'un monde méconnu, sondé à la fois comme haut-lieu du patrimoine national et comme expérience d'un travail, de ses gestes, de ses violences, de ses solidarités et de sa fatigue. Au cours de ce chemin de tables, Mauro fait l'apprentissage de la création collective, tout en élaborant une culture spécifique du goût, des aliments, de la commensalité. À la fois jeune chef en vogue et gardien d'une certaine idée de la cuisine, celle que l'on crée pour les autres, celle que l'on invente et que l'on partage.
    /> Maylis de Kerangal est écrivain. Ses romans et ses nouvelles sont publiés aux Éditions Verticales. Elle vit et travaille à Paris.

  • Dans les rapides

    Maylis de Kerangal

    "T'es rock, t'es pas rock. La vie rock. Ce n'est pas gravé sur les disques, ce n'est pas imprimé dans les livres. Une épithète consubstantielle, un attribut physique comme être blonde, nerveux, hypocondriaque, debout. Rock rock rock. Le mot est gros comme un poing et rond comme un caillou. Prononcé cent fois par jour, il ne s'use pas. Dehors le ciel bouillonne, léger, changeant quand les nuages pèsent lourd, des milliers de tonnes bombent l'horizon derrière les hautes tours, suspendus. Être rock. Être ce qu'on veut. Plutôt quelque chose de très concret. Demandez le programme !"
    Le Havre, 1978. Elles sont trois amies inséparables. Un dimanche de pluie, elles font du stop, et dans la R16 déboule la voix de Debbie Harris, la chanteuse de Blondie. Debbie qui s'impose aux garçons de son groupe, Debbie qui va devenir leur modèle.

  • Lampedusa. Une nuit d'octobre  2013, une femme entend à la radio ce nom aux résonances multiples. Il fait rejaillir en elle la figure de Burt Lancaster - héros du Guépard de Visconti et du Swimmer de Frank Perry - puis, comme par ressac, la fin de règne de l'aristocratie sicilienne en écho à ce drame méditerranéen : le naufrage d'un bateau de migrants.
    Écrit à la première personne, cet intense récit sonde un nom propre et ravive, dans son sillage, un imaginaire traversé de films aimés, de paysages familiers, de lectures nomades, d'écrits antérieurs. Lampedusa, île de littérature et de cinéma devenue l'épicentre d'une tragédie humaine. De l'inhospitalité européenne aussi.
    Entre méditation nocturne et art poétique, À ce stade de la nuit est un jalon majeur dans le parcours littéraire de Maylis de Kerangal.

  • Kiruna

    Maylis de Kerangal

    "J'ai cherché une mine comme on cherche un point de passage dans le sous-sol terrestre, un accès aux formes qui le structurent, aux matières qui le composent, aux mouvements qui l'animent, à ce qu'il recèle de trésors et de ténèbres, à ce qu'il suscite comme convoitise et précipite comme invention. Je l'ai cherchée comme on cherche la porte de cet espace inconnu sur quoi s'appuient nos existences, espace dont je ne sais s'il est vide ou plein, s'il est creusé d'alvéoles, de grottes ou de galeries, percé de tunnels ou aménagé de bunkers, s'il est habité, s'il est vivant."
    Maylis de Kerangal
    SUR LE MODE DES GRANDS REPORTAGES
    Dotée d'une carte blanche dans le cadre des résidences « Mineurs d'un autre monde », Maylis de Kerangal prend un vol à destination de Kiruna et nous emmène en Laponie suédoise. Sur le mode du reportage littéraire, elle nous invite à la découverte de l'une des plus grandes exploitations minières encore en activité.
    LA VILLE DE KIRUNA
    Kiruna est une ville de 18 154 habitants. Sa création en 1903 découle directement de la présence d'un gisement de fer issu du bouclier scandinave et reste encore aujourd'hui au fondement de l'économie de la cité.
    La société minière LKAB est créée en 1890 pour exploiter le gisement. 1,1 milliard de tonnes de minerai ont été extraits en 110 ans d'exploitation.
    En 2004 les résultats d'un diagnostic des sols révèlent que la ville menace de s'effondrer. Une opération débutée en 2009 vise à déplacer la ville minière de 5km...
    UNE APPROCHE KALÉIDOSCOPIQUE
    Nous suivons l'auteure dans son exploration des lieux au fil de chapitres courts, à travers lesquelles elle nous livre autant de points de vue que d'informations pour appréhender Kiruna dans ses multiples dimensions : historique, urbanistique, économique, politique, géographique et humaine.
    Mais surtout, au fil de ses recherches et de ses rencontres, se dresse le portrait sensible d'hommes et plus particulièrement de femmes qui ont marqué l'histoire des lieux, manifestant ainsi l'importance de leurs luttes pour obtenir considération, reconnaissance et autorité au sein de cette industrie minière.
    À PROPOS DE L'AUTEURE
    Née en 1967, Maylis de Kerangal a été éditrice pour les Éditions du Baron perché et a longtemps travaillé avec Pierre Marchand aux Guides Gallimard puis à la jeunesse. Elle est, aujourd'hui, notamment membre du collectif Inculte. L'oeuvre de Maylis de Kerangal, principalement publiée aux Éditions Verticales, a été primée à de nombreuses reprises.

  • 'Ceux-là viennent de Moscou et ne savent pas où ils vont. Ils sont nombreux, plus d'une centaine, des gars jeunes, blancs, pâles même, hâves et tondus, les bras veineux le regard qui piétine, le torse encagé dans un marcel kaki, allongés sur les couchettes, laissant pendre leur ennui résigné dans le vide, plus de quarante heures qu'ils sont là, à touche-touche, coincés dans la latence du train, les conscrits.'
    Pendant quelques jours, le jeune appelé Aliocha et Hélène, une Française montée en gare de Krasnoïarsk, vont partager en secret le même compartiment, supporter les malentendus de cette promiscuité forcée et déjouer la traque au déserteur qui fait rage d'un bout à l'autre du Transsibérien. Les voilà condamnés à fuir vers l'est, chacun selon sa logique propre et incommunicable.

  • Retrouvez dans ce dossier les premiers chapitres des titres de la rentrée littéraire d'hiver 2014 des éditions Gallimard :

    Dominique Barbéris (La vie en marge) ; Lilyane Beauquel (En remontant vers le Nord) ; Tahar Ben Jelloun (L'ablation) ; Maylis de Kerangal (Réparer les vivants) ; Jean-Michel Delacomptée (Ecrire pour quelqu'un) ; Slobodan Despot (Le miel) ; Arthur Dreyfus (Histoire de ma sexualité) ; Philippe Le Guillou (Les années insulaires) ; Ian McEwan (Opération Sweet Tooth) ; Astrid Rosenfeld (Le legs d'Adam) ; Philippe Sollers (Médium).

    Vous pouvez accéder directement à chaque extrait par la table des matières de ce dossier ou lire les extraits à la suite. Retrouvez aussi photographie et biographie des auteurs. Tous ces livres numériques seront disponibles entre le 2 janvier et le 16 janvier 2014 chez votre libraire.

  • Retrouvez dans ce dossier gratuit les premiers chapitres de 15 titres incontournables pour vos lectures d'été, dans les collections Blanche, Série Noire et Du monde entier :

    Donnybrook (de Franck Bill), Noces de charbon (de Sophie Chauveau), Expo 58 (de Jonathan Coe), I Cursini (d'Alix Deniger), L'emprise (de Marc Dugain), Réparer les vivants (de Maylis de Kerangal), Ni toi ni moi (de Camille Laurens), Tempête (de J.M.-G. Le Clézio), Dernière récolte (d'Attica Locke), Opération Sweet Tooth (de Ian McEwan), Police (de Jo Nesbo), Cevdet Bey et ses fils (d'Orhan Pamuk), Le collier rouge (de Jean-Christophe Rufin), L'affaire Collini (de Ferdinand von Schirach) et S'abandonner à vivre (de Sylvain Tesson).

    Vous pouvez accéder directement à chaque extrait par la table des matières de ce dossier ou lire les extraits à la suite. Retrouvez aussi photographie et biographie des auteurs. Tous ces livres numériques sont en vente chez votre libraire.

  • Winner of the Wellcome Book Prize 2017.Longlisted for the Man Booker International Prize 2016. Now a major French film, REPARER LES VIVANTS/HEAL THE LIVING, directed by Katell Quillevere and starring Emmanuelle Seigner.
    A twenty-four-hour whirlwind of death and life.In the depths of a winter's night, the heart of Simon Limbeau is resting, readying itself for the day to come. In a few hours' time, just before six, his alarm will go off and he will venture into the freezing dawn, drive down to the beach, and go surfing with his friends. A trip he has made a hundred times and yet, today, the heart of Simon Limbeau will encounter a very different course.But for now, the black-box of his body is free to leap, swell, melt and sink, just as it has throughout the years of Simon's young life.5.50 a.m.This is his heart.And here is its story.Translated from the French by Jessica Moore

  • « Au son de la clochette, je suis entré dans une courette en ciment où s'alignaient des semis en pots, un fauteuil de plastique blanc, un balai. J'ai attendu, fléchissant les genoux pour voir au travers du carreau de la porte. Ariane est arrivée derrière moi, une bassine rose fluo dans les bras, la voix basse et limpide : c'est moi que tu cherches ? »

  • Pierre, feuille, ciseaux mais aussi îlot, parcelle, lisière... De mot en mot, au gré d'analogies et de fictions embryonnaires, apparaît un territoire composite fait de mystérieuses friches et de zones maraîchères, vestiges agricoles d'un autre temps. On y croise une vieille dame ex-chef de bande de la Cité-Jardin, une fillette qui conserve ses trésors dans une boîte à chaussures, on y trouve des centaines de téléphones portables qui recèlent des milliers de textos, une perle noire soigneusement enfouie au fond d'une commode, un cahier de couture et d'amples chorégraphies pour rejouer son existence aux yeux du monde.

  • Coca, Southern California. A small town on a wild river, at the margins of the red-rocked desert and the forest where the last of the state's Native Americans still make their home.When Boa, the charismatic new mayor, decides to put Coca on the map, he plans a monumental new project: a six-lane bridge, two hundred metres high, designed and destined to catapult the city into the third millennium.Workers from across the globe flock to California: to earn a living, to escape their pasts, to bear witness to man's mastery of nature. But the project's majestic scope has no regard for the legacy of this ancient land, and within this monochrome Babel festers a very human cocktail of fears and passions. At once timeless and yet exquisitely of its moment, Maylis De Kerangal's multi-award-winning novel follows its broad cast of construction workers and architects, diggers and dreamers, as they navigate both the intricacies of their project and the depths of the human heart.Translated from the French by Jessica Moore

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