• Le 18 juillet 1936 commence la guerre d'Espagne dont la mémoire est restée vivace. Elle jette l'une contre l'autre les deux Espagne mais très vite se complexifie car toutes les idéologies caractéristiques du XXe siècle s'affrontent férocement dans la péninsule : celles du passé, avec les traditionalistes, tant du point de vue religieux que social, celles qui caractérisent le siècle avec les fascistes, les anarchistes, les communistes, les socialistes, les trotskystes e ... les républicains.
    Les massacres, perpétrés dans chaque camp, selon une ampleur et des objectifs différents, ajoutent à la cruauté de ce conflit qui se termine par la victoire des franquistes. Pour les républicains de toutes nuances, c'est le temps de l'exil, essentiellement en France. La retirada, en 1939, charrie en une quinzaine de jours, une immense vague de 500 000 personnes, femmes, enfants, vieillards, hommes d'âge militaire, soldats et civils. Ils sont « reçus » soit dans des centres d'accueil improvisés, soit dans des camps qualifiés par les autorité françaises « de concentration ». Les hommes, intégrés d'abord dans des Compagnies, puis des Groupements de travailleurs étrangers, participent largement aux combats de la Résistance, soit dans des groupes de guérilleros, soit dans des unités françaises. Ayant participé à la libération du territoire français, ils échouent cependant en octobre 1944 dans leur tentative d'abattre le joug franquiste. L'introduction de l'Espagne franquiste dans les instances de l'ONU en 1955 sonne le glas de leurs espoirs et ils considèrent alors que le temps de « poser leurs valises » est venu. C'est le temps d'une intégration réussie dans le contexte de Trente Glorieuses.

  • Le 13 octobre 1761, Marc-Antoine Calas est découvert mort dans le magasin de son père, rue des Filatiers à Toulouse. Pour le capitoul David de Beaudrigue chargé de l'affaire, point de doute : Marc-Antoine, désireux d'embrasser le catholicisme, a été assassiné par ses propres parents, huguenots endurcis et isolés dans une ville très catholique. Marc-Antoine mit-il fin à ses jours comme le soutinrent les Calas et Voltaire, ou fut-il « pendu ou étranglé » par des assassins dont la trace s'est perdue ?
    C'est toute une ville qui, intériorisant une imaginaire «haine implacable» des calvinistes, prononce la terrible sentence. Combats d'hier mais aussi d'aujourd'hui. Si bien que l'article 10 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, reconnu par notre constitution, est toujours d'actualité avec toutes les conséquences qui en découlent. « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi ».

  • L'histoire de la forêt landaise marquée par une décennie d'incendies entre 1937 et 1947 dont le plus meurtrier en 1949 a menacé de nombreuses villes dont Bordeaux. A la suite de ce désastre, la restauration et la préservation de la forêt sont devenues un enjeu majeur. Aujourd'hui, experts et aménageurs réfléchissent à son devenir à l'horizon 2050.

  • Les Hautes-Pyrénées, totalement immergées dans le Second conflit mondial ont vécu, de 1938 à 1948, une décennie particulièrement cruciale. Encore largement rurales malgré l´implantation de forts noyaux industriels, leur vie, tout en étant rythmée par les

  • Avec les débuts de la guerre d'Espagne arrivèrent les premiers réfugiés. Mais ce fut en 1939 que la retirada, la retraite de l'armée républicaine espagnole, jeta sur les chemins de l'exil une immense vague de 500 000 personnes.
    La France, prise au dépourvu et déchirée par un violent débat interne, les rassembla dans des camps qui, trop souvent improvisés dans l'urgence, se résumaient à une plage battue par les vents d'hiver. Nombre d'entre eux tentèrent l'aventure du retour ou réémigrèrent en particulier vers l'Amérique latine.
    Les autres furent enrégimentés, embrigadés, ballottés de camps en compagnies puis groupements de travailleurs étrangers et constituèrent une main d'oeuvre contrainte sur les chantiers du Mur de l'Atlantique ou en Allemagne.

  • Si pour tout voyageur venant du nord, les Monts Pyrénées furent durablement perçus comme une barrière infranchissable, ils ne constituèrent jamais un obstacle pour les peuples autochtones.
    Non seulement ils surent contenir la féodalité sur les piémonts mais aussi se jouer des lentes constructions étatiques et trouver les accommodements nécessaires à la vie pastorale entre les vallées des deux versants. Jusqu'à ce que la centralisation et l'uniformisation administratives déstabilisent le système agropastoral traditionnel aux XVIIIe et XIXe siècles.
    Mais déjà ces monts, « affreux » sous la plume de Marguerite de Navarre, de Madame de Maintenon ou encore de Louvois, bénéficient d'un renversement du regard. Avec l'esprit des Lumières incarné par Ramond de Carbonnières et surtout avec le Romantisme, leur spectacle atteint au sublime et élève l'âme. L'effet de mode pousse alors aristocratie et bourgeoisie européennes vers les Pyrénées. Pau devient « ville anglaise » et Biarritz, « ville espagnole ». L'effet conjugué du thermalisme, de la villégiature hivernale et de la pratique des bains de mer offre le cadre d'une convivialité mondaine dans l'entre-soi. Puis vient le temps des « ascensionnistes » découvrant les sommets, relayés par les « vrais montagnards ».
    Les Pyrénées actuelles, vidées d'une partie de leur substance humaine à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, profondément transformées par leurs équipements hydroélectriques, le développement des sports d'hiver, la création d'un Parc national et les multiples - et nouvelles - formes de tourisme sont largement devenues un espace récréatif pour les urbains. Ce qui renforce la vivacité des débats sur l'usage de ce « territoire d'exception ».

  • Guerre de Cent Ans, campagnes d´Italie au siècle de l´humanisme, dévastation du Palatinat, occupation de l´Espagne par les armées de Napoléon, sac de Nankin, sévices franquistes, drame algérien ou, plus récemment, purification ethnique en Bosnie et génocide rwandais...tous ces conflits et bien d´autres ont livré la femme à une brutalité sexuelle incontrôlée. Dans cet ouvrage pionnier, selon les époques et les lieux, et les comportements différents des commandements, José Cubero dresse une typologie de ces terribles ravages.

  • Du Moyen Âge à nos jours, la présence de vagabonds constitue une constante dérangeante de l'histoire. Cette population d'exclus, poussée vers les villes ou les campagnes, selon les époques, générée par les bouleversements sociaux - famine, épidémie, guerre, chômage -, a toujours inquiété sédentaires et nantis.
    Recouvrant, aux yeux des pouvoirs, des réalités bien différentes - du « pauvre du Christ », considéré au Moyen Âge comme le « Portier du ciel », au « sans-aveu » ennemi de l'ordre, du chemineau chapardeur au jeune festivalier « faisant la manche » - les vagabonds n'ont cessé de provoquer une double et paradoxale réaction : la compassion et la peur. Et, aujourd'hui, la tragique situation des S.D.F., entraînant dans le même temps création d'associations caritatives et décrets répressifs antimendicité, révèle le même embarras de nos sociétés face à ses « errants ».

  • Nationalistes et etrangers

    José Cubero

    • Imago
    • 1 Novembre 1998

    En août 1893, dans les salins d'Aigues-Mortes, une rixe opposant des ouvriers français à des ouvriers immigrés italiens se termine par un massacre. A l'origine de cet affrontement meurtrier, se trouve le problème de la « protection du travail national », de la « préférence nationale ».

    A partir des articles de presse, des rapports de gendarmerie et des comptes rendus de procès, José Cubéro retrace les faits, puis en démonte habilement tous les mécanismes. Il replace la tuerie au coeur des passions et des fantasmes xénophobes qui, de Sedan à l'affaire Dreyfus, agitent la nation française.

  • En avril 1664, éclate en Gascogne l'une des plus grandes insurrections antifiscales de l'histoire de France. Au nom du roi, financiers et nouveaux fermiers prétendent établir la gabelle, impôt sur le sel abhorré, et dont jusque-là cette province est exemptée. Le pays s'embrase alors sous la menée d'un petit noble pugnace, Bernard Audijos.
    Certes, la révolte n'est pas dirigée contre Louis XVI - ce qui serait crime de lèse-majesté - mais contre ces « gabeleurs » considérés comme iniques et rapaces. L'affrontement, fait d'embuscades meurtrières pour les dragons du roi, durera plus de dix ans.

  • Un intendant de la gabelle, nommé Pélot, acquit en Gascogne - au XVIIe siècle - par sa sévère attitude répressive, une douteuse célébrité. Au XIXe siècle, le brigand Pélot conquit, après sa mort violente en 1816, une flatteuse réputation de « bandit d'honneur ». Pendant cinq ans, Pélot, en rupture de ban mais protégé par de nombreuses complicités, échappe à la longue traque de la gendarmerie et exaspère les autorités. Brigand craint et rebelle admiré, son destin individuel se joue, alors que celui du Premier Empire bascule. Pour les Bourbons, restaurés mais inquiets, obsédés par le maintien de l'ordre et le contrôle de « l'esprit public », Pélot, devenu « la terreur de la Bigorre », cristallise toutes les angoisses et se doit d'être terrassé. Mais sa mort libère la légende : les populations qui n'ont plus à le craindre, progressivement le mythifient. Le brigand Pélot devient un Mandrin gascon, défenseur du pauvre face au riche, protecteur du faible face au fort : les communautés paysannes ressentent en effet comme une agression, tant l'effort de rationalisation de l'État, que la diffusion de la culture française à partir des villes. Pélot le rebelle devient ainsi le héros vengeur, porteur des valeurs des populations paysannes rurales. Et bien que le brigandage de type rural disparaisse, et que l'industrialisation soit fatale au mythe du bandit d'honneur, un Jacques Mesrine, porté par le flot de la contestation des années 1970, renoue étonnamment avec lui.

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