• Une critique implacable du béton, incarnation de la logique capitaliste, mais aussi - et peut-être avant tout - de l'architecture moderne et de l'urbanisme contemporain.

  • Le mythe grec d'Érysichthon nous parle d'un roi qui s'auto-dévora parce que rien ne pouvait assouvir sa faim - punition divine pour un outrage fait à la nature. Cette anticipation d'une société vouée à une dynamique autodestructrice constitue le point de départ de La Société autophage. Anselm Jappe y poursuit l'enquête commencée dans ses livres précédents, où il montrait que la société moderne est entièrement fondée sur le travail abstrait et l'argent, la marchandise et la valeur.
    Mais quel type de subjectivité le capitalisme produit-il ? Pour le comprendre, il faut renoncer à l'idée, forgée par la Raison moderne, que le « sujet » est un individu libre et autonome. En réalité, ce dernier est le fruit de l'intériorisation des contraintes créées par le capitalisme, et aujourd'hui le réceptacle d'une combinaison létale entre narcissisme et fétichisme de la marchandise.
    Le sujet fétichiste-narcissique ne tolère plus aucune frustration et conçoit le monde comme un moyen sans fin voué à l'illimitation et à la démesure. Cette perte de sens et cette négation des limites débouchent sur ce qu'Anselm Jappe appelle la « pulsion de mort du capitalisme » : un déchaînement de violences extrêmes, de tueries de masse et de meurtres « gratuits » qui précipite le monde des hommes vers sa chute.

  • Certaines époques ont montré qu'elles croyaient fortement à la puissance de la pensée critique. Notre époque, au contraire, a tenu ses penseurs, non sans raison, pour des gens totalement inoffensifs. Parmi les rares personnes considérées comme tout à fait inacceptables, on trouve assurément Guy Debord. Pendant longtemps, c'est la police qui s'est intéressée à lui, plutôt que les milieux intellectuels. Lorsque, malgré toutes sortes d'obstacles, sa pensée a fini par s'imposer, on a bien vite assisté à une autre forme d'occultation : la banalisation. Il existe peu d'auteurs contemporains dont les idées ont été utilisées de façon aussi déformée, et généralement sans même que l'on cite son nom.
    Ce livre résume l'activité publique de Guy Debord, du lettrisme à la fondation de l'Internationale situationniste, des rencontres avec Henri Lefebvre et Socialisme ou Barbarie à Mai-68, de La Société du spectacleà ses films. Surtout, il veut préciser la place de Debord dans la pensée moderne : sa reprise des concepts marxiens les plus essentiels et les plus oubliés, son utilisation de Lukács, son importance pour une théorie critique aujourd'hui. Cet ouvrage prend au sérieux Debord lorsqu'il affirme avoir « écrit sciemment pour nuire à la société spectaculaire ».

  • Initialement publié en 2003, ce livre présente de manière à la fois précise et tranchante le courant de critique sociale connu sous le nom de « critique de la valeur » et initié en Allemagne par Robert Kurz dans les années 1980. Procédant à une relecture de l'oeuvre de Marx bien différente de celle donnée par la quasi-totalité des marxismes historiques, ce courant propose des conceptions radicalement critiques de la société capitaliste, tout entière régie par la marchandise, l'argent et le travail.
    Anselm Jappe insiste notamment sur un aspect aussi central que contesté de la « critique de la valeur » : l'affirmation selon laquelle, depuis plusieurs décennies, le capitalisme est entré dans une crise qui n'est plus cyclique, mais terminale. Si la société fondée sur la marchandise et son fétichisme, sur la valeur créée par le côté abstrait du travail et représentée dans l'argent, touche maintenant à sa limite historique, cela est dû au fait que sa contradiction centrale - qu'elle porte en elle depuis ses origines - est arrivée à un point de non-retour : le remplacement du travail vivant, seule source de la « valeur », par des outils technologiques de plus en plus sophistiqués.

  • La crise mondiale du crédit survenue à l'automne 2008 aurait conforté la théorie marxiste orthodoxe d'une crise tendancielle du capitalisme: ce dernier porterait en germe sa propre faillite.
    Les tenants de la " critique de la valeur" ne se satisfont pas de cette théorie, pas plus qu'ils ne se réjouissent véritablement de sa récente et apparente vérification. Car ainsi que l'expose ici Anselm Jappe, la question théorique principale doit demeurer celle de l'émancipation sociale. Or, jusqu'à preuve du contraire, la crise financière mondiale n'a nullement contribué à son progrès. Le présent volume réunit les récents travaux de recherche menés par Anselm Jappe.
    Revus et enrichis pour la présente édition, ils constituent à la fois une première approche de la théorie de la valeur et son application à différents objets, chaque texte s'appliquant à exposer ses propres présupposés théoriques.

  • Il est devenu banal de dire que le monde n'est pas une marchandise, qu'il faut refuser la «marchandisation» de la vie. Mais plus personne n'ose affronter le problème central : où réside exactement ce mensonge, cette inversion de la réalité que nous attribuons à l'argent et à la consommation ? Marx y avait répondu il y a plus d'un siècle : les humains fétichisent la «valeur», ils fabriquent un concept tout-puissant, un nouveau dieu qui n'a plus rien à voir avec la réalité de leur vie et de leurs besoins.
    Philosophe, Anselm Jappe reprend à la source le projet de Marx et de nombreux auteurs qui s'y réfèrent. Il analyse les phénomènes récents de la mondialisation, des crises monétaires et boursières, du délabrement social. Il tente d'expliquer en quoi nous sommes prisonniers de faux concepts et toujours aliénés par cette souveraine «valeur marchande», qui n'a guère bougé depuis les débuts du capitalisme. Avec une véritable profondeur, mais en restant toujours accessible, Jappe apporte ses fondements à la critique contemporaine du néolibéralisme.

  • La crise du coronavirus sonnera-t-elle le glas du capitalisme, la fin de la société industrielle et consumériste ? Certains le craignent, d'autres l'espèrent. Avec l'épidémie, un facteur de crise inattendu est apparu - l'essentiel n'est pourtant pas le virus, mais la société qui le reçoit.

    Le Covid-19 est l'accélérateur mais pas la cause de l'aggravation de la situation de crise globale de la société capitalise mondiale. Il faut donc tenter de comprendre le lien entre la situation et l'épuisement structurel du capitalisme qu'a mis en lumière la théorie critique de la valeur depuis les années 1960. Le processus de crise fondamentale doit être le point de départ de l'analyse et de la réflexion sur la corona-crise.

  • Cet ouvrage est écrit à deux mains par Serge Latouche et Anselm Jappe. Durant toute sa carrière universitaire, Serge Latouche a enseigné l'épistémologie des sciences économiques. En se penchant de manière critique sur ces fondements, il s'est rendu compte que l'ensemble des présupposés de l'économie était très mal assuré. Anselm Jappe, quant à lui, est arrivé à une conclusion très proche à travers une relecture des catégories de l'économie, telles que la marchandise, le travail, l'argent ou la valeur, qui sont en même temps des formes de vie sociale.
    La vie économique qui nous apparaît comme la base naturelle de toute vie humaine et le fondement de toute vie sociale existait-elle dans les sociétés précapitalistes ?
    L'objet même de la réflexion des économistes n'est-il pas plutôt une « trouvaille de l'esprit », une invention, un imaginaire qui a désormais colonisé notre esprit et nos vies ?
    Si l'économie est une création historique finalement assez récente, comment fonctionnaient les sociétés pré-économiques ? Comment s'est inventée, au fil du temps, cette économie dans la pratique comme dans la réflexion ?
    Réfléchir à un futur différent pour notre société implique de penser l'impensable, de réaliser l'improbable, pour enfin selon le mot de Serge Latouche « sortir de l'économie ».
    Un enjeu majeur pour notre avenir.

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  • Guy Debord

    Anselme Jappe

    Certaines époques ont montré qu'elles croyaient fortement dans la puissance de la pensée critique.
    Notre époque, au contraire - les dernières décennies en Europe occidentale - a tenu ses penseurs, non sans raison, pour des gens totalement inoffensifs. Parmi les rares personnes considérées comme tout à fait inacceptables, on trouve assurément Guy Debord.

  • La popularité récente de Guy Debord est de nature à créer la confusion. Alors que celui-ci a produit la critique la plus résolue de la société et de la politique comme spectacle, il n'est pas rare, dans les journaux, à la télévision même, de le voir servir d'ornement au regret hypocrite de ce qui a, un temps, tenu lieu de politique.
    Dans L'Avant-garde inacceptable, Anselm Jappe revient sur plusieurs aspects de sa pensée et de la pensée situationniste, qu'il n'avait fait qu'effleurer dans son Guy Debord (Denoël, 2001). Pour Debord, rappelle-t-il, politique et spectacle résultent du même fétichisme : celui de la marchandise.

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