Albin Michel

  • Soie

    Alessandro Baricco

    " c'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre.
    "

  • Océan mer

    Alessandro Baricco

    " -quelquefois je me demande ce que nous sommes en train d'attendre.

    Silence.
    -qu'il soit trop tard, madame. ".

  • Composé à la manière d'une fugue, servi par une écriture tour à tour lyrique, épique, dramatique ou burlesque, Châteaux de la colère est un livre jubilatoire qui célèbre d'un même élan la beauté du monde, les prodiges de la technique, les pouvoirs de l'imaginaire et l'indéfectible espérance des hommes "toujours penchés sur le bord des choses, à chercher l'impossible".
    Dans la petite ville imaginaire de Quinnipak, quelque part en Europe au XIXe siècle, autour de la très belle Jun Reihl et de son mari, grand voyageur et directeur d'une fabrique de verre aux projets loufoques, gravite une série de personnages poétiques et attachants : celui qui voit l'infini ; celui qui porte son destin sur lui comme une veste ; celle qui se dit veuve d'un homme qu'elle n'a jamais épousé ; celui qui joue d'un orgue humain ; et d'autres encore, tous animés d'une folie secrète.
    Fait d'une succession de courtes histoires qui s'emboîtent pour former une sorte de labyrinthe à la Borges, ce livre singulier a valu plusieurs récompenses à Alessandro Baricco, jeune auteur et critique musical de 37 ans dont le second roman, Oceano mare, a obtenu le Premio Viareggio, l'un des plus grands prix littéraires italiens.

  • Dans la campagne, la vieille ferme de Mato Rujo demeurait aveugle, sculptée en noir contre la lumière du crépuscule.
    Seule tache dans le profil évidé de la plaine. Les quatre hommes arrivèrent dans une vieille Mercedes. La route était sèche et creusée - pauvre route de campagne. De la ferme, Manuel Roca les vit. Il s'approcha de la fenêtre. D'abord il vit la colonne de poussière s'élever au-dessus de la ligne des mais. Puis il entendit le bruit du moteur. Plus personne n'avait de voiture, dans le coin. Manuel Roca le savait.
    Il vit la Mercedes apparaître au loin puis se perdre derrière une rangée de chênes. Ensuite il ne regarda plus. Il revint vers la table et mit la main sur la tête de sa fille. Lève-toi, lui dit-il. Il prit une clé dans sa poche, la posa sur la table et fit un signe de tête à son fils. Tout de suite, dit son fils. C'étaient des enfants, deux enfants.

  • City

    Alessandro Baricco

    Ce livre s'intitule City.
    Je me rends compte qu'après Soie (Seta), il aurait été mieux de trouver quelque chose d'un peu différent. Mais ce livre est construit comme une ville, comme l'idée d'une ville. J'avais envie que le titre le dise. C'est fait.
    Les histoires sont des quartiers, les personnages sont des rues. Le reste, c'est le temps qui passe, l'envie de vagabonder et le besoin de regarder. City, j'y ai voyagé pendant trois ans.
    Le lecteur, s'il le veut, pourra refaire le même chemin. C'est ce qu'il y a de plus beau, et de difficile, dans tous les livres : peut-on refaire le voyage d'un autre ?
    Et puis, pour la petite histoire, je voudrais dire que pour la première fois j'ai écrit un livre qui, au moins en partie, se passe de nos jours. Il y a des voitures, des téléphones, des autobus, il y a même un téléviseur, et à un moment, il y a un monsieur qui vend une caravane.
    Il n'y a pas d'ordinateur, mais un jour j'y arriverai. A vrai dire, je me suis un peu reposé de cet effort en dessinant dans City deux quartiers, qui glissent en arrière dans le temps.
    Dans l'un d'eux, il y a une histoire de boxe, du temps de la radio. Dans l'autre, il y a un western. J'ai toujours eu envie d'écrire un western. C'est très amusant et c'est aussi très difficile. Tu passes ton temps à te demander comment tu vas bien pouvoir écrire la fusillade finale.
    Quant aux personnages - les rues - il y a un peu de tout.
    Il y en a un qui est un géant, un autre qui est un muet, il y a un coiffeur qui le jeudi rase gratis, un général de l'armée, beaucoup de professeurs, des gens qui jouent au ballon, un enfant noir qui fait des paniers et marque à chaque fois. Ce genre de personnes.
    Il y a un petit garçon qui s'appelle Gould et une fille qui s'appelle Shatzy Shell (rien à voir avec celui de l'essence).
    Ils me manqueront.

  • Baricco a conçu ce livre dans la perspective d'une lecture publique de l'Iliade. Or, même dans ses traductions les plus modernes, le récit d'Homère lui est apparu à la fois trop long et, par certains côtés, étranger à la sensibilité d'un lecteur d'aujourd'hui. Il a donc opéré un certain nombre d'interventions sur le texte : des coupes, notamment celle (la plus spectaculaire) des apparitions des dieux, faisant ainsi " ressortir la forte ossature laïque " de l'Iliade. Il a transformé le récit à la troisième personne en une série de vingt et un monologues, différents personnages prenant tour à tour la parole pour raconter certains moments de l'histoire. Il a effectué quelques adjonctions, soit personnelles (très limitées, et en italique dans le texte), soit empruntées à l'Odyssée ou à d'autres textes anciens pour raconter la fin de la guerre de Troie (L'Iliade d'Homère s'arrête après la mort d 'Hector). Il a enfin travaillé sur le style, éliminant les aspérités archaïques, cherchant, écrit-il dans son avant-propos, " un rythme, la cohérence d'un pas, la respiration d'une vitesse particulière et d'une lenteur spéciale... parce que recevoir un texte qui vient de si loin signifie avant tout le chanter avec la musique qui est la nôtre ". Le résultat est d'une grande beauté, l'Iliade ainsi dépoussiérée apparaît dans toute sa modernité, une aventure pleine de violence et de poésie, de séquences cinématographiques, d'images inoubliables.
    Cette modernité est démultipliée par la postface, Une autre beauté, apostille sur la guerre, où Baricco replace le récit homérique dans une perspective politique originale : ce que nous rappelle Homère, c'est que " la guerre est en enfer, oui : mais beau... C'est uniquement quand nous serons capables d'une autre beauté que nous pourrons nous passer de celle que la guerre depuis toujours nous offre ".


  • Next : le monde, prochain épisode.
    " Global " or " no-global " ? A partir de là, Alessandro Baricco s'interroge : mais qu'est-ce que ça veut vraiment dire ? Pour essayer de comprendre des choses complexes, commençons par poser des questions simples. Qu'entendons-nous par globalisation ? S'agit-il d'un slogan ? D'un paradis inévitable ou d'un enfer annoncé ? Est-ce comme les Lumières ou comme la Révolution industrielle ? Met-elle en circuit des idées qui changent le cours des évènements ou produit-elle des évènements qui changent notre manière de penser ? Baricco passe au crible les définitions vagues, donne des exemples, imagine, raconte et bouscule les idées reçues.
    Il n'est jamais trop tard pour se mettre à réfléchir et à rêver...

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