PASCALE DROUET

  • Un vieil homme passionnément amoureux d'une femme plus âgée que lui tente, par la ruse, de la faire renoncer à son mariage de longue date...
    L'hymne au désir à un âge avancé de la vie qu'écrit Howard Barker est, d'un point de vue éthique et religieux, l'opposé de la vision qu'a Dante de l'enfant Béatrice, dont il fait l'incarnation de la pureté et de la grâce. Au contraire, l'héroïne âgée de Barker se caractérise par sa sexualité, la conscience atrocement aiguë qu'elle a de son apparence, et les calculs qu'elle fait pour parvenir à ses fins.
    Le narrateur prétend ne pas avoir de coeur, mais cela ne diminue en rien son amour obsessionnel. À chaque étape de leur épreuve, qui dure une journée entière, sa force érotique à elle réduit à néant sa résolution à lui, et les stratagèmes dont il use sont toujours égalés par ceux auxquels elle a recours.

  • Dans ces deux puissantes partitions pour actrices, Howard Barker s'affirme de nouveau comme le dramaturge du détour historique, interrogeant les grandes oeuvres et leurs mystères avec un regard neuf. Ne délivrant aucun message moral ou politique, son théâtre y est d'une radicalité artistique affirmée. Par ces deux textes où la mort et la sensualité se côtoient, Barker demeure le peintre dramatique de la mise en doute des conventions, du mystère et de la violence du désir.

    Loth et son Dieu reprend l'épisode biblique de la destruction de Sodome pour en explorer un détail énigmatique?: pourquoi la femme de Loth s'attarde-t-elle dans sa fuite pour jeter un dernier regard sur la ville?? Pourquoi un tel châtiment pour ce geste nostalgique?? Que refuse-t-elle de quitter, dans cette ville dépravée, qui puisse valoir plus, à ses yeux, que la vie même??

    Marcella de Ulloa plonge au coeur des Ménines, de Vélasquez, l'un des plus grands chefs-d'oeuvre de l'histoire de la peinture. Barker s'intéresse à la scène cachée que le peintre espagnol est en train d'exécuter. Marcella est une fascinante érudite de 70 ans que tous admirent et recherchent, sauf Vélasquez. Quand ce dernier est contraint par le roi de la peindre nue, il se découvre un tel attrait pour ce corps que révéler son oeuvre pourrait bouleverser l'esthétique et le cours du monde.

  • Ce qui évolue, ce qui demeure ; graves épouses, animaux frivoles

    Howard Barker

    • Theatrales
    • 15 Septembre 2011

    Howard Barker poursuit ici son entreprise d'un théâtre politique subversif avec deux propositions puissantes.
    Ce qui évolue, ce qui demeure : en 1450, deux inventions majeures bouleversent la communauté d'un monastère. Hoik, 17 ans, l'un des copistes les plus brillants de son époque, est né trop tard : il méprise l'imprimerie qui éloigne l'homme des oeuvres de l'esprit. Guidé par un orgueil trop fort, il utilisera une arme à feu - seconde invention - contre son condisciple attiré par le progrès. Ce qui évolue (les machines), ce qui demeure (notre mentalité) use du détour historique pour pointer notre manque d'humilité face aux évolutions.
    Graves Epouses/animaux frivoles : après un bouleversement, deux femmes parlent dans un espace brûlé. Card était auparavant la domestique de Strassa. Les différences sociales ont volé en éclat : sans hiérarchie, le désir se révèle. Comme celui du mari de Card envers Strassa surgissant par la bouche de l'ancienne domestique, ou grâce à cet étrange chien mécanique qui entre parfois. Via cette situation théâtrale singulière.
    Barker tisse un univers sombre dans lequel les hommes auraient disparu, où seules subsistent les pulsions de vie et de mort.

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  • Quand on a longtemps vecu seul

    Galway Kinnell

    • Escampette
    • 9 Novembre 2017

    Galway Kinnell (1927-2014) est une grande voix de la poésie américaine. Dans la lignée de Walt Whitman, sa poésie s'accomplit non dans l'imaginaire mais dans une relation passionnée à la vie des gens, à leurs douleurs, à leurs plaisirs. Elle est traversée d'un sentiment puissant de la beauté ordinaire et de la solitude. Personne n'écrirait de poésie si le monde semblait parfait, disait-il. Ses textes ont l'étrange propriété, au-delà de la forte émotion qu'ils suscitent, d'inquiéter et rassurer à la fois, comme la voix d'un mineur fraternel au fond d'un boyau sombre.
    Prix Pulitzer de poésie, entre autres distinctions aux Etats-Unis, ce grand voyageur né en Providence (Rhode Island) s'est beaucoup engagé dans le mouvement des droits civiques et contre la guerre au Vietnam. Il était l'ami et le traducteur d'Yves Bonnefoy et a traduit en anglais de grands poètes aussi différents que François Villon et Rainer Maria Rilke.
    Son oeuvre est peu traduite en français (des Poèmes choisis chez Aubier en 1988 et un roman, Lumière noire, au Mercure de France en 1994).
    Ce recueil inédit en français, dans une traduction à la fois élégante et fidèle, fait surgir, des vivants douloureux que nous sommes, une beauté poignante, que révèle peu à peu, en les faisant venir à la lumière, le bain des mots.

  • Innocence ; je me suis vue

    Howard Barker

    • Theatrales
    • 14 Novembre 2014

    Deux pièces historiques, deux figures de femmes : une reine qui serait une représentation de Marie-Antoinette dans Innocence et une femme de la fin du Moyen-Age dans le me suis vue. Innocence : La Révolution gronde. La famille royale attend son jugement : La reine Caroline se retrouve seule avec son fils : la mère et l'enfant-philosophe affrontent, livrés l'un à l'autre, leur mort prochaine. Au procès, Caroline, accusée d'inceste va nier puis, sur ordre de son fils, avouera, bien qu'ils sachent tous deux que cette déclaration précipitera la sentence...
    Barker s'empare d'un épisode historique célèbre pour en subvertir radicalement un détail. Je me suis vue : Dans l'Europe du XIIIe siècle, une suzeraine, Sleev, et ses servantes, sont à l'oeuvre sur une tapisserie. Mais Sleev n'est pas Pénélope attendant sagement le retour d'un Ulysse. Ne repoussant pas les avances de ses prétendants, elle les sollicite sans réserve ni pudeur. D'une intelligence vive et d'un caractère affirmé, sa déloyauté maritale lui est l'occasion de s'interroger sur sa condition.
    Aussi, d'une représentation traditionnelle censée louer le valeureux guerrier, la tapisserie en vient à raconter la vie dissolue de Sleev et sa découverte hors mariage de l'extase sexuelle.

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  • Outlying islands ; îles lointaines

    David Greig

    • Pu du midi
    • 5 Septembre 2019

    Avec ce huis-clos haletant à quatre puis, très vite, à trois personnages, Greig nous offre une nouvelle fois la preuve de son talent à créer des atmosphères et à maintenir une tension dramatique dont les retournements sont inatten- dus et saisissants. Comment le ministère peut-il manipuler de talentueux spécialistes, des ornithologues hors pair, et envisager de réduire à néant une île qui s'apparente à une réserve naturelle, à un sanctuaire, lieu d'escale et de reproduction pour une riche variété d'oiseaux hauturiers, simplement dans le but de tester une arme bactériologique ?
    Telle est la question que pose David Greig, sans imposer de réponse. Il nous présente, à la manière de Shakespeare, différents points de vue et conclut magnifiquement sa pièce sur un sacrifice, celui d'un homme qui se veut libre, fier de ses convictions écologiques qu'il place au-dessus des règles sociales.
    Un sacrifice humain qui annonce la destruction à venir de toute la faune et la flore de l'île. Un sacrifice porté par l'intime conviction que l'innocence et la beauté ne peuvent rien contre la guerre et ses stratégies meurtrières qui se décident en haut lieu, mais aussi par un rêve immémorial.

    Sur commande

  • L'art de l'arnaque, découvertes considérables : a notable discovery of Cozenage Nouv.

    L'art de l'arnaque, découvertes considérables : a notable discovery of Cozenage

    Robert Greene

    • Classiques garnier
    • 13 Juillet 2022

    En 1591, Robert Greene écrit L'Art de l'arnaque pour dénoncer les stratagèmes des plume-pigeons sévissant au coeur de Londres. Le ton est moralisateur et jubilatoire à la fois : si l'auteur met en garde ses concitoyens, il les divertit également, les prenant au piège de ses ruses de récit.

    À paraître

  • La Pícara: the incredible history of the lieutenant nun / la Pícara ou l'incroyable histoire de la nonne-lieutenant Nouv.

    Cette pièce de théâtre originale s'inspire de la mystérieuse Historia de la monja Alférez (c. 1626-1630), l'autobiographie d'une femme basque, Catalina de Erauso. Déguisée en homme, elle s'enfuit d'un couvent, passa de service en service, voyagea vers le Nouveau Monde, traversa l'Amérique du sud (Panama, Pérou, Mexique, etc.) avant de revenir en Europe et de demander au Pape le pardon de tous ses péchés. Dans la veine populaire du roman picaresque, Catalina raconte sa vie à travers les nombreux visages qu'elle prit - nonne novice, joueur et officier de haut rang, humble servante, secrétaire aisée, etc. La part de vérité dans son histoire dépend de l'habileté de la narratrice à convaincre son public.
    Catalina est un pícaro authentique. Elle construit, utilise et détourne son identité sexuée pour atteindre ses objectifs (survivre, être libre, conserver sa fierté et sa dignité). Elle utilise toutes les techniques et astuces de mise en scène possibles pour réussir et divertir ses auditeurs.

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