• Rouen, occupé par les Prussiens, durant la guerre de 1870. Des bourgeois tentent de fuir la ville en diligence. Parmi eux se trouve une prostituée, celle qu'on surnomme Boule de suif. Tous vont abuser de sa générosité et la forcer à céder au chantage sexuel d'un Prussien. Maupassant dresse ici un portrait inégalé de l'hypocrisie et de la lâcheté humaines. Il condamne sans appel la guerre et la classe dirigeante, paternaliste et profiteuse. Il nous communique toute sa tendresse pour une fille au grand coeur, symbole d'une résistance vouée à l'échec.

  • Amok

    Stefan Zweig

    Sur le pont du transatlantique qui doit le ramener de Calcutta en Europe, le narrateur est brusquement arraché à sa rêverie par la présence quasi fantomatique d´un autre passager, qui se décide, lors d´une seconde rencontre, à lui confier le secret qui le torture... « Amok [...] est l´enfer de la passion au fond duquel se tord, brûlé, mais éclairé par les flammes de l´abîme, l´être essentiel, la vie cachée.» Romain Rolland Préface de Romain Rolland. Traduction d´Alzir Hella et Olivier Bournac. Révision de la traduction et postface de Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent.

  • Ce texte est l'une des plus célèbres des six nouvelles du sulfureux recueil Les Diaboliques. Cette histoire cynique et amorale raconte la passion adultérine dévorante qui unit le comte Serlon de Savigny à la belle Hauteclaire Stassin, maîtresse d'armes avec qui il aime à croiser le fer. Mais le comte est marié...

  • Gun

    Max Obione

    • Ska
    • 1 Mai 2017

    La mésaventure d'un petit commerçant du sexe dont les projets d'expansion ont été brutalement contrariés par la concurrence sauvage... C'est qu'il voulait causer, ce con ! On cause pas quand on a le canon de mon gun dans le trou de son nez, on chie dans son froc. Il devait avoir des Pampers, ma parole ! Il nasillait des choses que je pigeais même pas. Ses yeux disaient : « T'es pas cap ! » C'était la guerre. Ah ce con, il était pas de taille, sa tête a explosé, ça m'a fait des salissures. Ginette, elle a dit : « C'est-y-pas malheureux de gâcher un si beau costard que j'ai payé à la sueur de mon cul. » J'aime pas quand elle cause de cette manière pas élégante pour une dame du goudron. Elle a sa bouche qui se tord, ça lui fout des rides. Max Obione affectionne la langue verte aux accents surannés évoquant un autre temps où prospéraient les « julots casse-croûte ». Sa nouvelle est en quelque sorte une parabole dénonçant d'une manière cocasse le capitalisme sauvage et la mondialisation. Un must du genre ! EXTRAIT Mais Ginette, c'est ma gagneuse, un béguin à douze piges, ça laisse des sentiments. Elle aussi, elle en pince pour mézigue depuis la communale à Rocroi. La preuve ? Elle n'a pas moufté quand j'ai ramené Azhor un matin à la maison. Je l'avais ramassée à la station Lille Métropole, tout de suite j'avais vu son potentiel à cette pas farouche. C'est le privilège des vieux briscards dans mon genre, amateur de beau sexe, que de sentir ces choses. Trois boniments qu'elle n'entravait pas, mais voix de velours, une enfilade d'apéros, avec oeil de velours, les mauvaises langues prétendraient que j'avais emballé parce qu'elle avait la dalle et savait pas où crécher. À PROPOS DE L'AUTEUR Max Obione s'est emparé du noir sur le tard afin de donner libre cours à son tempérament libertaire. Dans ses polars et ses nouvelles, ce jeune auteur tardif revisite les archétypes du genre. C'est un franc-tireur des lettres qui, se reposant du noir un temps, met du rose à sa palette. Sur le chemin de la littérature érotique, il commence à semer des cailloux libertins. Mais le noir demeure sa couleur de prédilection.

  • Sniper blanche

    Jose Noce

    • Ska
    • 1 Octobre 2017


    L'hôtel Tennyson Arms sur l'ile de Salina est exceptionnel de luxe et de beauté... Malheur à ceux qui viennent troubler ce paradis...

    « Il saisit un fusil à lunette avec silencieux qui reposait sur un socle et le lui mit délicatement dans les bras. Sans un mot, il lui désigna une cible dans un angle. Elle s'exécuta. Elle y vida les quatre balles du chargeur avec lenteur, mais sans la moindre hésitation. En réglant à chaque fois son souffle. Il lui fit signe de reculer et alla vérifier les impacts. Une minute plus tard, ils repartaient en souriant vers le bar de l'hôtel... »
    José Noce n'a pas fini de nettoyer le monde. On parle de nettoyage éthique concernant ces missions salutaires conduites par des héros obscurs, sorte d'éboueurs planétaires. Après la compil' Sniper qui vient de paraitre, Mister Jo reprend du service... avec des dames...

  • Cruel

    Isabelle Letélié

    • Ska
    • 1 Février 2017

    Une immersion au coeur d'un duel sans merci où le lecteur est interpellé par l'auteure, entre fiction et réalité... L'homme s'est arrêté de parler et de marcher et s'est laissé tomber dans le fond du hangar, dans le noir. Votre coeur bat encore de ses mots, des images qu'il a fait surgir et de son désespoir qu'il vous a communiqué. Puis votre attention se reporte sur la femme. La compassion que vous éprouviez un peu plus tôt pour sa situation s'est considérablement amoindrie. Bien au contraire, l'histoire que vous venez d'entendre vous a empli d'une épouvante qui a mué votre commisération en quelque chose qui ressemble maintenant à de la haine. Isabelle Letélié nous offre une nouvelle qui rend le lecteur complice et spectateur de l'action qui s'y déroule, la chute vous en donnera les raisons. Original et bougrement efficace ! EXTRAIT Dans un coin du hangar, assis par terre, il y a un homme. Pour l'instant, il a la tête contre les genoux et vous ne pouvez pas voir son visage, mais vous l'entendez renifler et vous pouvez deviner qu'il pleure. Il a les cheveux courts, poivre et sel, et il est vêtu d'une veste épaisse, d'un jean délavé, de godillots usés. Ses bras enserrent ses jambes, et au bout de sa main droite pend un pistolet. À quelques mètres de lui, avachie contre un monticule de pierres, il y a une femme. Elle est étendue sur le dos, les jambes à demi repliées sous elle ; elle a les yeux clos. Elle est blonde, vous pouvez voir un tailleur plutôt chic sous un manteau de couleur sombre, des chaussures à talons, des bas dont l'un s'est effilé tout le long de sa jambe. Parce qu'elle a la tête renversée en arrière, vous distinguez bien son visage maquillé. Elle a l'air assez jeune, la trentaine peut-être. Elle est bâillonnée. Et vous comprenez à ses bras qui disparaissent derrière son dos qu'elle est ligotée À PROPOS DE L'AUTEUR Isabelle Letélié est née un dimanche matin de juin. La légende dit qu'il a fait très beau ce jour-là. Depuis, il s'est passé des choses. Par exemple, elle s'est fait opérer de l'appendicite, a adopté deux chats, est tombée amoureuse d'une ville, Le Havre, mais a acheté une maison en pleine campagne. Et puis elle a lu, - beaucoup -, et écrit, - pas mal non plus. Elle aime bien les dimanches.

  • Haut la vie

    Patrick Bent

    • Ska
    • 1 Novembre 2015

    Où l'on découvre que Le Vol du Bourdon peut réveiller une morte. Mais une musique qui ressuscite peut aussi conduire au point d'orgue fatal Tension, suspense et chute, Patrick Bent pratique l'art de la nouvelle avec une maitrise parfaite. Une nouvelle noire dans la tradition du genre pour le plus grand plaisir des lecteurs EXTRAIT Dans l'immensité de la station Montparnasse, ils délaissèrent les couloirs de la ligne 4 pour le quai de la ligne 6, direction Nation. À peine installés, ils attaquèrent leur répertoire slavo-tzigane. Dès les premières mesures du Temps du muguet, Jasna ressentit une gêne, comme une impression d'être épiée. Elle releva la tête. À nouveau, l'individu au costume élimé l'observait, impassible, depuis le quai direction Étoile. Interloquée, la jeune femme sursauta et commit une fausse note. Au regard étonné de son compagnon, elle répondit d'une mimique lui désignant le quidam, puis profita d'un passage moderato pour lancer : « J'aime pas ça ! ... ». A PROPOS DE L'AUTEUR Tombé tout petit dans la marmite de l'imaginaire Patrick Bent a publié son premier roman en 2000. Marin, physicien tendance pataphysique, inlassable voyageur, il s'est établi en Bretagne après de longues années consacrées aux lasers. Avec une dizaine de romans au compteur (noirs et polars), il aborde aujourd'hui de nouveaux rivages.

  • Tête de pioche

    Gilles del Pappas

    • Ska
    • 1 Janvier 2016

    La circulation automobile à Marseille a des caractéristiques frappantes... Il freine brutalement, et s'arrête tout juste. Un peu plus et il s'encadrait dans la portière du mec, qui l'engueule. Il voit la face congestionnée d'un pépé de mauvaise humeur, il a eu très peur. Il rigole : « Alors Pépé, t'as fait dans ton froc ? Il recule rapidement pour ne pas se trouver sur la file de gauche quand le feu repassera au vert, le conducteur de la bagnole qui le suit lui balance des appels de phares. - Fais chier ! » Il exhibe un magnifique bras d'honneur. Gilles del Pappas brosse un portrait sans fard de certains travers observés dans la cité phocéenne, « comme si vous y étiez », avec l'accent et les mots pour le dire. Comme il est marseillais, on ne peut le suspecter de préjugé. Une nouvelle noire dans la tradition du genre pour le plus grand plaisir des lecteurs EXTRAIT La bagnole devant semble prise de folie. Une folie qui ne plaît pas à Charlie. De droite, de gauche, le clignoteur est passé de l'une à l'autre de ces deux directions. Mais ce n'est pas simplement sa façon de ne pas savoir où aller rend le conducteur fou de rage, non ! La con de Manon ! De la part d'une femme, que peut-on attendre ? Parce que c'est de la girelle ! Jolie, et blonde ! Enfin, pour autant qu'il peut en voir. Il a eu une brusque bouffée d'excitation érotique devant l'apparition fragile, sensuelle, qui, dans la frustration, s'est immédiatement traduite par de l'agressivité. A PROPOS DE L'AUTEUR Gilles Del Pappas est né et mourra à Marseille. Il aura entre ces deux dates fait peu de choses... si ce n'est prendre du plaisir partout où il l'a pu, partout où il l'a voulu. Tous les plaisirs, même et surtout ceux défendus par l'Eglise, l'Etat et toutes les institutions. Ce mécréant, qui se targue d'être excommunié, sans soucis pour son âme sans complexe, a lourdement péché. Par pitié, ne priez surtout pas pour lui. Amen !

  • Fantôme

    Dominique Aubrun

    • Ska
    • 1 Janvier 2018


    Une disparition inquiétante met un jeune enquêteur dans le vent ...

    « La médiathèque n'était qu'à cinq cents mètres. Ils iraient ensemble, en discutant. Sa voiture était garée devant le gymnase où il avait fait un match de tennis de table à midi. Il raconta à Gisèle sa rupture avec Isabelle, ajoutant, songeur :
    - J'aimerais bien savoir pourquoi Marine et Farid ont rompu. Il m'a dit que c'était elle qui l'avait quitté.
    - À quoi ça te servirait de savoir ?
    - Peut-être cela me mènerait-il quelque part où on pourrait retrouver Marine. »

    Dominique Aubrun livre une nouvelle où personnages et tableau d'ensemble ont l'épaisseur d'un court roman. Suspens et enquête solide. Une auteure à suivre !

  • Une vie contre une autre

    Eva Scardapelle

    • Ska
    • 1 Novembre 2017

    Jusqu'où une mère aimante peut-elle supporter la tyrannie d'un fils unique possessif à l'extrême ?
    « Elle reprit son stylo et leva la tête. « Au suivant ! » L'homme d'une cinquantaine d'années qui s'avança vers elle la scrutait de ses yeux bleu lavande, un large sourire aux lèvres. Les joues empourprées, la patronne tira nerveusement sur les manches de sa robe aux bords élimés, puis remit l'enveloppe contre une signature sur le livret de comptes. Les doigts rugueux de l'ouvrier effleurèrent les siens, qui se dérobèrent sous la caresse inattendue. Mains à plat sur les cuisses, elle n'osait croiser son regard. L'homme posa le stylo, empocha l'argent puis chargea son baluchon sur son épaule. - Dois-je vous inscrire pour la saison prochaine ? »
    Ah ! ne lui parlez pas d'enfant ! Cette veuve n'a qu'un fils qui lui pourrit la vie au-delà du supportable... sa vie qu'elle souhaiterait ranimer avec un autre homme aimant... Eva Scardapelle nous embarque dans cette histoire à la fin glaçante, et, ne le répétez pas, en complice de papier, on adhère totalement à cette chute.

  • Une odeur de brûlé

    Gaetan Brixtel

    • Ska
    • 1 Décembre 2017


    Quand la déprime postnatale vise un père paumé, le slogan « fumer tue » se vérifie...

    « Arrête de pleurer, Tim ! Je t'en supplie ! Arrête de pleurer. Tiens, tu vois, fiston ? Je te prends dans mes bras, je te chante une berceuse, celle que ma mère fredonnait quand j'étais petit, avec un zébu tout moche que le troupeau rejette et que sa mère console. Regarde ! Papa t'aime, il fait ce qu'il peut ! Pourquoi tu pleures, cette fois ? Tu es malade, encore ? C'est cette satanée diarrhée qui te brûle les intestins ? Je vais chercher le médicament dans la cuisine, je vais t'apporter ton biberon de lait (connerie ! Le lait file la chiasse !), alors de l'eau peut-être ? Est-ce qu'on peut donner de l'eau du robinet à un bébé ? Est-ce qu'ils boivent de l'eau ? Pourquoi je ne me le rappelle pas ?! Arrête de pleurer je t'en prie !!! »

    Gaëtan Brixtel nous décrit les affres d'un jeune père au foyer dans cette histoire à la noirceur peu commune dès lors que l'on touche à l'un des totems sacrés de nos sociétés, l'enfant et a fortiori le nourrisson. Au demeurant, une nouvelle salutaire si l'on veut se motiver pour arrêter de fumer.

  • Jeanne Desaubry, romancière, s'adonne aussi aux petites formes littéraires comme la nouvelle noire avec une réussite éclatante et sombre en même temps.. Voici quelques nouvelles compilées illustrant son talent...
    « Ils sont venus me cueillir aussi, plus tard. Ils ont emmené Léna en foyer. Je me suis sentie soulagée. C'est vrai que ces endroits-là, c'est pas ce qui se fait de mieux, mais ma gamine, au moins, elle était enfin en sécurité. Loin de Richard. J'ai avoué tout ce qu'ils voulaient. Ils n'en revenaient pas. J'ai vu les gendarmes, le juge, l'assistante sociale, un avocat commis d'office. Je leur ai tout raconté. Sans rien cacher. Comment il nous battait. »

    Artiste du genre recherchée pour animer des ateliers d'écriture, son style est tranchant, sec, limpide... du noir à l'éclat de diamant...

  • Music box

    Jérémy Bouquin

    • Ska
    • 1 Novembre 2015

    Un vieux rocker sourd comme un pot compose de la musique tout en couleur... Bouquin, au fil des histoires qu'il nous conte avec un brio de plus en plus affirmé, nous fait entendre une musique qui commence à faire de lui un auteur dont on dit qu'il a une « voix ». Une nouvelle noire dans la tradition du genre pour le plus grand plaisir des lecteurs EXTRAIT Victor range ses crayons de couleur et sa boîte de peinture dans son sac Adidas usé. Il l'avait acheté à Soho to London dans les années 70. Un sac à dos traîné sur la route « on the road again », lors des légendaires tournées de son groupe de rock « Les nine's ». Ce chiffre neuf qui ne lui avait jamais porté bonheur. « Les nine's », des images et des sons importants dans sa boîte à souvenirs. Solo, guitariste, une formation traditionnelle : basse, chant, batterie. Une tournée de tous les bars du coin. A PROPOS DE L'AUTEUR Du polar, un peu de radio, un peu de vidéo, un peu de scenario de BD... Un berrichon devenu tourangeau qui raconte des histoires souvent très courtes. Auto-éduqué à grands coups de néo-polar, de "hard boiled", Jérémy Bouquin trouve donc naturel de se consacrer à la description subjective de cette vie de tous les jours qui tourne en vrille. Ont déjà été publiés Printemps de barges (pavillon noir), Règlements de contes (pavillon noir). Est attendu pour octobre, Basse tension (le lamantin) et autre en fin d'année...

  • Fausse septique

    Philippe Deblaise

    • Ska
    • 1 Novembre 2015

    Elle s'épanche en public et observe le monde autour d'elle... L'univers littéraire de Deblaise est noir, d'une noirceur sans concession. Mais derrière le désespoir, c'est une invitation à traquer la moindre lueur à l'horizon. Une nouvelle noire dans la tradition du genre pour le plus grand plaisir des lecteurs EXTRAIT J'ai donc appris de bonne heure à faire mes petits besoins en public. Ce qui pour une fille n'est pas des plus commodes. Dire que je banalise serait impropre. J'ai toujours été infiniment pudique. Même là, pleine rue, dans le dos de Beaubourg, à trente ans révolus, sur le coup de midi, avec les feux, le passage clouté, la bouche de métro, les gaz d'échappement, le bruit, le froid, le musée de la Poupée à deux pas, et tous ces gens qui me lorgnent en faisant mine d'attendre pour traverser. A PROPOS DE L'AUTEUR Enfance en province. Montée à Paris. Fac de Vincennes à la grande époque. Une thèse sur Roussel. Quelques livres et nouvelles. Fort heureusement une famille avec femme et enfant. Comme il se doit un parcours chaotique dans l'édition avec quelques articles contradictoires et radicalement opposés. Attractif. A jeter ! Superbe ! Faire l'impasse. Premiers romans signés Philippe Deblaise puis PHD dont le dernier Elle est morte blonde, 2010, roman noir, aux éditions Nykta.

  • Sulky

    Mouloud Akkouche

    • Ska
    • 1 Mars 2018


    Un vigile évoque avec tendresse son mentor adepte de la course au trot...

    « Les juges aux allures voient tout, du début jusqu'à la fin. La première fois que Sulky m'en avait parlé, je devais avoir neuf-dix ans. Ça me faisait marrer. Imaginant dans ma tête de gosse qu'un type, comme les juges qu'on voyait dans les séries, se tenait dans les rues de la ville pour condamner ceux qui n'avaient pas une belle allure. « Tu vois, le P'tit, les mecs là, dans la camionnette. Ils sont là pour voir si les chevaux ne passent pas au galop ou ne commettent pas d'autres erreurs. Dans la vie, ailleurs que dans l'hippodrome, il y a les mêmes, visibles ou invisibles. De la crèche au cimetière, ils vérifieront que tu respectes le même trot que tout le monde, que tu es bien d'équerre. Si tu ne veux pas être disqualifié, n'oublie jamais qu'ils ont un oeil sur toi. »

    Mouloud Akkouche sait d'où il écrit. Ses romans et ses nouvelles en témoignent. Ces « juges aux allures » seraient-ils la périphrase des flics ? Dans ce récit ancré dans notre époque contemporaine, cruelle pour les laissés pour compte, s'épanouit une relation quasi filiale entre le héros et un vieux turfiste au masque de sage affectueux. Du grand Mouloud...

  • Obione, la compil'

    Max Obione

    • Ska
    • 1 Octobre 2016

    Un recueil de 20 nouvelles dans lequel Max Obione fait mouche, en plein dans le coeur noir de la cible. Elle sentit une sueur chaude envahir le bas de son dos. Elle connaissait le danger, elle avait lu les cahiers, elle avait près d'elle cet écrivain que l'institution psychiatrique allait détruire à force d'électrochocs et de chimie. Elle n'était que sensations humides, troublée tant par le désir que par la transgression professionnelle. « J'ai lu vos cahiers. » murmura-t-elle en frissonnant. Elle souhaitait qu'il la caressât. Maintenant. Elle souhaitait qu'il la parcourût, qu'il jouît aussi de sa peau à elle, sur laquelle aucune main d'homme ne s'était posée depuis si longtemps, et aussi qu'il continue à écrire, un jour prochain, si bien. Sa peau à elle... La main d'Oskar se posa sur sa jambe. (extrait de La peau des femmes) Malgré sa bonne bouille de marin de haute mer coincé à terre, il ne titube pas, ne contemple pas les vagues inopérantes s'écrasant sur grèves et rivages divers, et s'ancre peu à peu dans la noirceur du paysage. Il écrit de ces textes clairs à force d'être sombres, évidents dans leur brutalité, souvent charnus et poétiques, dérangeants et patients, parfois pleins d'un humour cynique grand gabarit, récits qui nous renvoient parfois à cette littérature « hard boiled » que nous aimions tant, pour sa passion métaphorique et sa « vista » comportementaliste. Mais sans les archétypes et marronniers qui encombrent souvent le polar. [extrait de la préface de Jean-Bernard Pouy à L'ironie du short (Krakoen)] Retrouvez l'univers noir, à mi-chemin entre polar et littérature érotique, des récits de Max Obione ! EXTRAIT DE MONSIEUR BOVARY Quand Marcel Bovary décrocha son fusil, on eut dit que sa vie était en jeu. On sut plus tard que le gibier portait des escarpins Prada. Il enfila cinq cartouches de chevrotines dans le magasin du fusil, actionna la pompe. Il grommelait indistinctement, sa moustache frémissait, ses yeux fixes étaient ceux d'un fou. Pas le temps de mettre sa casquette. La R16 démarra en trombe aspergeant le parterre de pétunias d'une gerbe de gravillons. - Ah ! C'est que tu veux plaquer Marcel, ma salope ! Il répétait, répétait cette phrase en serrant les dents, substituant vache à salope, et réciproquement. Il frappait le volant de sa main droite avec rage. Parfois il redressait l'arme calée contre le siège passager que sa conduite brusque chahutait. À PROPOS DE L'AUTEUR Max Obione s'est emparé du noir sur le tard afin de donner libre cours à son tempérament libertaire. Dans ses polars et ses nouvelles, ce jeune auteur tardif revisite les archétypes du genre. C'est un franc-tireur des lettres qui, se reposant du noir un temps, met du rose à sa palette. Sur le chemin de la littérature érotique, il commence à semer des cailloux libertins. Mais le noir demeure sa couleur de prédilection.

  • Les petites musiques

    Claire Rivieccio

    • Ska
    • 1 Janvier 2016

    Simple d'esprit, elle donne son corps pour entendre les petites musiques du coeur, jusqu'à l'heure de sa revanche. Bâtarde ! C'est vrai qu'à la maison non plus elle n'avait pas de prénom. Le père l'appelait la bâtarde, la mère ne l'appelait pas. Bâtarde et attardée, « abâttardée »... Drôle de pedigree pour une drôle d'existence pas franchement plaisante. Heureusement que la Jeannette lui avait appris à voir la vie en Technicolor avec les petites musiques... Claire Rivieccio nous livre une novela d'une grande intensité due à la vérité de son personnage principal si bouleversant. Écoutons la petite musique de cette auteure, elle recèle une mélodie narrative brillante. EXTRAIT Encore heureux que la Jeannette, qui n'était pas difficile question diplômes, l'ait embauchée dans son hôtel-restaurant, car au village, personne ne voulait s'embarrasser de cette gamine. « Attardée » ou « retardée », la mère ne savait plus très bien quelle étiquette la maîtresse d'école avait collée sur son enfant. Toujours est-il que c'était noté quelque part dans le dossier qui l'avait conduite à l'institut spécialisé pour jeunes déficients, où elle avait séjourné jusqu'au mois dernier. A PROPOS DE L'AUTEUR Pour commencer Claire Rivieccio est toujours passée par des endroits qui menaient quelque part à condition d'en sortir, l'hôpital de Garches où son père était instituteur lorsqu'elle était enfant, le Berry profond pour ses années de collège et de lycée, la Sorbonne, puis le journalisme et la télévision pendant une quinzaine d'années à Paris. Dès que l'occasion s'est présentée, elle a voyagé et exploré la planète avec une curiosité toute particulière pour la nature humaine, ses travers et ses contradictions. En 1994, au terme d'un long voyage à la voile, elle quitte définitivement le panier de crabes de la capitale pour s'affirmer en tant que réalisatrice et auteur à La Rochelle. Dans la foulée elle met un point final à son journal intime et signe un premier polar "les Dames à Chiens". Fin 2007, pas rancunière, elle revient vivre dans le département de l'Indre où elle écrit un second polar "Sainte-Erecta". Aux dernières nouvelles, son imagination la mène toujours par le bout du nez et elle continue à écrire...

  • Juarez 1911

    Marc Villard

    • Ska
    • 1 Mars 2016

    Un gringo plongé au coeur de la révolution zapatiste recherche le mexicain qu'il doit exécuter... Le soleil claque. La route brûlante pétille sous la sécheresse. Dans les champs bordant l'artère, des ouvriers agricoles, mexicains pour la plupart, arrosent des plans d'oignons et de salades. Les villages se suivent : Donna Anna, Las Cruces, San Miguel, Anthony. Il est vingt-trois heures quand Parker pénètre dans El Paso. Il gagne les confins de la ville et parvient au bord du Rio Grande. Quelques badauds observent à la jumelle la rive mexicaine. On entend des coups de fusils isolés en provenance de Ciudad Juarez. Parker se rapproche d'un homme blond, feutre noir et appareil photo en bandoulière. « Excusez-moi, peut-on gagner Juarez ?... Première incursion de Marc Villard dans la fiction western. Il abandonne ici les sonorités jazzies pour les mariachis, le macadam de Paris pour la poussière de Juarez, en pleine Révolution. Avec la même maestria il tisse un conte d'amour et de mort sur fond de révolution mexicaine. Une vraie curiosité, une belle réussite. Une nouvelle noire qui vous plonge dans la chaleur du soleil mexicain et pourtant vous fait frissonner... EXTRAIT Jim Parker faisait face aux champs de maïs en soupirant. Derrière lui, le vétérinaire descendit d'une guimbarde flambant neuve, mais geignarde. La mère de Jim se tenait debout devant le corps de son mari, à l'entrée d'un enclos prévu pour dresser les chevaux ; formant voûte, des nuages gonflés de pluie assombrissaient la forêt proche. Le vétérinaire, un homme de cinquante ans, à la barbichette bien taillée, se porta vers le jeune homme. « Qu'est-ce qu'il s'est passé, Jim ? - Papa s'était mis en tête de dresser une jeune pouliche. Avant de la faire trotter à la corde, il s'est approché de la bête par derrière et a pris une ruade en plein front. Mort sur le coup. - Seigneur... et le cheval ? - Elle s'est brisé l'antérieur droit en retombant contre un rondin. » A PROPOS DE L'AUTEUR Né à Versailles, Marc Villard joue au foot à Reims, devient graphiste en sortant d'Estienne, tape sur des caisses dans un groupe de rock, se lance dans la poésie et publie dans des revues. Puis il est saisi par la fiction. En 81 paraissent simultanément son premier recueil de nouvelles, Nés pour perdre, son premier scénario, Neige, et son premier roman, Légitime démence, écrit en collaboration. Poésie, jazz, rock tapissent son imaginaire fertile. Parmi les nouvellistes tout genre confondu, Marc Villard est reconnu comme l'un des plus originaux et des plus féconds. Ces derniers recueils, parfois avec son complice Pouy, sont des musts.

  • Edouard

    Chantal Vattan

    • Ska
    • 1 Juin 2016

    La passion mortelle de Gisèle s'appelle Edouard mais ils finiront par faire lit à part... Ça commence par une conversation de pipelettes, pour terminer par un drame familial d'un noir désespérant. Une juxtaposition créant la dynamique d'un récit rudement bien conduit par cette nouvelle auteure. Une nouvelle noire et angoissante qui vous fera frissonner d'horreur EXTRAIT La lumière disparaît sous les plinthes. Le froid s'installe. Il a bien fallu allumer la lampe. Je suis lasse. La radio gémit sur des ondes inaudibles. Je m'accroche aux lambeaux des mots. Encore une nuit à affronter. Une nuit d'attente. J'appréhende la disparition complète du jour. Quand les ombres surgissent, j'ai peur de ne plus rien maîtriser et de me mettre à hurler. Je ne peux pas, je ne veux plus dormir.

  • Cercueil express

    Mouloud Akkouche

    • Ska
    • 1 Juin 2018


    Pour assister en Kabylie à l'agonie de sa mère, l'opposant interdit de séjour recourt à la bière...

    « - T'es revenu, mon fils. Elle se laisse tomber dans mes bras.
    - T'es revenu...Elle se pousse légèrement et lève la tête vers moi. Je garde ma main sur sa hanche, de peur qu'elle ne tombe à la renverse. Première fois que je la sens si fragile. Gosse, je pensais qu'elle était indestructible et que, tant qu'elle se trouvait dans les parages, je ne craignais rien. Après l'âpreté du labeur pieds nus dans la rocaille et les champs, les pluies de bombes, les accouchements accroupie dans une maison sans eau ni électricité, le froid de l'hiver, les canicules, les mauvaises récoltes, elle avait vécu une autre guerre invisible - plus longue, quotidienne et répétée de génération en génération -, celle de l'assujettissement à son père, ses frères, son mari, ses fils. »

    Une grande sensibilité transparait dans cette nouvelle. L'amour pour sa mère d'un fils banni, séparés par la Méditerranée et interdit de séjour dans son pays natal, saura suggérer à ce dernier une initiative pour le moins insolite... Finesse de l'écriture, dialogues resserrés. Du grand Mouloud Akkouche.

  • Décroisser la lune

    Roland Sadaune

    • Ska
    • 1 Janvier 2018


    Décroisser la lune, est-ce hors de portée pour ce SDF secrètement amoureux de la boulangère bienfaitrice ?...

    « - Prenez... Plus froid que la semaine dernière, n'est-ce pas ? Je la devine pressée mais disponible, discrète mais enjouée. Je récupère le sac en papier garni de je ne sais quels délices. L'odeur flatte mes narines, tandis que j'enregistre mille myriades dispensées par son regard éblouissant.
    - Merci beaucoup. Oui ça... ça pique ces jours-ci, je bredouille. Je me tiens dans la flaque de lumière du trottoir, héron mazouté.
    - Ils ont prévu zéro degré, sourit ma bienfaitrice. »

    Dans la rue, la concurrence est féroce entre miséreux. Sadaune pose sur eux un regard chaleureux et humain, en mesure de découvrir ce que cachent les oripeaux de la pauvreté extrême.

  • Jours de neige

    Etel

    • Ska
    • 1 Avril 2016

    Histoire tranchante d'une femme criminelle au désespoir de l'hiver des sentiments... ...elle laisse la porte grande ouverte pour profiter de la clarté de la lune. Le panier de bûches est prêt, ainsi qu'elle l'a demandé à Raymond. La hache ne dépasse pas, comme elle le lui a recommandé. Elle se penche pour en éprouver le tranchant, qu'elle devine à peine entre les rondins de charme. Sa main rencontre la lame et elle pousse un petit cri. Son pouce est légèrement entaillé et elle le porte à sa bouche pour aspirer la goutte de sang qui y perle. Elle est satisfaite, la besogne se fera facilement. C'est âpre, froid, désespéré. Terrible tableau brossé avec talent par Etel, que ce destin de femme criminelle voulant échapper à sa médiocre condition. Une nouvelle noire dans la grande tradition du genre pour le plus grand plaisir des lecteurs ! EXTRAIT L'angélus sonne au clocher du village. La nuit est tombée depuis deux heures déjà. Albert somnole, attablé devant son verre d'Oberlin. C'est son plaisir du soir, après toute une journée à charrier des sacs de charbon, à les monter sur la carriole et à les descendre dans la cave des clients. Pendant que Germaine prépare le souper, il s'installe le long de la cuisinière et boit le vin de la vigne de sa soeur, une boisson puissante et âpre qui lui râpe la gorge tout en lui faisant oublier le travail et les soucis. A PROPOS DE L'AUTEUR Ce qui la définit le mieux ? « Sans la musique, la vie serait une erreur, une besogne éreintante, un exil. » Nietzsche « Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l'être mais aussi la sagesse de distinguer l'un de l'autre. » Marc-Aurèle « Plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien. » Pierre Desproges Tout le reste n'est qu'anecdotes...

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