Noir Sur Blanc

  • Hérétique, schismatique, Juif converti à l'islam puis au christianisme, libertin, hors-la-loi, tour à tour misérable et richissime, vertueux et abomi- nable, Jakób Frank a traversé l'Europe des Lumières comme la mèche allumée d'un baril de poudre. De là à se prendre pour le Messie, il n'y avait qu'un pas - et il le franchit allègrement. Le dessein de cet homme était pourtant des plus simples : il voulait que ceux de son peuple puissent, eux aussi, connaître la sécurité et le respect d'autrui. Il voulait l'égalité.
    La vie de ce personnage historique, qui fut considéré comme le Luther du monde juif, est tellement stu- péfiante qu'elle semble imaginaire. Un critique polo- nais, saluant la réussite absolue de ce roman de mille pages, dit qu'il a fallu à Olga Tokarczuk une « folie méthodique » pour l'écrire.
    On y retrouve les tragédies du temps, les guerres, les pogroms et la ségrégation, mais on y goûte aussi les merveilles de la vie quotidienne : les marchés, les cui- sines, les petits métiers, les routes incertaines et les champs où l'on peine, l'étude des mystères et des textes sacrés, les histoires qu'on raconte aux petits enfants, les mariages où l'on danse, les rires et les premiers baisers.
    Ainsi que le dit le père Chmielowski, l'autre grand personnage de ce roman, auteur naïf et admirable de la première encyclopédie polonaise, la littérature est une forme de savoir, elle est « la perfection des formes imprécises ».

  • Maison de jour, maison de nuit Nouv.

    Une jeune femme s'installe avec R., son mari, dans un hameau perdu de Basse-Silésie, à quelques dizaines de mètres de la frontière tchèque. Nous sommes aussitôt après la chute du régime communiste en Pologne, mais ce n'est pas l'unique changement perceptible : les maisons, les jardins et les forêts environnantes regorgent de vestiges et de traces laissées par les Allemands qui vivaient autrefois, majoritaires, dans cette région. Strates de terre, strates de temps, le hameau prend rapidement les dimensions de l'univers, puisque les possibilités de narrations, à partir de lui, sont infinies.
    D'une imagination débordante, mêlant légendes, ragots de villageois, explorations des rêves et de l'Internet naissant, recettes de cuisine et fines observations de nos contemporains, ce roman d'Olga Tokarczuk est l'épopée d'un tout petit lieu, avec une ahurissante galerie de personnages, dont Marta, la voisine, perruquière fantasque, qui amorce et tisse les histoires, Marek Marek qui se saoule à mort pour ne plus sentir l'énorme oiseau qui est dans sa poitrine, ou encore Ergo Sum, le professeur de latin qui se changera en loup-garou... et jusqu'à sainte Kümmernis, ravissante femme à barbe crucifiée par son père.

  • Nous sommes dans la région de la Volga, dans les premières années de l'URSS, en 1920-1930. Jakob Bach est un Allemand de la Volga : il fait partie des descendants des Allemands venus s'installer en Russie au xviiie siècle.
    Bach est maître d'école dans le village de Gnadenthal, une colonie située sur les rives du fleuve. Un mystérieux message l'invite à donner des cours à Klara, une jeune fille vivant seule avec son père sur l'autre rive de la Volga. Bach et Klara tombent amoureux, et après le départ du père, ils s'installent ensemble dans la ferme isolée, vivant au rythme de la nature. Un jour, des intrus s'introduisent dans la ferme et violent Klara. Celle-ci meurt en couches neuf mois plus tard, laissant Bach seul avec la petite fille, Anntche.
    Après la mort de Klara, Bach s'éloigne du monde et perd l'usage de la parole. Tout en élevant l'enfant, il écrit des contes, qui de manière étrange et parfois tragique s'incarnent dans la réalité à Gnadenthal. Un autre enfant fait alors son apparition à la ferme : Vasska, un orphelin vagabond qui bouleversera la vie d'Anntche et Bach...

  • Chef-d'oeuvre de Mircea Cãrtãrescu, Solénoïde est un roman monumental où résonnent des échos de Borges, Swift et Kafka. Il s'agit du long journal halluciné d'un homme ayant renoncé à devenir écrivain, mais non à percer le mystère de l'existence.
    Après avoir grandi dans la banlieue d'une ville communiste - Bucarest, qui est à ses yeux le « musée de la mélancolie et de la ruine de toute chose », mais aussi un organisme vivant, coloré, pulsatile -, il est devenu professeur de roumain dans une école de quartier. Si le métier le rebute, c'est pourtant dans cette école terrifiante qu'il fera trois rencontres capitales : celle d'Irina, dont il tombe amoureux, celle d'un mathématicien qui l'initie aux arcanes les plus singuliers de sa discipline, et celle d'une secte mystique, les piquetistes, qui organise des manifestations contre la mort dans les cimetières de la ville.
    À ses yeux, chaque signe, chaque souvenir et chaque rêve est un élément du casse-tête dont la résolution lui fournira un « plan d'évasion », car il ne s'agit que de pouvoir échapper à la « conspiration de la normalité ».

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  • Lauréate du prix Nobel de littérature en 2018, Olga Tokarczuk nous offre un recueil de nouvelles qui vient confirmer l'étendue de son talent : qu'elle se penche sur les époques passées ou qu'elle s'amuse à imaginer celles du futur, elle a toujours le souci d'éclairer le temps présent et ne se défile devant aucune des questions qui se posent aujourd'hui à nous.
    L'esprit d'enfance, le désir d'immortalité, le délire religieux mais aussi le transhumanisme, le rapport à la nature, la fragilité de la civilisation : sans surenchère dans la dystopie, sans jamais de complaisance dans la noirceur, Olga Tokarczuk nous fait mesurer les espaces infinis de ce qui échappe à notre connaissance.
    Mais pour cette écrivaine qui excelle à découvrir des connexions et des correspondances, le salut réside assurément dans les puissances de l'imaginaire et dans l'acceptation par chacun de sa propre étrangeté.

  • La complexité grandissante du monde, l'interdépendance largement insoupçonnée de tous ses éléments, voilà qui exige, selon Olga Tokarczuk, « de nouvelles façons de raconter le monde ».
    Et si les deux premières décennies du siècle signent le triomphe des séries télé, la littérature n'a pas dit son dernier mot. Elle est la mieux à même de travailler à partir de fragments, de révéler un spectre plus large de la réalité, pour autant qu'elle se libère du vieux moi-narrateur.
    Le Tendre Narrateur, c'est l'invention d'une « quatrième personne du sujet », une voix à la fois impersonnelle et douée de tendresse, « la plus modeste forme de l'amour », celle qui permet de porter attention à tout ce qui n'est pas soi - les autres, les animaux, les éléments - avec la conscience d'une communauté de destin.
    Ce discours de réception au prix Nobel est suivi d'un texte intitulé Comment les traducteurs sauvent le monde et d'un inédit sur la période du confinement, La Fenêtre, dans lequel l'auteure expose les craintes et les espoirs que lui inspire l'avenir.

  • En hiver, la Norvège est plongée dans le noir. Mais est-ce vraiment le cas ? Deux tiers des Norvégiens, comme 80 pour cent des Américains du Nord, ne peuvent plus distinguer la Voie lactée pendant la nuit. Les lampadaires, néons et écrans illuminent le ciel et empêchent de la voir.
    Quels sont les effets de cette lumière artificielle sur les humains, les animaux, et toute chose vivante ? Aussi loin que remontent ses souvenirs, Sigri Sandberg a toujours eu peur du noir. Elle entreprend un voyage en solitaire dans les montagnes, en plein hiver, pour éprouver l'obscurité et pour comprendre ce qui se cache derrière sa peur. Au cours de son périple, elle nous fait découvrir une autre femme, Christiane Ritter, qui a passé un hiver entier dans une hutte de trappeur dans le Svalbard en 1934.
    Sigri Sandberg décrit sur ce qui se passe dans le corps pendant la nuit. Elle évoque le sommeil, les étoiles, les trous noirs, les lumières du Nord, mais aussi les lois du trafic aérien et la lutte pour préserver un ciel nocturne. Son livre cherche à donner un sens à l'obscurité.

  • Composé de trois longues nouvelles encadrées par deux contes, Melancolia est un livre sur l'expérience de la séparation, ce trauma qui marque notre naissance puis chacune de nos métamorphoses. Pour la raconter et l'analyser, l'immense écrivain Mircea Cartarescu choisit trois étapes de la vie.
    Tout d'abord la petite enfance grâce à un jeune garçon qui se persuade que sa mère l'a abandonné alors qu'elle est juste sortie. « C'est là le point de départ de la mélancolie, de ce sentiment que personne ne nous tient plus par la main. » Puis l'âge de raison avec Isabel et Marcel. Frère et soeur, ils vivent au sein d'une famille ordinaire comme deux enfants perdus dans la forêt profonde. Lorsque la fillette tombe malade, Marcel se jure d'obtenir sa guérison en partant affronter ce qui le terrifie.
    Enfin l'adolescence. S'interrogeant sur la différence sexuelle, un jeune homme tombe amoureux. Son corps change. Mois après mois, il range les peaux devenues trop petites dans une armoire.
    Les thèmes favoris de l'auteur tels le passage du temps, la poésie, le réel et l'irréel, le masculin et le féminin, irriguent ces textes.

  • L'action du livre se situe en 1984, immédiatement après la levée de l'état de siège en Pologne. Celina, l'héroïne du roman, est une femme dans la quarantaine, dont la vie se trouve bousculée par les événements politiques tragiques des années « Solidarité ».
    En tant que reporter photographe, elle assiste au procès des assassins de l'étudiant Grzegorz Przemyk (un meurtre commis par la milice qui a bouleversé la Pologne), et cache chez elle des militants clandestins. Elle devient ainsi le témoin direct des événements dont parlent les médias du monde entier.
    Mais le passé se profile aussi en toile de fond. Pendant la guerre, la mère de Celina a caché chez elle une jeune femme juive et sa fille, Paula. Devenue adulte, cette dernière décide de partir en Afrique du Sud. Celina épousera alors l'ancien fiancé de son amie Paula.
    C'est dans cette Pologne des années quatre-vingt que l'auteure dresse un beau portrait de femme, solidement ancré dans la réalité.

  • Bienvenue dans le Far East ! Mour, sa femme junkie et leurs deux enfants bourlinguent dans les festivals de théâtre européens.
    En 2015, Ils décident de rentrer en Bohème. Après un voyage ponctué de nombreuses péripéties, dont un détour par la guerre du Donbass où Mour récupère Gérard Depardieu, la famille parvient à s'installer sur les rives de la Sázava, au sud-est de Prague.
    Mour est alors accusé d'avoir assassiné son beau-père. Il échappe à la justice et s'embarque dans un road trip à travers la région avec ses deux fils. À pied, en voiture et en bateau, ils rencontrent une foule de personnages bigarrés : gitans, prostituées, prêteurs sur gages, ivrognes ou voyous. Le voyage s'achève en apothéose réunissant un mariage, un bordel, la police tchèque et un tank russe.
    Dans ce roman très contemporain alternant scènes grotesques, descriptions poétiques, dialogues drôles et enlevés, chacun vit selon ses propres lois. Sur un rythme trépidant, transgressant les tabous, Topol aborde les grandes questions d'aujourd'hui : la religion, la famille, la survie au quotidien, le populisme et la menace russe.

  • Des chocolats pour le directeur, comme son titre l'indique, est un petit cadeau à déguster : cet ensemble de courtes nouvelles, composées pour la plupart dans les années 1960, paraît à l'occasion des 90 ans de la naissance de Slawomir Mrozek. À l'origine, ces textes très brefs étaient destinés à être lus à la radio polonaise ; ils sont de la veine des meilleurs écrits humoristiques de l'auteur.
    Le personnage principal du recueil, le Président-Directeur- Général, est entouré de ses indispensables (et modestes) collaborateurs : le Chef de Service, le Comptable, le Magasinier, le Caissier, le Conseiller. Tout ce petit monde est très occupé à régler des problèmes inexistants, à inventer des stratagèmes ineptes et à respecter l'autorité du chef.
    /> L'humour ravageur de Mrozek n'épargne rien ni personne :
    L'individu livré à la bêtise, naviguant ferme dans un océan de faux-semblants et de lieux communs, affronte le milieu semé d'embûches de la Pologne du socialisme triomphant.
    Ces perles admirables de concision, où voisinent humour et satire, absurde et anxiété, sont toujours d'actualité et feront les délices des lecteurs d'aujourd'hui.

  • « L'auteur s'est tellement égaré dans les chemins de traverse entre le réel et l'imaginaire, qu'il prend le parti de prévenir que tous les protagonistes sont le fruit de son imagination, de même que toutes les histoires, les situations et, d'ailleurs, les villes de ce livre. » Le ton est donné : le Lexique de Yuri Andrukhovych fait le portrait de 44 villes réelles à travers le monde, mais elles sont vues par le prisme de son imaginaire débridé et malicieux. À l'affût des situations absurdes et des personnages les plus atypiques, l'auteur nous emmène dans un voyage improbable qui passe par Minsk, Odessa, Detroit, Strasbourg, Lausanne, Drohobytch, Berlin...
    Andrukhovych entremêle les histoires de coeur et les polémiques contemporaines, le cliché et L'Épiphanie, l'anecdote et les idées de roman. Nomade de ville en ville, l'auteur affûte son regard sur les plus petits détails, jusqu'à nous donner, par touches, sa vision de l'universel.

  • « Ici repose pour l'éternité Joseph Bernstein, le rabbin des produits vintage. Si vous allez au Paradis, faites appel à lui pour une paire d'ailes bonnes et pas chères, story included. Si vous vous retrouvez en Enfer, des cornes et des sabots comme chez lui, vous n'en trouverez nulle part. ».

    Voici une famille de Juifs américains, les Bernstein, qui a réussi à Washington DC dans les années 1990 grâce au commerce en gros de vêtements vintage. Persuadés que tout, désormais, des habits aux idées en passant par les sentiments, est plus ou moins de « seconde main », ils s'efforcent de ne voir dans le passé qu'une valeur ajoutée.

    Soixante ans plus tôt, de l'autre côté de l'Atlantique, les Oxenberg achèvent de se hisser parmi la bonne société de la ville de Ia?i, dans l'étrange royaume de Roumanie. Jacques Oxenberg, dont on vante « les doigts beethovéniens », est le meilleur obstétricien de la région. Il vient d'offrir une auto à son épouse, laquelle lui a donné deux beaux enfants. Un gramophone égaye les soirées de leur jolie maison, mais dehors... les voix rauques de la haine commencent à gronder.

    Lorsque la riche Dora Bernstein et son fils Ben se rendront à Ia?i, durant l'été de 2001, les deux histoires se rejoindront, entre secrets de famille et zones d'ombre de la mémoire collective.

  • Dans les années 1970, Hanna Krall raconte une histoire vraie au cinéaste Krzysztof Kieslowski. Il s'en inspire pour réaliser Le Décalogue 8. Quarante ans plus tard, Krall nous révèle les changements apportés dans la fiction et s'attache à rétablir la vérité.

    L'histoire est simple : pendant la guerre, une Polonaise accepte de devenir la marraine d'une fillette juive, afin de lui fournir un certificat de baptême qui la sauvera peut-être de la mort. Au dernier moment, la femme se désiste car, en bonne catholique, elle ne peut pas proférer de faux témoignage. Désemparées, la petite fille et sa mère sortent dans la rue, seules, en pleine Occupation allemande...

    Hanna Krall construit sa narration en spirale : les personnes qui ont côtoyé la fillette et sa mère reviennent tour à tour, à des époques et en des lieux différents, celles qui les ont abandonnées, voire dénoncées ou, au contraire, celles qui les ont aidées. Victimes, bourreaux, simples témoins, il n'en reste que des traces, dans la mémoire ou dans la terre.

    Magistralement construit, le récit de Krall nous happe, nous enveloppe, on reste longtemps sous son emprise. Telle une pierre jetée dans l'eau, il forme des cercles qui se propagent à l'infini.

  • Cet ouvrage est un recueil de douze textes dans lesquels Mikhaïl Chichkine, auteur de plusieurs romans à succès, aborde de nombreux thèmes : l'importance du mot, de la littérature ; l'amour pour ses enfants ; les malentendus avec sa mère ; la violence de la société russe dans laquelle il a grandi; l'exil en Suisse, avant tout exil loin de la langue russe ; le destin de l'écrivai ; le rapport au temps... Plusieurs textes sont consacrés à des écrivains, en particulier Robert Walser, pour lequel il éprouve une profonde admiration, et Vladimir Nabokov.

    Mikhaïl Chichkine explore également les relations entre la Suisse et la Russie, réfléchissant à sa propre condition d'écrivain russe exilé. Il relate des épisodes peu connus de l'histoire suisse, comme celui des soldats soviétiques internés pendant la guerre et rapatriés en URSS en 1945, ou la vie de la révolutionnaire Lydia Kotchetkova et son mariage raté avec un médecin zurichois.

    Chaque récit est le morceau d'un tout, semblable à un puzzle littéraire ; mais le héros principal, dans l'oeuvre de Chichkine, et c'est particulièrement visible dans sa prose courte, reste toujours le Mot.

  • Dans un vieux numéro du Times, l'auteur retrouve un écho d'une affaire qui avait fait grand bruit dans son enfance ; c'était quelque chose comme une affaire Dreyfus russe, mais il n'y avait eu aucun Émile Zola, alors, pour prendre la défense de l'homme qu'on accusait. Voici un roman dans lequel personnages et événements sont authentiques, presque documentaires, et qui est en même temps une grande réussite littéraire. Au début de la Grande Guerre, Sergueï Miassoïedov, colonel de la gendarmerie tsariste et petit entrepreneur privé, se trouve accusé d'espionnage pour le compte de l'Allemagne : en coulisse, la police politique est en proie à des luttes intestines entre les antisémites et leurs adversaires. Condamné à mort par une cour martiale, Miassoïedov est exécuté à Varsovie en 1915. Et c'est alors que commence une seconde affaire, moins retentissante et peut-être plus cruelle encore : son épouse, d'origine juive, est inquiétée à son tour, d'abord par la police tsariste, qui obtiendra sa condamnation, puis par les services soviétiques. Des pogroms de 1903 jusqu'au bombardement de Dresde par les Alliés, c'est toute la noirceur et la violence du demi-siècle qui se montre à nos yeux.

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  • La Planète des champignons raconte quelques jours dans la vie de deux personnes que tout semble sépa- rer : un traducteur de seconde zone enlisé dans ses habitudes et une businesswoman indépendante, qui mène sa vie tambour battant. Ils paraissent vivre sur des planètes différentes, et pourtant, ils partagent quelque chose d'essentiel : ils sont voisins de datchas à la campagne, au nord de la Russie. Sans se connaître, ils ont passé leur enfance à jouer aux mêmes jeux, à arpenter la forêt pour y cueillir les mêmes champi- gnons - ils ont le même rapport âpre et fusionnel à la nature, si important pour les Russes. Dans son récit, Elena Tchijova leur donne six jours, comme les six jours de la Création du monde, pour sortir de leur routine et saisir la chance de se rencontrer...
    Elena Tchijova traite dans ce roman d'un thème récurrent dans son oeuvre : la relation au passé. Quel est le poids du passé dans une vie d'adulte ? Com- ment inventer une nouvelle vie après l'effondrement de l'URSS ? Comment envisage-t-on l'avenir alors que le passé, ses valeurs et les êtres qui l'habitaient, ont disparu - mais que les souvenirs demeurent ?

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  • Dans ses nouvelles, Vladimir Maramzine fait preuve d'une grande inventivité stylistique, marquée par l'ironie et l'absurde, dans la tradition de la littérature russe du XX e siècle (Zochtchenko, Platonov). C'est un petit garçon qui s'offusque d'être jeté sans ménagement dans une rivière pour apprendre à nager ; c'est une journée dans la vie d'un frotteur de parquet ; ce sont des métiers disparus et des portraits mémorables, dressés à partir de détails surprenants (un vieillard heureux d'avoir gardé ses dents, qui ne cesse de clapper et de jouer de la bouche)...Dans une prose piquante et parfois cruelle, Vladimir Maramzine fait revivre le monde de l'après-guerre en URSS.
    Le plus long récit du recueil, Un tramway long comme la vie, se passe à Leningrad juste après la guerre. Le narrateur déroule l'histoire de sa vie, avec le tramway pour fil rouge. Par les fenêtres du wagon, c'est une ville exsangue que l'on découvre (les bâtiments détruits, les traces du blocus...), mais aussi des habitants qui cherchent à retrouver un quotidien normal. C'est dans le tram que le narrateur rencontre des filles, s'essaie au difficile métier de pickpocket, échange des insultes, regarde les passagers lire ou manger. Jour après jour, le tram devient pour lui un poste d'observation depuis lequel il voit l'URSS changer... jusqu'à son dernier souffle sur les rails.

  • « La solitude ne m'est pas étrangère. La solitude, c'est moi », dit Bruno Stressmeyer, le protagoniste de ce court et dense roman sur l'Occident contemporain.   À Vienne, de nos jours, un homme que la possession de plusieurs appartements dispense de travailler, fait le choix d'être seul, de ne rien partager avec quiconque. Il est atrabilaire, s'observe sans arrêt, émet sur les autres les jugements les plus mesquins qu'on puisse imaginer (le récit est à la première personne). Pour réduire les contacts avec ses semblables, il commande tout par Internet. Mais il lui faut parfois prendre le train, aller au restaurant, se frotter à d'autres gens qu'il juge et qu'il déteste en bloc. Bien que son frère lui manque, il refuse de le voir depuis qu'il s'est marié avec une femme de confession juive.   Reste son médecin, chez lequel son hypocondrie le conduit sans arrêt, et une aventure de vacances, une femme qu'il a connue en Croatie et à laquelle il pense quelquefois. Bruno pourrait vivre à Paris, à Londres ou à Berlin...   Quoique haineux, le regard qu'il porte sur le monde et les gens n'en révèle pas moins certains aspects de notre modernité : c'est ici la ruse du romancier, dont l'ironie tendre se communique au lecteur.

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  • Vivait à Sochy - l'Oradour-sur-Glane polonais - une fillette prénommée Renia, avec son papa, sa maman, son frère et sa soeur. Lorsque les Allemands sont arrivés, ils ont incendié le village et tué ses parents, ainsi que deux cents autres civils, dont des vieillards et des nourrissons. Elle a tout vu. Des années plus tard, Renia donne naissance à une petite fille, mais elle-même est restée une enfant. La petite fille s'appelle Anna Janko. Elle est aujourd'hui poétesse, romancière, chroniqueuse à succès, et c'est à 57 ans qu'elle raconte enfin le malheur arrivé à sa mère. Ou, plus exactement, le sien.   Au-delà de sa grande valeur littéraire, Une si petite extermination est un livre remarquable par la véracité du témoignage qu'il porte. Anna Janko aborde ici, à partir de son histoire familiale, le problème de la transmission aux enfants et petits-enfants du traumatisme de la barbarie.   Ceux qui sont morts à Sochy le 1er juin 1943 ne purent raconter leur histoire. Ceux qui ont survécu au massacre n'eurent aucune chance de surmonter leur souffrance. Et s'il appartient à la génération suivante de dire et de s'émouvoir, ce n'est pas pour être écrasée à son tour par un impossible fardeau, mais pour s'en libérer - et retrouver enfin « la capacité d'agir et de réfléchir de manière critique » (Anna Zeidler-Janiszewska).

  • Un soir de l'hiver 1997, un bûcheron de Colombie-Britannique nommé Grand Hadwin commet un acte d'une violence inouïe dans les merveilleuses îles de la Reine-Charlotte. Sa victime était légendaire : un épicéa de Sitka vieux de 300 ans, haut de 50 mètres et entièrement couvert de lumineuses aiguilles dorées. Dans un geste paradoxal, qu'il conçoit comme une protestation contre les dommages causés à la nature par l'homme, Hadwin s'attaque à l'arbre avec une tronçonneuse. L'épicéa tombe deux jours plus tard, ce qui horrifie toute la communauté locale. L'arbre d'or était non seulement une curiosité scientifique, un miracle et une attraction touristique, mais il était sacré pour le peuple des Haïdas et très aimé des bûcherons de l'endroit. Peu de temps après avoir confessé son crime, Hadwin a disparu dans de mystérieuses circonstances ; à ce jour, il n'a pas été retrouvé. En dénouant les fils de ce mystère, John Vaillant donne à voir toute la beauté sauvage des côtes de l'Alaska ; il décrit également les tensions historiques entre les Européens et les Indiens Haïdas, le monde brutal du bûcheronnage, ainsi que les conséquences de l'abattage des arbres en Amérique du Nord et pour toute l'histoire de la civilisation occidentale.
    « Dans une prose riche et imagée, Vaillant évoque le luxuriant milieu naturel où l'épicéa d'or est apparu... Absolument captivant. » The New York Times L'Arbre d'or raconte l'histoire d'un fabuleux mystère naturel, et d'une obsession si violente qu'un homme en vient à détruire ce qu'il a de plus cher : l'unique épicéa d'or au monde. Déployant tout son talent d'évocation des beautés de la nature, John Vaillant dresse le portrait de cet homme et décrit le contexte fascinant dans lequel son acte a lieu. Il interroge également les relations entre l'homme et son environnement, et les dommages que notre civilisation fait subir à la nature.

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  • Stanislav Perfetsky, figure de l'underground ukrainien, poète et auteur de performances littéraires bruyantes et audacieuses, est invité dans un symposium international à Venise. Celui-ci porte sur l'absurdité post-carnavalesque du monde. En route pour Venise, il rencontre des bohémiens qui le retiennent à Munich, il tombe amoureux d'une femme envoyée pour l'espionner, et s'empêtre dans des aventures érotiques et des intrigues sans fin.
    Arrivé à bon port, Perfetsky disparaît dans Venise, laissant la fenêtre de sa chambre d'hôtel ouverte sur le Grand Canal. Que lui est-il arrivé ? Est-il possible que ce maître des masques, des dissimulations et autres « perversions » ait organisé sa propre disparition ? Comme dans Le Maître et Marguerite de Boulgakov, auquel le roman d'Andrukhovych fait écho, une chose est certaine : la réalité quotidienne s'efface, les aventures burlesques se succèdent à un rythme effréné, sous l'oeil étonné de La Sérénissime, et le surnaturel prend peu à peu le contrôle du monde.

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  • En 1962, ses nouvelles et dessins satiriques ont valu à Mro'ek une immense popularité. Les autorités de la Pologne communiste lui font les yeux doux et l'encouragent même à voyager. C'est alors qu'après six années d'interruption et l'autodafé de ses précédents cahiers, Mro¿ek reprend l'habitude de tenir son journal intime. Le lecteur y découvrira non seulement le laboratoire d'un grand auteur, mais aussi ses doutes, ses tourments, ses railleries, ses colères. C'est en Italie, en 1963, que Mro¿ek envisage l'exil. Il écrit Tango, l'une des pièces qui le feront connaître dans toute l'Europe occidentale. Il voyage d'une capitale à l'autre, au fil des représentations et se trouve à Paris, en août 1968, lorsque les armées du Pacte de Varsovie écrasent le Printemps de Prague. Par une lettre ouverte dans « Le Monde », Mro¿ek s'insurge et, dans la foulée, il demande l'asile politique à la France. Sa femme, l'artiste-peintre Maria Obremba tombe alors gravement malade. Elle mourra l'année suivante d'un cancer à Berlin-Ouest et c'est sur cette tragédie intime que s'achève le premier volume du journal.
    Miroir impitoyable, instrument d'investigation, de dissection de l'âme, ces pages relèvent du courage et de la nécessité : « J'écris pour vivre », note l'auteur.

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  • D'abord, deux personnages : Sonia, une petite vieille dont l'unique fortune est une vache, et Igor, le fils d'un archevêque, jeune et beau propriétaire d'une Mercedes - laquelle est tombée en panne à la frontière polono-biélorusse. La petite vieille invite l'étranger dans sa misérable cabane, lui verse du lait et se met à lui raconter sa vie. Metteur en scène en vogue à Varsovie, Igor saisit que le destin de Sonia offre la matière d'une pièce sur le grand, l'impossible amour..
    Sonia a grandi sans sa mère, elle a été battue et violée par son père, maltraitée par ses frères, forcée comme une bête aux travaux domestiques. De la sueur, des larmes et du sang, jusqu'à l'arrivée des Allemands dans son village en juin 1941. Il suffit d'un regard à Sonia pour tomber amoureuse de Joachim, un bel officier SS, avec lequel, deux semaines durant, elle va vivre un amour bouleversant.
    Sonia et Joachim, n'ayant aucun langage commun, se livrent sans rien dissimuler : elle murmure ses souve- nirs enfouis, et Joachim à son tour, se délivre de ses tourments et raconte l'assassinat des Juifs du village.
    Mais l'histoire de Sonia ne nous parvient pas direc- tement : Igor la traduit à mesure, et surtout il lui applique le langage et les formes du théâtre à la mode. Le lecteur se méfie - c'est bien ce qu'attend de lui Ignacy Karpowicz.

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