Lc Christophe Lucquin Editeur

  • Le gardien d´une grotte raconte sa vie extravagante, reclus sur une colline où tout afflue, converge, recommence. L´audacieux misanthrope s´affranchit du siècle : les lois de la famille, de l'Histoire, de la vraisemblance comme de la ressemblance sont peu à peu abolies.
    Dans Grotte, l´ombre d´un idéalisme excitant et salvateur se profile.
    La liberté conquise par le narrateur fait écho à celle de l´auteur : Amélie Lucas-Gary se permet beaucoup et livre un roman excessif et singulier.

  • Avec son histoire, Julien Thèves nous amène là où vivent nos souvenirs : dans les entrailles de l'enfance. C'est le pays d'où l'on ne part jamais, même si l'on s'évertue à essayer de le faire, même si l'on a l'illusion de l'avoir fait.

    Fin des années 70, le protagoniste s'installe sur la côte basque avec ses parents et son frère. C'est un endroit idéal pour les enfants, entre le village et la ville, ils sont heureux, ils jouent avec leurs voisins, avec leurs voisines, dans un quartier parfait. Il y a les montagnes, il y a l'océan, il y a la plage où les parents, encore plein de désirs de jeunesse, se baignent nus pendant que les enfants sont à l'école.

    Le temps passe. Le cocon idéal se disloque. Alors, il faudra quitter la ville. C'est d'abord le lycée avant le grand départ.

    On suit le protagoniste désormais parisien, il revoit la ville qui l'a vu grandir et constate qu'elle a changé. Évolution de la ville, évolution des gens qui y vivent, y ont vécu, la ville s'embellit, les gens deviennent moches. Il voit les voisins que le temps n'a pas épargné, il voit la voisine devenue grosse et traînant dans un bar non loin de la frontière.

    Fuir la ville du malheur pour y revenir apaiser et la trouver belle, car elle a mûri, elle est presque parfaite aujourd'hui. Y revenir, c'est oublier le centre du malheur, comment les murs suintaient la peur, combien l'avenir était loin, comment la capitale pouvait être le lieu où l'on s'extirperait du malheur. Y revenir, c'est profiter pleinement de la beauté du site, connaître le moindre recoin, faire de cette ville un rêve photographique, vivre des sensations élargies.

    Le Pays d'où l'on ne revient jamais est né de la beauté d'un paysage d'enfance.

  • Michaël Uras nous livre un roman sous forme de ­chroniques. De son enfance rythmée entre la Sardaigne, lumineuse (quand les parents, immigrés sardes, ont suffisamment d'argent pour y partir en vacances), et le quotidien gris du Nord de la France. On suit l'enfant qui découvre le monde, puis l'enfant dans son enveloppe d'homme qui tente d'y trouver une place. Avec toujours en tête l'idée d'approcher la fragile conception de ­bonheur.

    C'est un roman sur le souvenir, souvenir dans lequel on plonge volontiers avec l'auteur. Un roman de la nostalgie.

    Michaël Uras aborde également le thème de la figure paternelle, d'autant plus forte de par ses origines, et touche par la même occasion à celui de l'émancipation.

    À la question qu'il pose à la fin du livre : « La possibilité de n'être pas son père existe-t-elle vraiment pour un fils ? », peut-être est-il sage de répondre par cette supposition : l'accès au bonheur ne serait-il pas favorisé par l'effacement des repères inculqués tout au long de l'enfance, et par la valorisation plus importante de nos rêves ­d'enfants ?

    On retrouve la plume de l'auteur de Chercher Proust : un humour cachant une grande mélancolie.

  • Lento est un enfant particulier. L'heure est maintenant venue pour lui de sortir au grand jour. Mais ce petit être prend son temps, petit à petit, il évolue vers le monde qu'on lui impose. Il sort d'abord la tête, puis une épaule, et, encore bien installé au chaud dans le cocon du ventre de sa mère, il contemple le monde extérieur, y trouve de la beauté, regarde les yeux brillants d'une infirmière, respire les odeurs, écoute le murmure des feuillages des arbres dehors. Ce glissement durera soixante douze jours, rien que ça.

    Lento grandit, Lento n'est décidément pas comme les autres, ou bien est-il simplement beaucoup plus sensible. Le monde entier (les médecins, les psychiatres, les gens) le montre du doigt, Lento n'est pas un enfant comme les autres ! Il est certainement débile, oui, il est lent ! Mais peut-être est-il simplement plus intelligent. Cette lenteur qu'on lui reproche lui permet de développer ses sens. Lento est un voyant. Il rencontre une fille et c'est l'amour qui s'empare d'eux. Elle, elle est la plus rapide du monde, lui, il lui apprend la lenteur.

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  • « Mon cancer s'écrit myélome et je ne peux m'empêcher de penser « miel homme ». Il me paraît plus doux, du coup, moins agressif. Grâce à lui, je me sens comme un héros Marvel. Je suis l'Homme de miel. » Olivier vit à Sète, dans le sud de la France. Un coup de fatigue et une analyse sanguine plus tard, il apprend qu'il est atteint d'une maladie rare dont l'issue est souvent fatale : le myélome.

    Olivier Martinelli aborde le sujet difficile et craint de la maladie. Mais ce n'est pas un texte pénible, bien au contraire, sa très belle écriture, simple et poétique, et son humour affûté emplissent ces quarante-neuf courts chapitres d'une énergie absolument positive qui prend le lecteur par la main. Le résultat en est un très joli petit livre, de ceux qui parlent facilement à tout le monde et qui touchent en plein coeur. Surtout, il passe un message important et assez simple finalement : face au pire, tout ce qu'il reste à un homme, c'est vivre.

    Ce premier roman qu'Olivier Martinelli n'a pas décidé d'écrire, pour reprendre ses mots, a la force de supplanter la maladie. Il n'y a aucune illusion, la vérité est regardée en face et affrontée, il y a les bas, mais les hauts reviennent toujours au galop avec une énergie débordante.

    L'Homme de miel est un livre qui fait du bien, un livre utile, un livre super-héros.

  • C'est l'histoire d'une jeunesse, peut-être la vôtre. C'est l'histoire de jeunes gens qui ont rêvé dans leur enfance, leur adolescence, que le monde serait ouvert pour eux, qu'ils seraient libres, que tout serait possible. Ils se prennent ensuite la crise, la réalité, en pleine face ; le chômage, les frontières, la nature dévastée. On les rencontre à ce moment-là, autour d'un camion qu'on leur a prêté, avant qu'ils ne se lancent chacun de leur côté dans leurs vies, comme dans une attente de vivre.

    Ils sont jeunes adultes, frustrés, rêveurs, ambitieux, résignés, tous partagent l'envie d'ailleurs. Pour cela, ils ont un camion. Il ne les transporte pas loin, il tombe souvent en panne, mais il les amène à rêver de destinations lointaines : la Chine, l'Afrique, etc.

    Le camion c'est comme leur propre vie, la possibilité de s'échapper, mais l'impossibilité de prendre l'élan. C'est un groupe d'amis qui aimerait voyager loin, mais la vie s'impose et les rêves passent.

    Ce n'est pas un livre nostalgique, ni un road book, c'est un roman d'aventures qui se passe dans un camion qui n'avance pas très vite, mais qui va quand même plus loin que prévu.

  • Publié en 1982, en pleine dictature militaire d'Augusto Pinochet, ce roman aborde quelques-uns des thèmes qui ont gangréné nos sociétés et les gangrènent toujours. La ségrégation, le racisme, la peur de l'inconnu, de l'étranger, sont les voix qui donnent forme à ce roman et font de ce dernier un compromis avec ceux qui, pour le simple fait d'être différents de la majorité, souffrent de la violence d'une société déshumanisée.

    Pendant que les tanks et les hordes nazies défilent sur les grandes avenues parisiennes, Daniel Cahen, un marchand de vin juif, homme qui a vu le monde et peut témoigner de ses atrocités, fait la connaissance de Sepúlveda, un alcoolique sans toît, dont l'âme semble être suspendue à un moment magique et fatale de son enfance. Ils entament une relation autour d'un bordel, d'une prostituée et de l'alcool, qui grandit jusqu'à flirter avec les limites de l'amitié. C'est ainsi que Daniel Cahen ouvre peu à peu Sepúlveda au monde, à sa douleur, à sa misère, jusqu'au jour où, cette nouvelle alliance bouleverse le chilien au point que ce dernier n'ait plus que la violence comme échappatoire.

    Avec ce récit d'une ambigüe relation entre un exilé français et un marginal chilien à l'esprit étroit, Jorge Marchant Lazcano montre les bas-fonds du principal port du Chili, Valparaíso.

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  • Jacques Bartel renvoie l'image d'un homme discret, ordinaire, limite médiocre. Il ne brille pas en société, ne triomphe pas en amour, n'impressionne pas professionnellement.
    Pourtant, sa vie intérieure est riche et féconde. Bartel est en réalité un être qui vit en marge d'un monde qui ne partage pas ses valeurs et ses enthousiasmes. Dès son jeune âge, il se passionne anormalement par Marcel Proust. À 14 ans, il tombe malade. Dans un accès de douleur, il saisit un livre et le mord. Par miracle, la souffrance disparaît. « Pour la première fois, Marcel Proust venait de me soulager ». Incompréhension des ses proches devant sa passion montante. Sa mère a lu que Proust aimait les hommes. Son fils serait-il homosexuel ? Bartel devient « chercheur », spécialiste de l'oeuvre proustienne. Il se nourrit de cette passion qui ne le mène nulle part.
    Jusqu'à ce qu'un jour, de réceptacle catalyseur des pensées et du talent des autres, il se mue lui-même en écrivain, passant du côté sombre au côté ensoleillé de la rue. Quel douloureux chemin de croix vers son accomplissement mais quelle belle métamorphose.

  • Que faire des cadavres, des restes du passé ? Voilà une question que pose la madrivore, et à laquelle le roman répond se donnant pour titre le nom de cette effroyable plante imaginaire.

    La sève de la madrivore produit des larves animales microscopiques qui dévorent leur mère de l'intérieur en l'asséchant complètement. Lorsqu'elles sont injectées dans un corps (vivant, ou mort), elles le consument entièrement, jusqu'à le faire disparaître. Les restes se dispersent et fécondent la terre, où le processus renaît.
    Le roman se divise en deux récits qui se déroulent chacun à une période différente. Le premier a lieu au début du XXe siècle, plus exactement en 1907, dans la clinique de Temperley, dans la banlieue de Buenos Aires. Plusieurs personnages interviennent, des médecins et des infirmières. Toute cette équipe évolue sous les ordres d'un directeur de clinique plutôt barré, Mr Allomby. Ce dernier souhaite mener à terme une expérience exceptionnelle et absolument poétique à ses yeux, mais qui nous semble plutôt folle et cruelle. Le docteur Quintana nous fait le récit des événements (par la même occasion, il confesse sa folle attirance pour l'infirmière en chef, Menéndez) et l'escalade de ce que l'on pourrait qualifier d'horreur, l'expérience : une série de décapitations à la guillotine avec pour but de relever par écrit les dernières paroles prononcées par les têtes coupées au cours des neuf secondes de conscience qui suivent la décapitation. Mais pour cela, il faut trouver des cobayes humains. Ils vont donc se lancer dans une entreprise macabre à souhait : attirer des malades de cancer en phase terminale avec un nouveau traitement miraculeux, traitement qui bien entendu n'a aucun effet thérapeutique puisqu'il est totalement inactif. Chaque malade ayant préalablement donné son accord pour donner son corps, sa tête à la science.
    Cette première partie se concentre essentiellement sur cette entreprise infernale dont le but est d'obtenir des témoignages de l'au-delà.
    La deuxième partie prend la forme d'un récit qui se déroule en 2009. Il donne la parole à un artiste prodige de la bonne société de Buenos Aires. Il corrige la thèse d'une doctorante, Linda Carter, dont le sujet est sa vie et son oeuvre. On découvre la biographie commentée de ce personnage extrême qui dénonce l'esthétique sociale via une créativité macabre, organisant l'exposition de corps démembrés, mal formés, monstrueux. Il va même jusqu'à faire de son propre corps un objet d'expérimentation.

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  • À Mondelaid, les identités se définissent par leurs contenants : des dames gentilles, des hommes grands, des parents junkies aux crânes rasés. Cependant, nous connaissons deux prénoms : (le sien à elle) Margarita ou Marga ou Magui, mûre et responsable, elle offre son sexe et se sent perdue. Son petit papa n'est pas là. Sa petite maman déprime. (Le sien à lui) Lécoumberri, Antonio ou Lécou, crasseux et paumé, se bat bec et ongles pour survivre dans un terrain vague, subsister et résister à la bêtise et à la fadeur. Ils ne se rendent pas compte que, malgré leur paquet de défauts, ils sont l'unique preuve que Mondelaid n'est pas dépourvu d'un peu de tendresse.
    Pablo Gutiérrez nous livre, avec habileté et un nouveau langage, une pureté que nous n'avions jamais lue auparavant.

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  • Que faire quand les jours et les villes nous paraissent étriqués et qu'il est impossible de s'échapper, de voler, de partir loin ? Pour Arturo, la réponse réside dans la superposition de deux cartes qui lui donne la possibilité d'élargir sa vie et de la rendre plus intéressante.
    Le jeune homme travaille dans une pharmacie de la capitale mexicaine. Rêveur, il fait de ce lieu l'épicentre de sa création. Paris a une superficie de 105 km2, environ 7,5 % de la ville de Mexico. Dans ce nouveau Paris, ce Paris impossible mais non moins réel, cet épicentre se situe au coeur de la cathédrale de Notre-Dame. Commence alors une juxtaposition des deux villes : la Tour Eiffel se retrouve à l'intersection de l'avenue Reforma et Insurgentes, le Sacré-Coeur, en lieu et place du quartier de Tlatelolco, le bois de Boulogne coïncide parfaitement avec le bois de Chapultepec...
    Arturo déambule dans les rues de Paris retranscrites dans la capitale mexicaine. Il nous embarque dans un monde halluciné, son monde à lui et l'on a la sensation de vivre dans un monde parallèle, nous démontrant qu'une ville imaginaire n'en est pas moins mémorable.

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  • Un patient, une guenon et l'écriture pour continuer de vivre. Le patient se souvient d'une guenon qu'il a achetée illégalement et qui s'est échappée le jour même de son arrivée chez lui. S'élançant dans les airs, elle disparaît entre les maisons voisines. Une chasse est organisée par le père qui, dans une folle poursuite, se tue en tombant du toit. De cette scène tragi-comique naît un récit qui plonge le lecteur dans une ambiance suffocante, à la croisée du réel et du fantastique.
    Dans La journée de la guenon et le patient, Mario Bellatin construit une fiction où écriture et maladie se rejoignent. Il y est question de la littérature pour être sauvé. L'auteur se met en scène de manière ironique comme un malade mental, un condamné à mort, un patient qui cherche à être soigné.
    Dans La journée de la guenon et le patient, Mario Bellatin questionne d'une manière assez perverse la valeur de son écriture, cherchant à savoir où et comment elle se nourrit.
    On dit qu'il est préférable d'avoir déjà lu Bellatin pour pouvoir pleinement apprécier ses textes. Lire est un livre de Bellatin, c'est accepter d'avance le fait qu'il faudra en lire un autre pour le com- prendre et tomber ainsi dans son piège.
    Que ressent-on en lisant du Bellatin ? Un peu la même chose que face à cer- tains films de Raul Ruiz ou de David Lynch. Un mélange de fascination, d'agacement, de déroute. Il n'y a aucune hiérarchie dans les textes de l'écrivain. C'est le lecteur actif qui reconstruit lui-même le puzzle. Mario Bellatin nous lâche parfois en route, d'autres fois, il nous rattrape, il faut savoir lui faire confiance.

  • L'ange gardien de Montevideo propose un univers qui s'aventure sur des terrains dangereux comme l'absurde, l'hallucination, ou simplement, le délire. Écrit à la manière d'un journal daté, le roman ne se concentre pas sur un seul personnage. On y trouve la présence récurrente du concierge suppléant (Néstor), et d'un supposé écrivain (l'écrivain du 101) qui s'empare à plusieurs reprises de la voix narrative. L'humiliation du débile est constante. Elle est le centre du roman. Ce débile, Néstor, cette marionnette en bois que certains propriétaires surnomment Pinocchio et d'autres tout simplement « l'idiot » est secrètement un ange novice, né de la douleur du monde pour souffrir, et être puni. On l'accuse de se masturber, d'uriner dans le fauteuil de la réception, de s'endormir au travail. Néstor est l'otage de toute la haine qui parcourt la ville, sans passé ni avenir, atroce « Il est temps de noter dans ce dossier que je vis dans une ville au bord d'un fleuve ; comme le squelette d'une vache qui serait morte de soif avant d'arriver ou bien morte empoisonnée dès la première gorgée. » écrit Polleri. Les dates divisent les épisodes et créent des petites histoires indépendantes les unes des autres, mais reliées entre elles par un fil presque invisible.

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  • Un travesti transforme son salon de beauté en mouroir pour les hommes atteints d'un mal incurable.
    Un très beau texte où la naïveté flirte avec l'horreur qui n'est jamais dévoilée.
    Il y a une résignation dans ce texte, celle du protagoniste qui décrit le cheminement de la mort qu'il décide d'accueillir dans son salon originellement destiné à embellir les femmes. Un temple de la Beauté qui devient un temple de la Mort.
    Ici, on ne vient pas pour lutter contre le mal, on vient l'attendre. Il frappe dans les aquariums les poissons qui étaient jadis la fierté du Salon de beauté, et il frappe dans les estomacs et les poumons des hommes malades.
    Que serait la mort travestie sinon une beauté déguisée ?

  • Il chante avec une voix d'ange, jongle en s'imaginant voler, grimpe au sommet des arbres pour se rapprocher du ciel.


    L'histoire d'un garçon de douze ans qui voudrait s'arracher à la gravitation universelle.

    C'est l'histoire d'un garçon, c'est le début de son adolescence et la découverte du sentiment amoureux, du désir de l'autre, de la méchanceté. Il a une particularité qui le rend sûrement plus sensible. Il goûte le monde, le ressent. Il vit avec sa mère et son frère Roland. Moqué par ce dernier - qu'il aime malgré tout - et par ses camarades de classe, il aime à trouver refuge dans son arbre mort.
    Il apprend le corps de l'autre avec Irène, la gamine de son âge qui pisse accroupie sur les pommes. Puis il y a aussi la belle Amélie... Il se prépare pour un grand événement : sa communion solennelle, au printemps. Il ne cesse d'y penser dans son arbre mort, où il dépose son offrande : trois morceaux de sucre, une barre de chocolat, quelques biscuits, une poignée de raisins secs, une carotte, une pomme, des mûres, un petit caillou ramassé sur le bord du chemin, taillé comme un diamant, et blanc - blanc comme il est pur.
    Il rêve d'être un oiseau, en fait il est un ange. « Au printemps je ferai ma communion solennelle et je dois m'élever, me purifier encore, non seulement me préparer, mais être prêt. » La langue est précise, exceptionnelle. Un très beau roman sur la différence.

  • Kevin, onze ans, ne comprend pas pourquoi il existe, il n'a rien demandé lui.

  • Mario Bellatin nous offre ce texte inspiré de sa rencontre avec le chef de file du Nouveau Roman, Alain Robbe-Grillet. Dans la penderie de Monsieur Bernard est un texte étrange. Le narrateur fait la connaissance, alors qu'il descend à la plage, de Monsieur Bernard qui vient tout juste de recevoir une pierre sur la tête. Il l'aide. Pour le remercier, Monsieur Bernard l'invite à venir chez lui le lendemain pour recevoir sa récompense. Naît alors leur amitié. Tous les jours, ils se promènent sur un chemin, le long de la falaise, jusqu'à ce que Monsieur Bernard meure prématurément renversé par une ambulance. Le narrateur semble se confondre avec son ami disparu. Ce dernier lui laisse un héritage, l'écriture. Monsieur Bernard, le maître, le narrateur, l'élève. Mario Bellatin se lance dans une réflexion sur l'écriture.
    Dans la penderie de Monsieur Bernard n'a encore jamais été publié en langue espagnole. C'est son tout dernier texte. Un texte donc totalement inédit et très important puisque Mario Bellatin y dévoile les origines de son écriture.

    On dit qu'il est préférable d'avoir déjà lu Bellatin pour pouvoir pleinement apprécier ses textes. Lire est un livre de Bellatin, c'est accepter d'avance le fait qu'il faudra en lire un autre pour le comprendre et tomber ainsi dans son piège.
    Que ressent-on en lisant du Bellatin ? Un peu la même chose que face à certains films de Raul Ruiz ou de David Lynch. Un mélange de fascination, d'agacement, de déroute. Il n'y a aucune hiérarchie dans les textes de l'écrivain. C'est le lecteur actif qui reconstruit lui- même le puzzle. Mario Bellatin nous lâche parfois en route, d'autres fois, il nous rattrape, il faut savoir lui faire confiance.

    Mario Bellatin est un auteur prolifique. Pour lui, il s'agit avant tout de produire. Il a signé une quarantaine de livres en vingt-cinq ans. Il a fait de la prolifération éditoriale son fonctionnement, jouant ainsi du désir qu'il crée chez le lecteur pris à (dans ?) son jeu. Ses textes se présentent comme une série de fragments issue d'un grand tout.
    Les romans courts de Mario Bellatin sont écrits dans une langue qui perturbe, non pas parce qu'elle est complexe, mais parce qu'elle est d'une simplicité clinique. Ses textes réorganisent en permanence les pièces éparpillées d'un puzzle obsessionnel. Ce puzzle, c'est celui de l'univers poétique de Mario Bellatin qui a su, tant dans son oeuvre que dans son image publique, projeter une excentricité toute personnelle.
    Mario Bellatin se met en scène dans ses livres. La première personne est récurrente. Loin des pratiques auto fictives habituelles, il s'agit pour Bellatin d'inventer de livre en livre un mythe personnel. Dans ce but, Bellatin dispose d'un élément biographique parfait : il est né sans son bras droit. À partir de là il construit une fiction où la maladie occupe une place importante. Il ne s'agit pas de s'apitoyer sur son sort, mais de construire une mythologie - voire une mystique - autour du corps imparfait.

  • Yves adhère à une sorte d'association planétaire dont le but est de casser le monde existant pour en voir naître un neuf. Des attentats et attaques en tout genre ont lieu.
    Les gouvernements sont en alerte et restent sans voix devant l'impossibilité de mettre un nom sur les responsables. Non, ce n'est pas Al-Qaida, ce n'est pas un mouvement intégriste juif ni les indépendantistes tchétchènes, ni les Basques espagnols, ni un groupuscule pro-catalan, non, il s'agit de gens comme vous et moi, de tous sexes, dont le point commun est de croire qu'une autre vie est possible.
    Au coeur d'un immense complot mondial, Yves va voyager de Florence à Berlin, de Hong Kong à New York, du Mexique à Madrid pour que le système éclate.

  • Leo aime Lola. Ils sont meilleurs amis. Ils vivent tous les deux à Lulaby.
    Lola aime Leo, mais pas comme Leo l'aime. Lola s'éprend du plus beau garçon du lycée de Lulaby, Adam.
    Adam est incroyablement beau. Bien fait, derrière sa carapace dure se cache un coeur tendre, un être qui manque cruellement de confiance en lui. Toutes les filles du lycée de Lulaby rêvent des bras d'Adam.
    Mais c'est Lola la grande gagnante.
    Elle remporte le trophée. Adam est un trophée. Leo aime Adam. Il l'aime parce qu'il est beau, mais aussi parce qu'il est fragile. Adam l'attire irrésistiblement. Il le désire ardemment. Mais il aime aussi Lola.
    Quand Lola officialise sa relation avec Adam, Leo s'éloigne de Lola qui s'éloigne de Leo parce que Leo est petit, rondouillard et un peu pédé. Léo n'est pas beau. Adam est beau. Lola aurait pu sortir avec Leo, il serait idéal pour elle, mais il n'est pas beau. Lola se sent importante et rêve déjà de son mariage avec Adam.
    Et puis, il y a cette petite bourgade de Lulaby. Perdue on ne sait où, avec ses dinners, son parc d'attractions et l'attrait irrésistible de la capitale pour tous les adolescents qui y vivent.

  • Il était jeune, il était pauvre, il était juif, il se sentait poète, artiste et poète, il vivait à Londres, à ­Whitechapel.
    Shaun Levin évoque ici le destin d'Isaac Rosenberg, peintre et poète britannique mort dans les tranchées en 1918.
    Né dans une famille de Juifs émigrés d'Europe de l'Est, installé dans l'East End de Londres, il est très tôt tourmenté par des aspirations artistiques aussi évidentes aux yeux des siens que difficiles à réaliser dans un tel dénuement.
    La première partie, « Esquisses », retrace son parcours à travers une série de tableaux centrés sur sa vie à Londres, partagée entre apprentissage dans un atelier de gravure et études à la Slade, on le suit au fil de rencontres décisives et expériences infructueuses, d'affinités avec les Juifs communistes et anarchistes de Whitechapel et l'on observe son aspiration à une vie de gloire et de luxe.

    « Note ce que je te dis », disait-il à Morley le doigt en l'air comme en manière d'avertissement. « Note bien ce que je te dis », disait-il tard dans la nuit, pris de boisson dans Brady Street alors qu'ils sortaient du Carpenter's Arms. « À ma mort, je compterai parmi les poètes anglais. » La deuxième partie, « Méditation », évoque le pèlerinage du narrateur sur la tombe d'Isaac Rosenberg à côté d'Arras. Le narrateur, lui-même appelé Shaun Levin, a entendu parler d'Isaac Rosenberg comme d'« un grand poète juif » sur le BBC World Service dans sa jeunesse.

  • Roman brutal et amer, à l'humour sauvage et macabre. Polleri raconte la vie d'un auteur fou qui raconte la vie d'un autre écrivain : Baudelaire.
    Ce roman concentre toutes les obsessions de l'auteur : l'enfance sans défense et humiliée, la violence, la folie, la mort, la difficile survie dans un monde où règne l'horreur.

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  • L'histoire s'ouvre sur une scène brutale qui donne le ton du roman : une jeune femme prénommée Kenza est retrouvée gisant par terre. Elle a voulu se suicider, mais elle respire encore. Il y a quelque chose de surprenant dans ce texte ; sa violence pourrait en rebuter plus d'un, mais il y a tant de poésie qu'elle s'en trouve adoucie et nous happe totalement. On est saisi par la beauté des phrases qui racontent l'horreur. C'est comme si la perversité était devenue poète. On est attiré par le gouffre, l'horreur. Et c'est cette horreur qui nous prend dès le début pour ne plus nous lâcher ; elle nous fascine. Ce texte est une descente progressive vers le chaos, car il est vrai qu'il semble inimaginable que les destins de ces personnages ne soient destinés à autre chose qu'au néant. On y trouve les dérives d'une société malade : la schizoïne, cette substance qui permet de s'évader d'un quotidien inconsistant et finit par atteindre toutes les classes de la sociétés, rythme le texte. Elle a été mise au point par Dalton, un pompier qui s'occupe essentiellement de faire disparaître les traces des accidents et tragédies, et qui, en parallèle, fait du trafic de médicaments. C'est ainsi qu'il a rencontré Kenza, presque nue, étendue sur le sol, son pouls si faible qu' « une simple caresse pourrait lui ôter ce qu'il lui reste de vie. » Et là nous avons cette poésie sur la vie, sur la mort. N'est-on extrêmement vivant que lorsqu'on se trouve confronté au vide ? Un pas en avant on tombe, un pas en arrière on continue... à se voiler la face ?

    Le choix : ne plus avoir le choix, voilà le dessein poursuivi par Kenza, après le ratage de sa décision d'en finir. C'est avec la schizoïne qu'elle s'enverra en l'air, plus de repères, plus de respect des logiques et conventions. La survie l'a finalement transformée en monstre. Aide-soignante dans une clinique pour vieux, elle donne la substance à des patients. Elle les fait parler, les filme et poste les vidéos sur internet. Ces derniers, heureux, succombent à des convulsions, un des effets de cette drogue. Kenza mutile son visage. Elle cultive ses cicatrices, les met en valeur, devient Kenzasupernova, un véritable monstre, une déesse barbare shootée. C'est ainsi qu'elle transforme son suicide raté en un abominable destin. La dépravation grignote la société - même les notables prennent de la schizoïne. C'est le chaos qui approche, une société vouée à s'éteindre dans l'horreur et la barbarie.
    Ce livre renverse les codes du polar version drame urbain (il n'y a pas d'autre vérité à découvrir, au bout de l'asphalte, que la violence archaïque, brute et sauvage), tutoie le fantastique et esquisse au travers d'une langue sèche et resserrée une théorie du chaos qui sous-tend le langage.

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  • Ce court recueil de nouvelles a pour titre original " Histoires terrifiantes pour les enfants". Toutefois, il s'agirait pluto?t d'histoires de?rangeantes pour les adultes, car s'il est vrai qu'on y traite de l'enfance, elle y est aborde?e avec le the?me de l'e?veil a? la sexualite? et la mise en sce?ne de fantasmes e?rotiques d'enfants qui peuvent flirter avec la morbidite? ou l'inceste. Le ton est caustique, les images crues. Le tout laisse le sentiment de quelque chose de brutal. La premie?re nouvelle d'Hitler in Love met en sce?ne les amours scandaleuses du dictateur et de sa nie?ce Geli, qui est pre?sente?e sous l'aspect d'une fillette a? peine pube?re. " Onkel Alf " est la? pour la de?niaiser. Mais il n'est pas mai?tre de ses pulsions ou? sexe et mort sont e?troitement me?le?s.
    Une deuxie?me nouvelle, L'hommesac, e?voque le de?sir qu'e?prouve un enfant pour son institutrice. Le gar- c?on n'a pas de mots pour de?crire ce que son corps ressent. Il est soumis a? une chose qui gonfle en lui, sans comprendre dans quel endroit de son corps se de?veloppe le monstre. Sa te?te e?clate, sa main glisse sous sa ceinture.
    Hitler in Love est un livre de?routant. Florencia Edwards y fait e?merger une enfance sexualise?e, qui agite et subvertit notre logique routinie?re. De me?me que l'enfant qui ce?de a? son propre de?sir de?concerte les adultes de son entourage, Hitler in Love de?contenancera le lecteur habitue? a? une litte?rature cha?tie?e et orthodoxe.

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  • Johnny Deep est un recueil de trois nouvelles ou mini-romans aux titres étonnants.

    Le protagoniste vit une profonde solitude, éloigné de ses racines. Il travaille dans un théâtre de Londres où la même pièce est représentée chaque soir depuis 54 ans. Il n'en peut plus et veut à tout prix rentrer chez lui. Lui viennent plusieurs idées qui pourraient lui permettre de trouver l'argent nécessaire pour payer son retour. Parmi elles, demander de l'argent à un acteur connu.
    L'homme se regarde dans le miroir, se confond avec Johnny Depp qui est ici la représentation de l'homme rêvé, un bad boy tendre et beau à qui tout a souri. Il l'aime, mais en même temps l'agresse, le jalouse, l'inonde de paroles vulgaires. Sans repère, il ne veut qu'une chose, retrouver la terre qu'il a délibérément quittée pour chercher une fortune qu'il n'a pas trouvée. On perçoit nettement la jalousie, de la rancoeur et presque de la haine à la fin lorsqu'il comprend que sa requête ne pourra pas aboutir.
    Johnny Deep, en tant que pièce, a été joué au Camdem People's Theatre de Londres en 2008.

    Le vagin de Laura Ingalls Une femme obsédée par le personnage de Laura Ingalls (La Petite Maison dans La Prairie) décide de la séquestrer. Elle écrit un roman intitulé " Laura Ingalls et le cycle menstruel". Les parents de Laura sont devenus des artistes, son père, travesti et sa mère, vedette. Ce texte est un chant vulgaire à la féminité exacerbée. Laura Ingalls devient dans ce texte une folle de sexe. Elle couche avec le premier venu, homme ou femme. Peu à peu, le monde idéal de la série, ce monde radieux, doux et tranquille, prend les allures beaucoup plus réalistes du monde moderne : dans les champs, les machines remplacent les hommes, les enfants ne savent plus lire, etc. Quand Laura parvient à se libérer, la narratrice désespérée se lance à sa recherche sur une chaise roulante filant à 180 km par heure.
    Le vagin de Laura Ingalls a été joué en octobre 2009 au Musée d'Art Contemporain de Santiago du Chili.

    Berlin n'est pas à toi Un homme est enfermé dans sa chambre. Il vient de perdre son amant qui a décidé du jour au lendemain de partir s'installer à Berlin. L'homme achète un vieux guide touristique de la ville et entreprend de guider son amour perdu dans un Berlin qu'il découvre au fil des pages.
    Ce texte traite, entre autres, du profond désespoir que l'on peut ressentir lorsque l'on perd un grand amour.
    Berlin n'est pas à toi a été inaugurée en novembre 2010 au théâtre de la Palabra de Santiago du Chili.

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