Corti

  • Paru en cinq livraisons, de 1946 à 1958, paterson est sans conteste le " grand oeuvre " de William Carlos Williams, et l'une des bornes majeures de la poésie nord-américaine du xxe siècle.
    Construit autour de la ville ouvrière du New Jersey qui lui donne son titre, et suivant le cours métaphorique de la rivière Passaic, ce long poème offre le portrait éclaté d'une ville américaine à travers son paysage immédiat, ses scènes contemporaines, mais aussi les multiples strates de son histoire coloniale, culturelle, industrielle. williams a conçu son ouvrage comme un vaste montage, oú alternent séquences versifiées - à la syntaxe tourmentée - et collages de proses quotidiennes : archives locales, coupures de presse, lettres et documents divers.
    /> La tension majeure du livre réside bien sûr dans cet écart, entre un projet épique (mais hanté par une déroute historique et sociale) et l'extraordinaire invention dont le poète fait preuve, dans la recherche d'une prosodie visuelle qu'il aura été l'un des premiers à concevoir. Paterson avait été publié une première fois chez flammarion, en 1981. A l'occasion de cette nouvelle édition, Yves di Manno a entièrement relu, corrigé et refondu sa traduction.

  • « Romancier, nouvelliste et poète norvégien, né le 20 août 1897 à Vinjem et mort le 15 mars 1970 à Oslo, Tarjei Vesaas, fils de paysan, hésita longtemps entre le métier de son père et l'écriture. Il écrit (en néo-norvégien (nynorsk), langue autrefois connue sous le nom de " langue rurale ") dès les années vingt mais n'atteindra une notoriété nationale et européenne qu'en 1934, avec Le Grand jeu; puis viennent les années de guerre, la peur et la violence (Le Germe, la Maison dans la nuit). Parmi les grands romans d'après-guerre, deux chefs-d'oeuvre : Les Oiseaux et Le Palais de glace.
    Dans l'oeuvre de Tarjei Vesaas, La Barque le soir, publiée en 1968 et curieusement restée inédite en français est une oeuvre fondamentale, crépusculaire. Appelée " roman " par son auteur, il s'agit plutôt d'amples réminiscence poétiques semi-autobiographiques. Il révise les thèmes qui ont accompagnés sa vie de créateur : l'effroi face à l'invisible, la condition spirituelle de l'homme, tandis qu'il brosse son propre portrait psychologique, de sa prise de conscience que l'homme est seul jusqu'à l'acceptation finale de la mort. Mais Vesaas n'est pas un auteur abstrait, fidèle à ses origines, il sait rendre présentes les choses les plus essentielles, les plus élémentaires : du pas d'un cheval dans la neige jusqu'aux variations infinies de la lumière. Plus subjectif que ses autres livres, La Barque le soir illustre avec une rare densité les talents de Vesaas, sa capacité d'évoluer " du rêve au réel, en passant par le symbole et l'allégorie, sans qu'il soit jamais possible de séparer l'un de l'autre " (C.G. Bjurström).
    On n'est ni dans le réalisme, ni dans le fantastique, dans un entre-deux plutôt, qui consiste en la perception terriblement aiguisée du réel que possède l'écrivain et que savent traduire ses mots limpides, sa phrase lumineuse attaché à approcher au plus près l'ineffable. Admirable. »

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  • De Lorine Niedecker (1903-1970) William Carlos Williams disait qu'elle était « l'Emily Dickinson de notre époque ».
    Il y a en effet des raisons de rapprocher ces deux auteurs, même si les circonstances historiques et sociales les séparent et éloignent la teneur de leurs oeuvres. Mais la vie de Lorine, essentiellement cantonnée dans son Wisconsin natal qui va nourrir tout son travail, la discrétion de sa carrière littéraire et la singularité de sa poésie qui va être tardivement mais puissamment reconnue sont à l'image de ce qui est arrivé à l'oeuvre et à la personne d'Emily Dickinson. Elle fait désormais l'objet d'études et soutiens universitaires, elle est à son tour devenue une figure majeure du paysage poétique américain.
    Ce livre, le premier en français, a retenu, autour du titre emblématique Louange du Lieu (1968), l'intégralité de sa poésie des 15 dernières années de sa vie ; seule a été écartée une quinzaine de petits poèmes de circonstance dont l'intérêt nous a paru secondaire, ou qui faisaient doublon.
    Née en 1903, elle a 26 ans quand éclate la grande crise de 29 qui va détruire son premier mariage et emporter toute l'économie familiale. Elle devra souvent accomplir des tâches subalternes pour subvenir à ses besoins. Elle est et restera toujours sensible aux situations d'injustice sociale, en cela proche des luttes démocratiques traditionnellement bien ancrées dans le Wisconsin. Cela correspond également, dans ses premières années de poésie, à une certaine filiation au surréalisme, notamment dans sa veine militante.
    À cette même époque - les années 30 - elle noue une relation étroite puis longue, épistolaire et complexe avec Louis Zukofsky. Même si elle n'est pas une pure objectiviste, ce lien et cet échange continu jusqu'à la fin de sa vie vont orienter et colorer sa vision et le développement de sa poésie Enfin, et ce n'est pas la moindre marque de sa singularité, sa longue amitié et correspondance avec Cid Corman qui vit au Japon ainsi qu'un attrait stylistique pour les formes brèves vont inscrire au fil des ans son écriture sur une pente souvent « haïkisante ».
    Ces sources diverses, pas toujours confluentes (surréalisme et objectivisme, politique, histoire et haïku) font toute l'originalité d'une oeuvre par ailleurs dédiée au paysage, à son évolution, à ses effets sur la vie de tous les jours. Ainsi cette écriture noue-t-elle constamment des tensions antinomiques : à la fois lyrique, objective, économique, toujours localisée et souvent d'actualité, elle est une des rares à savoir faire tenir ensemble tant d'élans contraires. Ceux qui aujourd'hui travaillent à sa reconnaissance ont raison de la compter parmi les plus grandes.

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  • Si Edward Estlin Cummings (1894, Cambridge, Massachusetts 1962, New York), l'un des poètes américains les plus importants du XXe siècle, a expérimenté de façon radicale la forme du poème (ponctuation, orthographe, syntaxe) inventant une nouvelle langue dans la langue, il n'en appartient pas moins à une vieille tradition américaine, celle de sa Nouvelle-Angleterre natale et de son individualisme non conformiste, c'est un grand lecteur de classique en particulier de Longfellow. Ses parents encouragent très tôt ses talents de poète et de peintre. Il est diplômé d'Harvard en 1916. Pendant la première guerre mondiale, il travaille comme ambulancier en France où il est emprisonné (une expérience qu'il raconte dans « L'énorme chambrée »). Son premier recueil de poèmes Tulipes et Cheminée paraît en 1923, suivront XLI poèmes, Font 5 et ViVa. Refusé par de nombreux éditeurs pour un nouveau recueil de poèmes 1935, il l'intitule No thanks.
    Un premier recueil de l'oeuvre (Collected Poems) paraît en 1938, suivi de 50 poèmes et de 1 X 1 (« un fois un » étant sa formule pour l'amour). Il donnera une série de conférences qu'il intitule : Moi, six in-conférences (publiées en français aux éditions Clemence Hiver).
    Si Cummings a pu dire qu'il lui faudrait encore cent ans pour mener à bien l'achèvement de son oeuvre, force est de constater l'ampleur de celle-ci et les Complete Poems paraîtront en 1968.
    Le choix des poèmes retenus correspond (à une exception près, et quelques ajouts personnels de Robert Davreu. La Renommée parle et la suite de La Guerre) à celui que Cummings fit lui-même en 1958 pour le volume des Selected Poems (1923-1958).

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  • Sa poésie vise à créer une place pour l'authentique et, pour structurer son espace, sa poésie expérimentale et objective parcourt les thèmes les plus variés (la faune, la flore, le base-ball, la porcelaine) avec le ton du parfait spécialiste, pour ne pas dire d'expert dans une prose très élaborée. Toutefois, même « objectiviste », sa poésie vise aussi au-delà de l'objet lui-même.

  • Lié au courant littéraire de Black Mountain et à celui de la Beat generation, Robert Duncan, né en 1919, est mort en 1988.
    Composé entre 1956 et 1959 et publié en 1960 chez Grove Press, The opening of the field n'est pas seulement la première somme d'un maître poète ou l'articulation synthétique des avancées poétiques, contemporaines (le vers projectif décrit par Charles Olson y apparaît dans toute sa splendeur), et historiques, convoquant aussi bien Pindare que Louis Zukofsky, Marianne Moore ou Ingmar Bergman ; nous y trouvons la première pierre d'un édifice ambitieux, à l'échelle des Cantos d'Ezra Pound : l'oeuvre d'une vie telle qu'elle se dessine et se définit dans une séquence transversale initiée ici, la « Structure de la Rime », qui se poursuivra dans les volumes suivants.
    Le livre présente d'entrée ses trois thèmes ou éléments majeurs : la Loi, les Morts, le Champ. « La nature du Champ, écrit Duncan, est triple : il se conçoit intimement comme le champ donné de ma vie propre, intellectuellement comme le champ du langage (ou de l'esprit) et imaginairement comme le champ donné à l'homme (aux multiples langages). » Aussi, L'ouverture du champ et les deux séquences antérieures qui le précédent dans notre traduction dessinent une cosmologie qui admet aussi bien les cendres de l'homme de Néandertal (Un essai en guerre) que « les usines de la misère » (Poème commençant par une ligne de Pindare) ou « un jeu d'oiseaux dans un ciel vide » (Jeu d'épreuves) : « Le temps du poème ressemble à celui du rêve, car il organise lignes d'association et de contrastes en un ensemble hautement structuré. L'objectif commun du rêve et du poème est de donner socle à une forme au-delà de ce que nous connaissons, à un sentiment plus fort que la réalité. »

  • Le Retour au pays natal commence par l'une des plus prodigieuses descriptions de la lande qu'ait produite la littérature anglaise " la vraie matière tragique du livre " pour reprendre l'expression de D.H. Iawrence, grand admirateur de 'Thomas Hardy. Sur cette lande, un homme entièrement rouge, des pieds à la tête, avance très lentement dans une petite carriole, c'est " l'homme au rouge " qui marque les moutons de sa craie vermillon. Nous voyons à travers ses yeux : tout près, à l'intérieur de cette carriole, une femme dort ; au loin, les paysans ont allumé des feux sur un tumulus, on se rapproche un peu et l'on apprend les nouvelles du pays : C1ymYeobright, parti à Paris, va revenir à Noël ; sa cousine, la douce Thomasine devrait bientôt épouser Wildeve. Un peu plus loin, la très belle et sauvage Eustacia Vye se morfond en attendant son amant...
    Le Retour au pays natal, d'abord publié en feuilleton en 1878 dans le magazine Belgravia, a été révisé par Hardy en 1912 lorsqu'il rassembla l'ensemble de ses oeuvres de fiction sous le terme générique de Wessex Novels. Le Wessex est le nom qu'il donne au territoire sur lequel se déroulent tous ses romans et qui comprend six comtés du sud-ouest de l'Angleterre (dont le Dorset). Véritable unité territoriale mi-fictive (il réinvente une toponymie), mi-réelle (on reconnaît aisément les lieux), le Wessex devient un personnage à part entière.

  •     Si Le Galaté au bois, premier volet de la trilogie d'Andrea Zanzotto,
    prenait pour thème un sud matérialisé par les bois sombres et feuillus du
    Montello semés de riches traces historiques, Phosphènes, le second pan du
    dessein trinitaire, campe, pour sa part, un nord peu ou pas historicisé,
    fortement minéralisé, inclinant au blanc enneigé, givré ou glacé. Dans cet
    univers comme surexposé, de réfractions en diffractions, la lumière est au
    surcroît. Une foule de scintillements se propagent de place en place, la parole
    s'émiette en une multitude de bribes tantôt abstraites tantôt concrètes où les
    effets de vérité et les épiphanies - Eurosie qui protège de la grêle et Lúcia
    porteuse de clarté au plus sombre de l'hiver - se bousculent. Cet univers
    transi et congelé se révèle toutefois réversible car, invisibles, des lacs
    peuvent se former sous les glaciers les plus hostiles, la lumière ricocher sur
    les surfaces blêmes. Un jeu d'oppositions contradictoires, mimant d'une
    certaine façon le silence et le cri, se fraye alors la voie. Le couple
    conflictuel et finalement complice du carbone et de la silice, susceptible de
    se changer en silicium, se fraye la voie. Une recomposition des minuscules
    signes éblouis, aveuglés explose alors en une pulvérulence de phosphènes
    proches et lointains, intérieurs et extérieurs, impersonnels ou privés. Des
    gisements de souvenirs fossilisés ou enfouis épars réaffleurent à mi-chemin du
    sens et du non-sense sur une page virginale mimant tous les jeux du
    recommencement. Là le moi et le monde se superposent sans se confondre pour
    parler ensemble et l'un de l'autre, l'un a travers l'autre, comme dans la
    transparence d'un prisme cristallin faceté. Un miracle synesthésique et
    anagrammatique devient alors tangible, la conquête d'une apaisante lumière
    dorée apaisante procédant d'une temporalité au futur antérieur devient
    finalement tangible. Andrea Zanzotto (Pieve di Soligo, 1921) est issu de
    l'hérmétisme. Il s'en éloigne dès Vocativo (1957). Une ironie insistante vient
    bouleverser le bel ordonnancement des images. À compter de IX Ecloghe (1962),
    il va s'attacher à explorer les plans de clivage de la tradition à travers le
    chant amébée. La Beauté (1968, Maurice Nadeau, 2000) constitue un premier
    aboutissement. Pâques (1973) s'ouvre notamment à la picturalité de la page et
    La Veillée (1976) s'abandonne à la poésie dialectale. Toutes ces découvertes
    confluent bientôt dans une trilogie récapitulative : Le Galaté au bois (1978,
    Arcane 17, 1986), Phosphènes (1983), Idiome (1986, José Corti, 2006). Météo
    (Maurice Nadeau, 2002). Andrea Zanzotto a également donné un recueil de
    nouvelles, Dans la brûlante chaleur (Maurice Nadeau, 1997) et de nombreux
    essais publiés par José Corti sous le titre d'Essais critiques (2006). Son
    dernier ouvrage s'intitule Surimpressions (2001).

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  • Michal PALMER
    Premire figure
    Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
    par Virginie Poitrasson et Eric Suchre
    Posie (Srie amricaine)
    ISBN 978-2-7143-1043-9
    96 pages -15 Euros
    Parution 4 novembre 2010


    Le pote Michael Palmer est n New York en 1943. Il vit actuellement San Francisco.
    Il est l'auteur d'une vingtaine de livres dont une quinzaine de posie. Il a reu le prix Wallace Stevens en 2006, ce prix de 100.000 $ dollars qui est un des plus importants rcompense la totalit d'une uvre. Son influence est trs grande aux tats-Unis. En France, plusieurs de ses livres ont t traduits dont Sun (aux ditions P.O.L.) et Notes for Echo Lake (aux ditions Spectres Familiers). On pourrait dire que son uvre explore la nature des relations entre le langage et la perception. En cela, il est proche du pote franais Emmanuel Hocquard. Sa posie bien que semblant abstraite - puisque partant du langage - est en fait profondment lyrique. Premire figure date de 1984 et fait partie d'une trilogie qui comprend justement Notes pour Echo Lake (1981) et Sun (1988). Cette trilogie peut-tre considre comme le chef d'uvre de Palmer et la traduction du volet central manquait donc au lecteur franais.

    Michal Palmer est l'un de nos plus grands potes au summum de sa puissance. Il parvient rassembler et unifier des tendances qui ont divis les potes en factions rivales... Dans ces pomes, il semble qu'on soit emport aussi aisment que dans un rve. Rosemarie Waldrop, New York Times book Review.

    Michal Palmer est assurment l'un des plus purs potes parmi les jeunes potes amricains en activit aujourd'hui. Lee Bartlett, American Book Review.

    La Srie Amricaine des ditions Corti :
    ANNE CARSON, Verre, Ironie et Dieu
    E. E. CUMMINGS, Pomes choisis
    EMILY DICKINSON, Une me en incandescence
    - Lettres au Matre, l'ami, au prcepteur, l'amant
    - Avec amour, Emily
    - Y aura-t-il pour de vrai un matin ?
    MARIANNE MOORE, Posie complte, Licornes et sabliers
    Michal PALMER, Premire figure
    JEROME ROTHENBERG, Les Techniciens du Sacr
    CLAUDIA RUSKINE, Si toi aussi tu m'abandonnes
    WALLACE STEVENS, Harmonium
    - l'instant de quitter la pice
    COLE SWENSEN, Si Riche heure
    - L'ge de verre
    KEITH WALDROP, Le Vrai sujet
    WALT WHITMAN, Feuilles d'herbe
    WILLIAM CARLOS WILLIAMS, Paterson

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  • Près d'un demi-siècle après sa mort, Wallace Stevens (1879-1955) reste moins connu en France que d'autres grands poètes américains qui furent ses contemporains : TS Eliot, Ezra Pound ou William Carlos Williams.
    Si des traductions ont été publiées ici ou là depuis une dizaine d'années sous forme de petites anthologies ou de recueils, on constate que le premier d'entre eux, Harmonium, est demeuré en attente. Wallace Stevens a 44 ans et il n'est pas à son coup d'essai, ayant commencé à écrire des poèmes dès ses années d'études à l'université de Harvard. La poésie a simplement cheminé chez lui de façon souterraine tandis qu'il poursuivait une absorbante activité au sein d'un grand groupe d'assurances.
    Harmonium a pris ainsi le temps de mûrir. C'est le recueil non d'un poète qui se cherche, mais d'un poète qui s'est déjà trouvé. Point de départ, il marque l'aboutissement d'une réflexion engagée depuis longtemps sur ce que devrait être la poésie, comme en témoigne le récit de son itinéraire poétique, le poème intitulé The Comedian As The Letter C. Harmonium propose un ensemble de voix, ou plutôt de registres, allant de l'aigu au grave, du ludique au rhétorique, de la forme brève du quatrain à des formes longues se déployant sur plusieurs pages.
    Le poète expérimente les ressources qu'il a accumulées. Le mot harmonie sous-jacent dans le titre manifeste sa préoccupation essentielle : trouver un ordre au chaos du monde. L'accent est mis non seulement sur l'imagination, mais sur les liens de la poésie avec les autres arts, en particulier la musique. " La poésie ", a-t-il dit, " est une façon de rendre acceptable l'expérience, presque entièrement inexplicable, que l'on est en train de vivre.
    "

  • Deux livres de Norma Cole (14000 Facts et More Facts) parus en 2009 sont ici réunis, précédés de In memoriam Jacques Derrida qu'elle a écrit en hommage au philosophe à sa mort : le poème sonne le glas et réverbère une fréquence de ténèbre contre laquelle viennent résonner tous les vers qui suivent, un à un. C'est un bing-bang conçu dans un dé à coudre ayant le poids de l'univers. L'ensemble porte un titre générique : Avis de faits et de méfaits. Il faut comprendre ceci : un monde finit, un monde commence. Avec le glas se trame une pensée qui en est au bégaiement. Une pensée manifeste le présent et la mémoire d'une antériorité. S'inscrivent bris et débris, somme implosée d'une existence en son commencement. Les sujets s'alignent, se déroulent, comparaissent : la vie, la mort, l'amour, le vide, le vent sous forme d'inscriptions, d'observations, de jaillissements, de pensées concertantes en abîme.

  • Larry Eigner naît le 7 août 1927. Suite à un accident de forceps à la naissance, il est atteint d'infirmité motrice cérébrale. Les spasmes musculaires troublent l'immobilité forcée du handicap, la parole est difficile. Chose relativement rare pour l'époque, il reçoit une éducation (l'enseignement primaire est assuré à l'hôpital, l'enseignement supérieur, par correspondance, aurpès de l'Université de Chicago). Pour sa Bar Mitsvah, ses parents lui offrent une machine à écrire : une Royal Manual de 1940 qui deviendra le pendant scriptural de son fauteuil roulant. Il passe les cinquante premières années de sa vie dans son village natal, Swampscott, entre forêt et océan, et investit la véranda de ses parents comme bureau d'écriture. Ses premiers poèmes paraissent dès 1937, dans des journaux locaux et magazines pour enfants.
    Son premier livre, From the Sustaining Air, publié par Robert Creeley en 1953, est salué par William Carlos Williams : « Curieux comme, après lui, les oeuvres du passé paraissent démodées ». Ses textes paraîtront dorénavant dans les revues principales de l'époque, Poetry, The Paris Review, Origin, The Black Mountain Review, puis This ou L=A=N=G=U=A=G=E ainsi que dans plusieurs anthologies importantes, en Amérique et ailleurs (citons The New American Poetry, éd. Don Allen, Grove Press, 1960 et Vingt poètes américains, éd. Jacques Roubaud et Michel Deguy, Gallimard, 1980). A sa mort, le 3 février 1996, il aura écrit plus de 3070 poèmes et fait paraître une cinquantaine de livres.
    Nous proposons aujourd'hui une première traversée chronologique des poèmes de Larry Eigner établie à partir partir de ses Collected Poems, édités par Robert Grenier et Curtis Faville, parus chez University of Stanford Press en 2010. Nous avons autant que possible respecté leurs leçons et principes : la fidélité aux manuscrits et à la « calligraphie mécanique » de l'auteur.
    Parce que toute la page compte : deux doigts, index et pouce de la main droite, énoncent un monde de découverte et de perception, une grammaire de l'attention, dans le temps de la pensée, mécanique dansée d'une écologie fractale, d'une physique pour la poésie.

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  • À découvrir le savoir des anciens, on se trouve moins glorieux du savoir qu'on a. On ne désespère pour autant car, à " glossariser ", on vérifie qu'un savoir s'est déposé que nous parlons sans savoir. Il y a même à se réjouir : D'Arcy Wentworth Thompson en aura écrit, après mille autres. Les oiseaux donc, auront de quoi voler, faire parade et chanter, encore.

    Notre ouvrage est utile voire indispensable à toute personne répondant à l'une où l'autre de ces propositions : elle possède une paire de chaussures de marche ; elle connaît l'histoire d'Achille et celle d'Ulysse ; il lui arrive de penser, voyant des hirondelles raser la prairie, qu'il va bientôt pleuvoir ; elle possède un dictionnaire, il lui arrive de le consulter ; des images d'oiseaux englués dans le pétrole ou le goudron l'attristent ; elle ouvre parfois un livre au hasard comme on faisait autrefois des Bucoliques de Virgile afin d'envisager l'avenir avec optimisme ; elle n'imagine pas qu'on puisse faire un roman d'un glossaire ; elle a entendu parler d'Aristophane et de ses comédies ; elle sait qu'il ne fait pas bon aux grenouilles d'avoir une cigogne pour tyran ; trop de racines grecques dans une phrase française l'agace ; elle n'a jamais de sa vie aperçu le moindre torcol ; elle aime rire, parfois même de choses sérieuses.

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  • Troisième livre de poésie de Cole Swensen à paraître chez Corti, Le Nôtre conclut ce que l'on pourrait appeler sa trilogie française (après " Si riche heure ", 2007, qui traverse notre 15e siècle en s'appuyant sur l'iconographie des Très Riches Heures du Duc de Berry, et après " L'Âge de verre ", 2010, qui considère l'histoire du verre et de la fenêtre à la lumière de l'oeuvre de Bonnard et de quelques autres).
    Le livre évoque la personne, l'oeuvre et l'époque d'André Le Nôtre (1613-1700), l'inventeur du jardin à la française. C'est une déambulation attentive parmi les espaces créés de toutes pièces par notre célèbre jardinier dont les services furent très recherchés à la Cour des Grands du 17ème siècle. Et si, curieusement, tous ces espaces furent composés pour le plus grand plaisir d'une classe dominante, ils sont de nos jours presque tous devenus des jardins publics, d'où l'ironie du nom de notre héros et du titre de ce livre.
    Revisitant ses principaux jardins (Vaux le Vicomte, Chantilly, Saint-Cloud, Versailles, le Luxembourg etc.) Cole Swensen en profite pour faire coulisser l'histoire et la géométrie, tailler ses vers au cordeau, ouvrir et biaiser les perspectives. Elle y affûte le charme et l'aigu de sa prosodie. Résolument contemporaine, son écriture chevauche rigueur constructive et éclats morcelés, sa tranchante élégance restant en phase avec le Grand Siècle qu'elle traverse. Cole Swensen ne manque pas d'interroger à sa façon les raisons et conséquences de ce qui fut à l'origine de l'invention du paysage, qui reste, aujourd'hui encore, profondément attachée à nos manières de regarder le monde. La fabrication de la perspective, le choix des masses et des couleurs : le monde est ainsi modelé et chacun peut alors se l'approprier comme une création domestique.

  • Couvrant une large palette de sujets - de la peste et la première danse macabre en passant par le développement de la perspective ou les recettes pour les pigments - ce nouveau recueil de Cole
    Swensen prend place dans le XVème siècle français, une fertile et tragique période de transition entre le Moyen Âge et la Renaissance. Inspirée par le célèbre livre d'heures Les Très riches heures
    du Duc de Berry dont elle suit le calendrier, l'auteure explore la manière dont les arts interagissent avec l'histoire qui s'avance. Philosophie, souffrance et beauté parcourent ce recueil d'une rare
    puissance où la précision historique, loin de le restreindre à une époque, amène, comme à l'insu de l'auteure, de troublants rapprochements.

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  • Loin des notes mélancoliques ou doloristes, l'auteur observe la logique de la dualité, le temps qui passe, l'absence, les déchirures, les ruptures et les séparations. Il s'arrête sur l'homme, cet être qui excelle dans l'art de l'amour et la guerre. Et comme pour chercher l'équilibre entre le rationnel et l'intuitif, il rassemble des traits épars et fait briller dans le regard un éclat particulier. Ce qui est énigmatique devient magique. Et surgit alors un instant de recueillement et de quiétude. Un salut inattendu. Une force d'avant le monde. L'écriture ici n'est pas un témoignage, elle est une remise en question de l'être dans son rapport à soi-même et à ce qui l'entoure. Elle est également un cheminement dans la quête de soi. Chaque mot est un pas vers cet horizon toujours ouvert. Dans Mirages, l'auteur raconte des histoires mais ses histoires n'en sont pas. Ainsi débute-t-il son livre : Ce que je raconte aujourd'hui / Ce sont les histoires que j'aurais espéré entendre. / Ce que je raconte n'est qu'une par de ce que je n'ai pas vu / Si j'avais vu, je n'aurais pas raconté.
    " Dans son livre Mirages, Issa Makhlouf rassemble les mots dans une poétique qui abolit les frontières entre poésie et prose. Il présente ainsi un exemple particulier de la nouvelle écriture poétique et annonce, d'une façon originale, une forme d'écriture qui unit le récit, la contemplation, la biographie, l'essai, et cela dans une structure artistique bien établie. Dans ce livre, l'écriture n'embrasse pas seulement les détails visibles ; elle ouvre également ces détails (et c'est le point le plus important) aux perspectives invisibles des choses et des événements. L'écriture ici est l'équivalent de l'être dans toutes ses dimensions : vie, passion, imagination et pensée... " Adonis

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  • H. D. (Hilda Doolittle, 1886-1961), poète américaine, est une pointe du triangle dont les deux autres seraient Ezra Pound et William Carlos Williams. C'est au bas d'un de ses poèmes, "Hermes of the Ways" qu'en septembre 1912 Ezra Pound inscrivit "H.D. Imagist"; première mention de l'imagisme et de ces initiales qui désormais remplaceront son nom.
    Malheureusement trop longtemps considérée comme une émule fidèle de l'imagisme et membre de l'écurie d'Ezra Pound, ce n'est que depuis peu (en partie du fait de l'essor du féminisme) que sa poésie, et surtout ces derniers livres, War Trilogy (1973), Helen in Egypt (1961) et Hermetic Definition (1972) sont apparus comme l'oeuvre d'une poète majeure en quête d'un "gnosticisme" moderne et explorant la psyché, l'histoire, les mythes et les traditions de l'humanité.
    Trois recueils de poésie ont été publiés en France : Hélène en Égypte et Le Jardin près de la mer aux éditions de la Différence, dans la traduction de Jean-Paul Auxeméry, et Hermetic Definition aux éditions Tarabuste, traduit par Marie-Françoise Mathieu.
    La Trilogie, terminée en 1944, représente le sommet de l'art poétique de H.D., après un peu plus d'une demi-douzaine de recueils et de romans publiés entre 1916 et 1940, elle rédige ce long poème en trois parties où, sortant de la veine imagiste de ses débuts, elle compose une épopée sur le bombardement de Londres qu'elle lie avec les mythes égyptiens, grecs et chrétiens, créant de la sorte une immense fresque sur le rôle de la poésie dans un monde en guerre.
    Dans Le Mythe de l'éternel retour, Mircea Eliade exprime très bien ce que faisait H.D. : " Par la répétition de l'acte cosmologique, le temps concret, dans lequel s'effectue la construction, est projeté dans le temps mythique, in illo tempore où la fondation du monde a eu lieu. Ainsi sont assurées la réalité et la durée d'une construction, non seulement par la transformation de l'espace profane en un espace transcendant, mais aussi par la transformation du temps concret en temps mythique. " H.D. passe continuellement du microcosme du poète qui observe ce qui l'entoure, " me cramponnai au brin d'herbe/ au dos d'une feuille ", au macrocosme de la guerre " dans la pluie des incendiaires ", comme encore dans le dernier poème de la première partie : " Et pourtant les murs ne tombent pas, / je ne sais pas pourquoi ; // un sifflement : zrr, / éclair dans une dimension / in-connue, non-déclarée " ; chacune de ses observations - peur, panique des bombardements, destruction du monde connu - sont alors creusées, approfondies, reliées à l'histoire mythique ancienne et moderne. Ainsi les murs détruits, " des portes tordues sur leurs gonds, / et les linteaux penchent // en diagonale ", ouvrent sur un autre paysage, une autre vision, bien plus vaste : " nous nous rendons // dans une autre cave, vers un autre mur tranché / où de pauvres ustensiles sont montrés / comme des objets rares dans un musée ", celle par exemple du quatrième chapitre des Nombres, ou Moïse et Aaron posent les ustensiles sur l'arche de l'oracle. B.H.

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  • Rachel Blau DuPlessis est née à New York en 1941. Elle a suivi une carrière de professeur de littérature de langue anglaise (en dernier lieu, à Temple University, Philadelphie), tout en se consacrant à sa vocation de poète et d'essayiste. Connue pour ses prises de position féministes et engagée dans une réflexion approfondie sur le terrain de la poésie moderne : elle a, entre autres, rédigé une thèse sur le " Poème sans fin " (avec pour points d'ancrage le Paterson de W.C. Williams et les Cantos Pisans d'Ezra Pound), procédé à la publication de la correspondance de George Oppen (qu'elle considère comme un de ses maîtres), d'une étude (avec Peter Quatermain) sur les Objectivistes, et publié des essais sur des écrivains féminins, en particulier H.D. (Hilda Doolittle).
    Son oeuvre poétique ambitieuse lui a valu de recevoir plusieurs distinctions honorifiques.
    Rachel Blau DuPlessis se situe dans ce qui peut s'appeler sinon une tradition (car chaque auteur aux USA peut sembler, pensent certains critiques, avoir inauguré et développé une pratique qui ne s'entend que pour lui-même), du moins un continuum, celui du " poème long ", typiquement américain depuis maintenant plus d'un siècle : il faut songer en particulier au Paterson de W.C.W. déjà cité, au Maximus d'Olson, à Hélène en Égypte de H.D., à Témoignage de Reznikoff, à The Alphabet (non traduit) de Ron Silliman.
    Chaque poème, finalement, est un " brouillon ", c'est-à-dire le fragment renouvelé, l'ébauche réitérée du " long poème " conçu comme fin toujours à atteindre, et remis en chantier à chaque passage de la navette sur la trame. Chaque ligne fait " pli " : message en cours de permanente révision, & fronce obstinée dans la " grille " de lecture du réel insaturée par le " projet " lui-même.

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  • ÿþA

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  • Après avoir écrit deux pièces de théâtre, Israël Eliraz, né à Jérusalem, se consacre exclusivement à la poésie. Polyglotte et fin connaisseur de la langue française, il supervise lui-même les traductions
    (14 recueils traduits) voire écrit directement en français. Bien connu du public français amateur de poésie, tous ses recueils, Petit Carnet du Levant, Abeilles/Obstacles et Comment entrer dans la
    maison..., soutenus par le Centre National du Livre, ont connu un grand succès d'estime ; la plupart des revues spécialisées les ont remarqués. Nous poursuivons la publication de son oeuvre avec ce septième volume qu'il a pensé en français, la « traduction » est première, l'hébreu n'ayant pas été encore écrit, la réalisation de cette oeuvre s'est, comme toujours, accomplie avec le concours précieux d'amis poètes de l'auteur.

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  • Le récit commence au siège des Nations unies, à New York, où j'étais conseiller spécial des affaires culturelles dans le cadre de la soixante et unième session de l'Assemblée Générale. C'est dans ce lieu - où l'on dresse les cartes de la paix et de la guerre - et hors de lui que ce livre s'est esquissé et a pris forme. Il se déroule tel un voyage dans la « ville verticale », et à partir de celle-ci dans d'autres contrées du monde : Paris à « l'automne des jardins triste et élégant » ; Florence où la splendeur de Béatrice est intacte ; Le Caire et sa mosquée Ibn Touloun ; le pays de mon enfance. Des régions éloignées se rejoignent ainsi en un seul corps comme le reflet du pont de Brooklyn relie le Nouveau Monde à l'ancien.
    Dans ce livre, aussi bien que dans Mirages et Lettre aux deux soeurs, des mouvements s'interpénètrent, les paysages se succèdent et l'on voit luire les signes de l'immatériel, de la substantielle beauté qui tente de défier le temps et la mort.
    Mais la beauté est-elle vraiment apte à défier le temps et la mort ?

    I. M

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  • Chacun connaît le jeu de l'île déserte.
    L'anatomie de la mélancolie de Robert Burton (1576-1640) fait partie des dix livres à emporter sur cette fameuse île. Sans équivalent à son époque ni après elle, l'Anatomie est la somme de toutes les questions que se pose l'individu face au monde, la somme aussi de toute la culture classique. Si l'Anatomie est la Bible de l'honnête homme, elle demeure pour nous un livre total. Il aura fallu attendre plus de trois siècles pour que le lecteur français découvre le père de la psychologie moderne, l'ancêtre de la psychanalyse et s'aperçoive que les inquiétudes religieuses et existentielles sont toujours les mêmes.

  • Comment appréhender l'écriture d'Anne Carson ? Elle exerce un attrait mystérieux.
    Elle est à la fois accessible au plus grand nombre et profondément satisfaisante pour ceux qui peuvent en goûter les arrière-plans. Certains se demanderont s'ils sont véritablement en présence de la " poésie ". Ils estimeront qu'il s'agit plutôt d'une prose savamment découpée, mais de façon parfois assez lâche, en vers. Le résultat est néanmoins de bousculer une forme restée en grande partie traditionnelle dans le monde de la poésie anglo-saxonne, de créer, sciemment ou non, des approches nouvelles.
    Chez Anne Carson, au reste, la poésie ne se définit pas tant par la forme que par le choc ou la rencontre de réalités multiples, visibles et invisibles, et la capacité du poète de percevoir les " irradiations de ce qui pourrait être autour de ce qui est ". Il faut en revenir ici encore à l'expérience fondatrice qu'a été la découverte de la langue et de la culture grecques: " Cette expérience m'a inspiré la foi, dit-elle, qu'il existe toujours, dans un mot ou une pensée, un angle de vue qui n'a pas été encore détecté.
    C'est un monde qui reste ouvert ". Un tel sens de l'ouverture nourrit une créativité constamment en éveil, une aptitude à se lancer dans les aventures les plus audacieuses: " Je ferai n'importe quoi pour éviter l'ennui. C'est la tâche de toute une existence. On ne peut jamais connaître assez, jamais travailler assez, jamais utiliser de façon assez bizarre les infinitifs et les participes, jamais réprimer de façon assez sévère le mouvement, jamais quitter assez vite l'esprit.
    " Claire MALROUX.

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