Langue française

  • Le gardien d´une grotte raconte sa vie extravagante, reclus sur une colline où tout afflue, converge, recommence. L´audacieux misanthrope s´affranchit du siècle : les lois de la famille, de l'Histoire, de la vraisemblance comme de la ressemblance sont peu à peu abolies.
    Dans Grotte, l´ombre d´un idéalisme excitant et salvateur se profile.
    La liberté conquise par le narrateur fait écho à celle de l´auteur : Amélie Lucas-Gary se permet beaucoup et livre un roman excessif et singulier.

  • Avec son histoire, Julien Thèves nous amène là où vivent nos souvenirs : dans les entrailles de l'enfance. C'est le pays d'où l'on ne part jamais, même si l'on s'évertue à essayer de le faire, même si l'on a l'illusion de l'avoir fait.

    Fin des années 70, le protagoniste s'installe sur la côte basque avec ses parents et son frère. C'est un endroit idéal pour les enfants, entre le village et la ville, ils sont heureux, ils jouent avec leurs voisins, avec leurs voisines, dans un quartier parfait. Il y a les montagnes, il y a l'océan, il y a la plage où les parents, encore plein de désirs de jeunesse, se baignent nus pendant que les enfants sont à l'école.

    Le temps passe. Le cocon idéal se disloque. Alors, il faudra quitter la ville. C'est d'abord le lycée avant le grand départ.

    On suit le protagoniste désormais parisien, il revoit la ville qui l'a vu grandir et constate qu'elle a changé. Évolution de la ville, évolution des gens qui y vivent, y ont vécu, la ville s'embellit, les gens deviennent moches. Il voit les voisins que le temps n'a pas épargné, il voit la voisine devenue grosse et traînant dans un bar non loin de la frontière.

    Fuir la ville du malheur pour y revenir apaiser et la trouver belle, car elle a mûri, elle est presque parfaite aujourd'hui. Y revenir, c'est oublier le centre du malheur, comment les murs suintaient la peur, combien l'avenir était loin, comment la capitale pouvait être le lieu où l'on s'extirperait du malheur. Y revenir, c'est profiter pleinement de la beauté du site, connaître le moindre recoin, faire de cette ville un rêve photographique, vivre des sensations élargies.

    Le Pays d'où l'on ne revient jamais est né de la beauté d'un paysage d'enfance.

  • Michaël Uras nous livre un roman sous forme de ­chroniques. De son enfance rythmée entre la Sardaigne, lumineuse (quand les parents, immigrés sardes, ont suffisamment d'argent pour y partir en vacances), et le quotidien gris du Nord de la France. On suit l'enfant qui découvre le monde, puis l'enfant dans son enveloppe d'homme qui tente d'y trouver une place. Avec toujours en tête l'idée d'approcher la fragile conception de ­bonheur.

    C'est un roman sur le souvenir, souvenir dans lequel on plonge volontiers avec l'auteur. Un roman de la nostalgie.

    Michaël Uras aborde également le thème de la figure paternelle, d'autant plus forte de par ses origines, et touche par la même occasion à celui de l'émancipation.

    À la question qu'il pose à la fin du livre : « La possibilité de n'être pas son père existe-t-elle vraiment pour un fils ? », peut-être est-il sage de répondre par cette supposition : l'accès au bonheur ne serait-il pas favorisé par l'effacement des repères inculqués tout au long de l'enfance, et par la valorisation plus importante de nos rêves ­d'enfants ?

    On retrouve la plume de l'auteur de Chercher Proust : un humour cachant une grande mélancolie.

  • Lento est un enfant particulier. L'heure est maintenant venue pour lui de sortir au grand jour. Mais ce petit être prend son temps, petit à petit, il évolue vers le monde qu'on lui impose. Il sort d'abord la tête, puis une épaule, et, encore bien installé au chaud dans le cocon du ventre de sa mère, il contemple le monde extérieur, y trouve de la beauté, regarde les yeux brillants d'une infirmière, respire les odeurs, écoute le murmure des feuillages des arbres dehors. Ce glissement durera soixante douze jours, rien que ça.

    Lento grandit, Lento n'est décidément pas comme les autres, ou bien est-il simplement beaucoup plus sensible. Le monde entier (les médecins, les psychiatres, les gens) le montre du doigt, Lento n'est pas un enfant comme les autres ! Il est certainement débile, oui, il est lent ! Mais peut-être est-il simplement plus intelligent. Cette lenteur qu'on lui reproche lui permet de développer ses sens. Lento est un voyant. Il rencontre une fille et c'est l'amour qui s'empare d'eux. Elle, elle est la plus rapide du monde, lui, il lui apprend la lenteur.

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  • « Mon cancer s'écrit myélome et je ne peux m'empêcher de penser « miel homme ». Il me paraît plus doux, du coup, moins agressif. Grâce à lui, je me sens comme un héros Marvel. Je suis l'Homme de miel. » Olivier vit à Sète, dans le sud de la France. Un coup de fatigue et une analyse sanguine plus tard, il apprend qu'il est atteint d'une maladie rare dont l'issue est souvent fatale : le myélome.

    Olivier Martinelli aborde le sujet difficile et craint de la maladie. Mais ce n'est pas un texte pénible, bien au contraire, sa très belle écriture, simple et poétique, et son humour affûté emplissent ces quarante-neuf courts chapitres d'une énergie absolument positive qui prend le lecteur par la main. Le résultat en est un très joli petit livre, de ceux qui parlent facilement à tout le monde et qui touchent en plein coeur. Surtout, il passe un message important et assez simple finalement : face au pire, tout ce qu'il reste à un homme, c'est vivre.

    Ce premier roman qu'Olivier Martinelli n'a pas décidé d'écrire, pour reprendre ses mots, a la force de supplanter la maladie. Il n'y a aucune illusion, la vérité est regardée en face et affrontée, il y a les bas, mais les hauts reviennent toujours au galop avec une énergie débordante.

    L'Homme de miel est un livre qui fait du bien, un livre utile, un livre super-héros.

  • C'est l'histoire d'une jeunesse, peut-être la vôtre. C'est l'histoire de jeunes gens qui ont rêvé dans leur enfance, leur adolescence, que le monde serait ouvert pour eux, qu'ils seraient libres, que tout serait possible. Ils se prennent ensuite la crise, la réalité, en pleine face ; le chômage, les frontières, la nature dévastée. On les rencontre à ce moment-là, autour d'un camion qu'on leur a prêté, avant qu'ils ne se lancent chacun de leur côté dans leurs vies, comme dans une attente de vivre.

    Ils sont jeunes adultes, frustrés, rêveurs, ambitieux, résignés, tous partagent l'envie d'ailleurs. Pour cela, ils ont un camion. Il ne les transporte pas loin, il tombe souvent en panne, mais il les amène à rêver de destinations lointaines : la Chine, l'Afrique, etc.

    Le camion c'est comme leur propre vie, la possibilité de s'échapper, mais l'impossibilité de prendre l'élan. C'est un groupe d'amis qui aimerait voyager loin, mais la vie s'impose et les rêves passent.

    Ce n'est pas un livre nostalgique, ni un road book, c'est un roman d'aventures qui se passe dans un camion qui n'avance pas très vite, mais qui va quand même plus loin que prévu.

  • Jacques Bartel renvoie l'image d'un homme discret, ordinaire, limite médiocre. Il ne brille pas en société, ne triomphe pas en amour, n'impressionne pas professionnellement.
    Pourtant, sa vie intérieure est riche et féconde. Bartel est en réalité un être qui vit en marge d'un monde qui ne partage pas ses valeurs et ses enthousiasmes. Dès son jeune âge, il se passionne anormalement par Marcel Proust. À 14 ans, il tombe malade. Dans un accès de douleur, il saisit un livre et le mord. Par miracle, la souffrance disparaît. « Pour la première fois, Marcel Proust venait de me soulager ». Incompréhension des ses proches devant sa passion montante. Sa mère a lu que Proust aimait les hommes. Son fils serait-il homosexuel ? Bartel devient « chercheur », spécialiste de l'oeuvre proustienne. Il se nourrit de cette passion qui ne le mène nulle part.
    Jusqu'à ce qu'un jour, de réceptacle catalyseur des pensées et du talent des autres, il se mue lui-même en écrivain, passant du côté sombre au côté ensoleillé de la rue. Quel douloureux chemin de croix vers son accomplissement mais quelle belle métamorphose.

  • Un patient, une guenon et l'écriture pour continuer de vivre. Le patient se souvient d'une guenon qu'il a achetée illégalement et qui s'est échappée le jour même de son arrivée chez lui. S'élançant dans les airs, elle disparaît entre les maisons voisines. Une chasse est organisée par le père qui, dans une folle poursuite, se tue en tombant du toit. De cette scène tragi-comique naît un récit qui plonge le lecteur dans une ambiance suffocante, à la croisée du réel et du fantastique.
    Dans La journée de la guenon et le patient, Mario Bellatin construit une fiction où écriture et maladie se rejoignent. Il y est question de la littérature pour être sauvé. L'auteur se met en scène de manière ironique comme un malade mental, un condamné à mort, un patient qui cherche à être soigné.
    Dans La journée de la guenon et le patient, Mario Bellatin questionne d'une manière assez perverse la valeur de son écriture, cherchant à savoir où et comment elle se nourrit.
    On dit qu'il est préférable d'avoir déjà lu Bellatin pour pouvoir pleinement apprécier ses textes. Lire est un livre de Bellatin, c'est accepter d'avance le fait qu'il faudra en lire un autre pour le com- prendre et tomber ainsi dans son piège.
    Que ressent-on en lisant du Bellatin ? Un peu la même chose que face à cer- tains films de Raul Ruiz ou de David Lynch. Un mélange de fascination, d'agacement, de déroute. Il n'y a aucune hiérarchie dans les textes de l'écrivain. C'est le lecteur actif qui reconstruit lui-même le puzzle. Mario Bellatin nous lâche parfois en route, d'autres fois, il nous rattrape, il faut savoir lui faire confiance.

  • Il chante avec une voix d'ange, jongle en s'imaginant voler, grimpe au sommet des arbres pour se rapprocher du ciel.


    L'histoire d'un garçon de douze ans qui voudrait s'arracher à la gravitation universelle.

    C'est l'histoire d'un garçon, c'est le début de son adolescence et la découverte du sentiment amoureux, du désir de l'autre, de la méchanceté. Il a une particularité qui le rend sûrement plus sensible. Il goûte le monde, le ressent. Il vit avec sa mère et son frère Roland. Moqué par ce dernier - qu'il aime malgré tout - et par ses camarades de classe, il aime à trouver refuge dans son arbre mort.
    Il apprend le corps de l'autre avec Irène, la gamine de son âge qui pisse accroupie sur les pommes. Puis il y a aussi la belle Amélie... Il se prépare pour un grand événement : sa communion solennelle, au printemps. Il ne cesse d'y penser dans son arbre mort, où il dépose son offrande : trois morceaux de sucre, une barre de chocolat, quelques biscuits, une poignée de raisins secs, une carotte, une pomme, des mûres, un petit caillou ramassé sur le bord du chemin, taillé comme un diamant, et blanc - blanc comme il est pur.
    Il rêve d'être un oiseau, en fait il est un ange. « Au printemps je ferai ma communion solennelle et je dois m'élever, me purifier encore, non seulement me préparer, mais être prêt. » La langue est précise, exceptionnelle. Un très beau roman sur la différence.

  • Kevin, onze ans, ne comprend pas pourquoi il existe, il n'a rien demandé lui.

  • Mario Bellatin nous offre ce texte inspiré de sa rencontre avec le chef de file du Nouveau Roman, Alain Robbe-Grillet. Dans la penderie de Monsieur Bernard est un texte étrange. Le narrateur fait la connaissance, alors qu'il descend à la plage, de Monsieur Bernard qui vient tout juste de recevoir une pierre sur la tête. Il l'aide. Pour le remercier, Monsieur Bernard l'invite à venir chez lui le lendemain pour recevoir sa récompense. Naît alors leur amitié. Tous les jours, ils se promènent sur un chemin, le long de la falaise, jusqu'à ce que Monsieur Bernard meure prématurément renversé par une ambulance. Le narrateur semble se confondre avec son ami disparu. Ce dernier lui laisse un héritage, l'écriture. Monsieur Bernard, le maître, le narrateur, l'élève. Mario Bellatin se lance dans une réflexion sur l'écriture.
    Dans la penderie de Monsieur Bernard n'a encore jamais été publié en langue espagnole. C'est son tout dernier texte. Un texte donc totalement inédit et très important puisque Mario Bellatin y dévoile les origines de son écriture.

    On dit qu'il est préférable d'avoir déjà lu Bellatin pour pouvoir pleinement apprécier ses textes. Lire est un livre de Bellatin, c'est accepter d'avance le fait qu'il faudra en lire un autre pour le comprendre et tomber ainsi dans son piège.
    Que ressent-on en lisant du Bellatin ? Un peu la même chose que face à certains films de Raul Ruiz ou de David Lynch. Un mélange de fascination, d'agacement, de déroute. Il n'y a aucune hiérarchie dans les textes de l'écrivain. C'est le lecteur actif qui reconstruit lui- même le puzzle. Mario Bellatin nous lâche parfois en route, d'autres fois, il nous rattrape, il faut savoir lui faire confiance.

    Mario Bellatin est un auteur prolifique. Pour lui, il s'agit avant tout de produire. Il a signé une quarantaine de livres en vingt-cinq ans. Il a fait de la prolifération éditoriale son fonctionnement, jouant ainsi du désir qu'il crée chez le lecteur pris à (dans ?) son jeu. Ses textes se présentent comme une série de fragments issue d'un grand tout.
    Les romans courts de Mario Bellatin sont écrits dans une langue qui perturbe, non pas parce qu'elle est complexe, mais parce qu'elle est d'une simplicité clinique. Ses textes réorganisent en permanence les pièces éparpillées d'un puzzle obsessionnel. Ce puzzle, c'est celui de l'univers poétique de Mario Bellatin qui a su, tant dans son oeuvre que dans son image publique, projeter une excentricité toute personnelle.
    Mario Bellatin se met en scène dans ses livres. La première personne est récurrente. Loin des pratiques auto fictives habituelles, il s'agit pour Bellatin d'inventer de livre en livre un mythe personnel. Dans ce but, Bellatin dispose d'un élément biographique parfait : il est né sans son bras droit. À partir de là il construit une fiction où la maladie occupe une place importante. Il ne s'agit pas de s'apitoyer sur son sort, mais de construire une mythologie - voire une mystique - autour du corps imparfait.

  • Yves adhère à une sorte d'association planétaire dont le but est de casser le monde existant pour en voir naître un neuf. Des attentats et attaques en tout genre ont lieu.
    Les gouvernements sont en alerte et restent sans voix devant l'impossibilité de mettre un nom sur les responsables. Non, ce n'est pas Al-Qaida, ce n'est pas un mouvement intégriste juif ni les indépendantistes tchétchènes, ni les Basques espagnols, ni un groupuscule pro-catalan, non, il s'agit de gens comme vous et moi, de tous sexes, dont le point commun est de croire qu'une autre vie est possible.
    Au coeur d'un immense complot mondial, Yves va voyager de Florence à Berlin, de Hong Kong à New York, du Mexique à Madrid pour que le système éclate.

  • Leo aime Lola. Ils sont meilleurs amis. Ils vivent tous les deux à Lulaby.
    Lola aime Leo, mais pas comme Leo l'aime. Lola s'éprend du plus beau garçon du lycée de Lulaby, Adam.
    Adam est incroyablement beau. Bien fait, derrière sa carapace dure se cache un coeur tendre, un être qui manque cruellement de confiance en lui. Toutes les filles du lycée de Lulaby rêvent des bras d'Adam.
    Mais c'est Lola la grande gagnante.
    Elle remporte le trophée. Adam est un trophée. Leo aime Adam. Il l'aime parce qu'il est beau, mais aussi parce qu'il est fragile. Adam l'attire irrésistiblement. Il le désire ardemment. Mais il aime aussi Lola.
    Quand Lola officialise sa relation avec Adam, Leo s'éloigne de Lola qui s'éloigne de Leo parce que Leo est petit, rondouillard et un peu pédé. Léo n'est pas beau. Adam est beau. Lola aurait pu sortir avec Leo, il serait idéal pour elle, mais il n'est pas beau. Lola se sent importante et rêve déjà de son mariage avec Adam.
    Et puis, il y a cette petite bourgade de Lulaby. Perdue on ne sait où, avec ses dinners, son parc d'attractions et l'attrait irrésistible de la capitale pour tous les adolescents qui y vivent.

  • L'histoire s'ouvre sur une scène brutale qui donne le ton du roman : une jeune femme prénommée Kenza est retrouvée gisant par terre. Elle a voulu se suicider, mais elle respire encore. Il y a quelque chose de surprenant dans ce texte ; sa violence pourrait en rebuter plus d'un, mais il y a tant de poésie qu'elle s'en trouve adoucie et nous happe totalement. On est saisi par la beauté des phrases qui racontent l'horreur. C'est comme si la perversité était devenue poète. On est attiré par le gouffre, l'horreur. Et c'est cette horreur qui nous prend dès le début pour ne plus nous lâcher ; elle nous fascine. Ce texte est une descente progressive vers le chaos, car il est vrai qu'il semble inimaginable que les destins de ces personnages ne soient destinés à autre chose qu'au néant. On y trouve les dérives d'une société malade : la schizoïne, cette substance qui permet de s'évader d'un quotidien inconsistant et finit par atteindre toutes les classes de la sociétés, rythme le texte. Elle a été mise au point par Dalton, un pompier qui s'occupe essentiellement de faire disparaître les traces des accidents et tragédies, et qui, en parallèle, fait du trafic de médicaments. C'est ainsi qu'il a rencontré Kenza, presque nue, étendue sur le sol, son pouls si faible qu' « une simple caresse pourrait lui ôter ce qu'il lui reste de vie. » Et là nous avons cette poésie sur la vie, sur la mort. N'est-on extrêmement vivant que lorsqu'on se trouve confronté au vide ? Un pas en avant on tombe, un pas en arrière on continue... à se voiler la face ?

    Le choix : ne plus avoir le choix, voilà le dessein poursuivi par Kenza, après le ratage de sa décision d'en finir. C'est avec la schizoïne qu'elle s'enverra en l'air, plus de repères, plus de respect des logiques et conventions. La survie l'a finalement transformée en monstre. Aide-soignante dans une clinique pour vieux, elle donne la substance à des patients. Elle les fait parler, les filme et poste les vidéos sur internet. Ces derniers, heureux, succombent à des convulsions, un des effets de cette drogue. Kenza mutile son visage. Elle cultive ses cicatrices, les met en valeur, devient Kenzasupernova, un véritable monstre, une déesse barbare shootée. C'est ainsi qu'elle transforme son suicide raté en un abominable destin. La dépravation grignote la société - même les notables prennent de la schizoïne. C'est le chaos qui approche, une société vouée à s'éteindre dans l'horreur et la barbarie.
    Ce livre renverse les codes du polar version drame urbain (il n'y a pas d'autre vérité à découvrir, au bout de l'asphalte, que la violence archaïque, brute et sauvage), tutoie le fantastique et esquisse au travers d'une langue sèche et resserrée une théorie du chaos qui sous-tend le langage.

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  • Johnny Deep est un recueil de trois nouvelles ou mini-romans aux titres étonnants.

    Le protagoniste vit une profonde solitude, éloigné de ses racines. Il travaille dans un théâtre de Londres où la même pièce est représentée chaque soir depuis 54 ans. Il n'en peut plus et veut à tout prix rentrer chez lui. Lui viennent plusieurs idées qui pourraient lui permettre de trouver l'argent nécessaire pour payer son retour. Parmi elles, demander de l'argent à un acteur connu.
    L'homme se regarde dans le miroir, se confond avec Johnny Depp qui est ici la représentation de l'homme rêvé, un bad boy tendre et beau à qui tout a souri. Il l'aime, mais en même temps l'agresse, le jalouse, l'inonde de paroles vulgaires. Sans repère, il ne veut qu'une chose, retrouver la terre qu'il a délibérément quittée pour chercher une fortune qu'il n'a pas trouvée. On perçoit nettement la jalousie, de la rancoeur et presque de la haine à la fin lorsqu'il comprend que sa requête ne pourra pas aboutir.
    Johnny Deep, en tant que pièce, a été joué au Camdem People's Theatre de Londres en 2008.

    Le vagin de Laura Ingalls Une femme obsédée par le personnage de Laura Ingalls (La Petite Maison dans La Prairie) décide de la séquestrer. Elle écrit un roman intitulé " Laura Ingalls et le cycle menstruel". Les parents de Laura sont devenus des artistes, son père, travesti et sa mère, vedette. Ce texte est un chant vulgaire à la féminité exacerbée. Laura Ingalls devient dans ce texte une folle de sexe. Elle couche avec le premier venu, homme ou femme. Peu à peu, le monde idéal de la série, ce monde radieux, doux et tranquille, prend les allures beaucoup plus réalistes du monde moderne : dans les champs, les machines remplacent les hommes, les enfants ne savent plus lire, etc. Quand Laura parvient à se libérer, la narratrice désespérée se lance à sa recherche sur une chaise roulante filant à 180 km par heure.
    Le vagin de Laura Ingalls a été joué en octobre 2009 au Musée d'Art Contemporain de Santiago du Chili.

    Berlin n'est pas à toi Un homme est enfermé dans sa chambre. Il vient de perdre son amant qui a décidé du jour au lendemain de partir s'installer à Berlin. L'homme achète un vieux guide touristique de la ville et entreprend de guider son amour perdu dans un Berlin qu'il découvre au fil des pages.
    Ce texte traite, entre autres, du profond désespoir que l'on peut ressentir lorsque l'on perd un grand amour.
    Berlin n'est pas à toi a été inaugurée en novembre 2010 au théâtre de la Palabra de Santiago du Chili.

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  • Ce court recueil de nouvelles a pour titre original " Histoires terrifiantes pour les enfants". Toutefois, il s'agirait pluto?t d'histoires de?rangeantes pour les adultes, car s'il est vrai qu'on y traite de l'enfance, elle y est aborde?e avec le the?me de l'e?veil a? la sexualite? et la mise en sce?ne de fantasmes e?rotiques d'enfants qui peuvent flirter avec la morbidite? ou l'inceste. Le ton est caustique, les images crues. Le tout laisse le sentiment de quelque chose de brutal. La premie?re nouvelle d'Hitler in Love met en sce?ne les amours scandaleuses du dictateur et de sa nie?ce Geli, qui est pre?sente?e sous l'aspect d'une fillette a? peine pube?re. " Onkel Alf " est la? pour la de?niaiser. Mais il n'est pas mai?tre de ses pulsions ou? sexe et mort sont e?troitement me?le?s.
    Une deuxie?me nouvelle, L'hommesac, e?voque le de?sir qu'e?prouve un enfant pour son institutrice. Le gar- c?on n'a pas de mots pour de?crire ce que son corps ressent. Il est soumis a? une chose qui gonfle en lui, sans comprendre dans quel endroit de son corps se de?veloppe le monstre. Sa te?te e?clate, sa main glisse sous sa ceinture.
    Hitler in Love est un livre de?routant. Florencia Edwards y fait e?merger une enfance sexualise?e, qui agite et subvertit notre logique routinie?re. De me?me que l'enfant qui ce?de a? son propre de?sir de?concerte les adultes de son entourage, Hitler in Love de?contenancera le lecteur habitue? a? une litte?rature cha?tie?e et orthodoxe.

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  • Paris se réveille avec une boule au ventre. Et si le calendrier Maya avait raison ? Et si la fin du monde était vraiment pour demain ?

    Alors, au milieu d'une panique enflant minute après minute, on tente de s'organiser. Dans les 301 stations du métro parisien, des équipes de bénévoles régulent tant bien que mal les milliers de citoyens qui y voient le seul abri valable de la capitale. Alex, à la station Opéra, fait partie de l'équipe chargée de vérifier le contenu des sacs. Celui d'un certain JoeyStarr va bientôt poser problème.

    Et si l'apocalypse n'était que le simple résultat d'un coup de boule ?

  • Jean Laurent Poli aborde un sujet grave qui nous concerne tous : le déclin des parents, la mort de la cellule famille et plus généralement l'érosion de l'être humain.

    Un programme cocasse mis au point par un professeur pervers et barré qui porte le nom de « SENIORITA » permettra au protagoniste d'expérimenter ce qu'une personne du troisième âge en phase terminale peut endurer. Il consiste en une combinaison spéciale dont le principe a été inspiré de celle inventée par Henry Ford le célèbre constructeur automobile.
    Deux descentes aux enfers mises en parallèles. En même temps que nous assistons à la dégradation de ses vieux parents, « ses éclopés » comme il le dit, nous suivons celle du protagoniste dans son expérience de vie du troisième âge. Sauf que les uns sont irrémédiablement condamnés. Lui aura juste compris ce qu'est la vieillesse.
    Anticiper pour mieux appréhender le moment venu ? C'est peut-être aussi ce que suggère le titre : je nagerai jusqu'aux premiers rapides.

    La construction est habile. La plume piquante. C'est la maladie, la fin d'une époque, c'est une critique des institutions qui prennent en charge le troisième âge, les infirmières, les aides à domicile mais aussi un hommage qu'il leur fait. C'est un roman plein de nostalgie, poignant et d'une grande poésie. Jean Laurent Poli est aussi toujours fidèle à son style. Une écriture maîtrisée, un humour toujours présent même quand le sujet traité est grave et cette poésie qui file au travers de ses lignes. Il existe un style Poli. À découvrir absolument.

  • Le narrateur est le Barbare. Le chef du Gang des Barbares qui enlève, séquestre et torture un jeune homosexuel, par pure homophobie et appât du gain puisqu'il demande une rançon. Celle-ci tardant à arriver s'installe un rapport très malsain et extrêmement violent entre le détenu, « l'Enculé » et le kidnappeur, « le Barbare ».
    Dire que ce livre est violent est un doux euphémisme. Inspiré par le gang des Barbares et Youssouf Fofana qui ont enlevé, torturé et tué un jeune juif, Ilan Halimi en 2006, Erik Rémès se met dans la tête du chef des barbares qui raconte d'une part l'enlèvement et la séquestration et d'autre part son histoire et la montée de la violence en lui et dans la société. « La violence des mots fait partie de notre monde. Elle s'incruste au bahut. Où se forgent nos langages assassins ? Cette barbarie verbale du quotidien qui conduit certains - et pas les plus fragiles, au contraire - au passage à l'acte. » Au fil des pages, on apprend comment on peut en arriver à ce stade ultime de la violence de la haine et de la négation de l'autre en tant qu'individu.

  • Il s'agit d'une longue lettre d'amour très poétique, rédigé par un narrateur au sexe indistinct plongé dans une mélancolie terrible et qui découvre à travers le personnage de Roger Federer une envie de se battre.
    Comment j'ai couché avec Roger Federer ? est un premier roman au titre volontairement provocateur dans le suspens du fantasme. Le narrateur est en proie à une dépression qu'il nomme mélancolie sévère.
    Une amie lui propose de l'accompagner à un match à Roland-Garros.
    « Arrivé au stade, je l'ai vu ».
    C'est la révélation.
    Il fantasme sur Federer et oublie sa mélancolie. Il entre alors dans le vague des passions, tente de comprendre « où se niche sa volonté », apprend de lui « ce qui me fait défaut ». C'est aussi le manque tant que le joueur demeure une image lointaine, sans odeur. Le narrateur est « vampirisé » par une image, devient sa « chose ». Il parvient à l'approcher au prétexte d'un autographe, lui dit écrire un livre sur lui, lui donne un numéro de téléphone.
    Et Federer appelle. Ils se rencontrent dans la suite londonienne du joueur.
    Ce très court texte (une cinquantaine de pages) se déroule comme un match de tennis. À la fin, « Jeu, set et match, Roger Federer », évidemment.
    Publié dans la collection « Fantasmes » son objet est le désir. Le fantasme, dans son sens étymologique, de construction imaginaire, mécanisme d'invention, production d'un récit, ou fantôme, spectre.

  • Premier " recueil " de Clarisse Mérigeot, La littérature (in)utile à se faire aimer contient en fait trois livres : - Le Club des 27 ans (révisé) - Lettre à Pauline Pantocrator (révisé) - La Punition (inédit) Le Club des 27 ans Un jeune auteur cherche à atteindre la notoriété par le biais de la Littérature. Âgée de vingt-sept ans, fascinée par la malédiction du Club qui porte le même nom, elle se demande s'il est attendu d'elle qu'elle y cède ou qu'elle trouve un moyen de la déjouer.

    Lettre à Pauline Pantocrator Une femme trompée adresse à l'amour de sa vie un livre de vénération pour la reconquérir et pour lui plaire. Le livre fait de la maîtresse cruelle une divinité, une reine, un Christ en majesté. Le comprendra-t-elle, ou y restera-t-elle insensible ?

    La Punition Quel bilan faut-il tirer de l'utilisation de la Littérature Utile à se faire aimer? Destiner un livre à des lecteurs pour s'en faire regarder, en offrir un à une femme pour s'en faire aimer : la littérature peut-elle supporter que l'un de ses ouvriers ait des préoccupations d'une telle vulgarité ?
    Pour séduire des femmes, certaines femmes leur achètent des fleurs et d'autres leur écrivent des livres. Question de centres d'intérêts et de capacités. Dans La littérature (in)utile à se faire aimer, Clarisse Mérigeot regroupe des textes qu'elle a tous dédiés à un amour passé. L'amour de sa vie l'a quitté pour son meilleur ami. Dieu que cette personne l'aura faite souffrir ! Mais ses lecteurs seraient presque tentés de remercier cet antipathique bourreau tant le chagrin permet à Clarisse de " produire " des fictions de qualité. Après Le Club des 27 ans et Lettre à Pauline Pantocrator, voici La littérature (in)utile à se faire aimer. Son premier " best-of ", en quelque sorte, dans lequel apparaissent les deux textes précédemment nommés accompagnés d'une nouveauté, La Punition. Peut-on se faire aimer en écrivant des livres ? La réponse est non. " La littérature, comme tout autre effort, est impuissante face aux injustices du coeur. "

  • Alors qu'il se promène au bord de l'océan, un homme tombe sur une jeune femme qui vient de s'élancer dans le vide. Elle est allongée sur les galets. L'homme croise son regard et tombe aussitôt amoureux de cette muette sylphide. Drôle d'endroit pour une rencontre. Son quotidien va s'en trouver complètement bouleversé.
    On sait peu de choses du protagoniste, si ce n'est qu'il vit seul, qu'il travaille pour une compagnie d'assurances pour laquelle il rédige les sinistres, qu'il est " un homme intelligent, à quoi bon ne pas le dire? Intelligent et sensible " comme il se décrit lui-même, qu'il a deux maîtresses et un ami. Cet homme va tout quitter pour l'amour d'une femme morte, pour l'amour de Ludivine. Peu à peu, il échappe à la réalité d'un quotidien qu'il ne supporte pas, peu à peu, il se crée sa propre réalité. Il y est amoureux d'une jolie fille qui s'appelle Ludivine.
    Jean Laurent Poli écrit très bien, certains passages sont un plaisir à lire tout haut, tout bas aussi, jouant avec les assonances, les mots, les matières, les sensations.
    Errance existentielle. Flottement lunaire. Conscience en apesanteur. Mécanique céleste d'un homme qui gravite à distance autour d'un monde paradoxal auquel il n'accroche pas. Contemplatif, observateur, goguenard et détaché, il entre dans un monde virtuel intime et clos qu'il s'invente de toutes pièces, inspiré et guidé par la jeune morte.
    Entre divagation et réalité, lubies et clairvoyance, âpreté et candeur, imposture et déni de soi, l'homme dérive peu à peu, s'isole et se fige.

  • Il existe en France une personne capable de résoudre le mystère des chaussettes qui disparaissent, ou pourquoi quand on met un nombre pair dans la machine à laver, il en sort systématiquement un nombre impair. Chantal Boris naît avec le don de plier les chaussette qui se révèle à l'âge de trois ans, il n'a de cesse de se former à l'art de la pliure. En grandissant, il se rend compte qu'il n'est pas tout à fait comme les autres. Notamment en amour. Alors, dans son monde singulier où des questions telles que " qui a inventé la chaussette gauche ? " deviennent existentielles, il part en quête de ses pairs. Confronté à l'école, à sa famille, puis au monde et à son réalisme, il lutte pour rester lui-même, hanté par l'idée de finir au soussol d'une blanchisserie. Impuissant devant ses pulsions, terrorisé par ses fantasmes, conscient de la norme, il s'interroge : comment continuer à être plieur de chaussettes en 2013 ? Le roman d'Erwan Gabory traite de nos affections particulières, avec lesquelles il nous faut composer notre existence et qui ne sont pas toujours acceptées. Jouant d'un humour acéré, il revendique la liberté d'être. Il dresse un miroir déformant de la société avec une obsession quasi anxiogène, l'issue de chacun étant de pouvoir jouir dans son domaine de prédilection. Le plieur de chaussettes se dévore, avec en filigrane l'énigme des chaussettes qui disparaissent.

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