Lc Christophe Lucquin Editeur

  • Jacques Bartel renvoie l'image d'un homme discret, ordinaire, limite médiocre. Il ne brille pas en société, ne triomphe pas en amour, n'impressionne pas professionnellement.
    Pourtant, sa vie intérieure est riche et féconde. Bartel est en réalité un être qui vit en marge d'un monde qui ne partage pas ses valeurs et ses enthousiasmes. Dès son jeune âge, il se passionne anormalement par Marcel Proust. À 14 ans, il tombe malade. Dans un accès de douleur, il saisit un livre et le mord. Par miracle, la souffrance disparaît. « Pour la première fois, Marcel Proust venait de me soulager ». Incompréhension des ses proches devant sa passion montante. Sa mère a lu que Proust aimait les hommes. Son fils serait-il homosexuel ? Bartel devient « chercheur », spécialiste de l'oeuvre proustienne. Il se nourrit de cette passion qui ne le mène nulle part.
    Jusqu'à ce qu'un jour, de réceptacle catalyseur des pensées et du talent des autres, il se mue lui-même en écrivain, passant du côté sombre au côté ensoleillé de la rue. Quel douloureux chemin de croix vers son accomplissement mais quelle belle métamorphose.

  • L'ange gardien de Montevideo propose un univers qui s'aventure sur des terrains dangereux comme l'absurde, l'hallucination, ou simplement, le délire. Écrit à la manière d'un journal daté, le roman ne se concentre pas sur un seul personnage. On y trouve la présence récurrente du concierge suppléant (Néstor), et d'un supposé écrivain (l'écrivain du 101) qui s'empare à plusieurs reprises de la voix narrative. L'humiliation du débile est constante. Elle est le centre du roman. Ce débile, Néstor, cette marionnette en bois que certains propriétaires surnomment Pinocchio et d'autres tout simplement « l'idiot » est secrètement un ange novice, né de la douleur du monde pour souffrir, et être puni. On l'accuse de se masturber, d'uriner dans le fauteuil de la réception, de s'endormir au travail. Néstor est l'otage de toute la haine qui parcourt la ville, sans passé ni avenir, atroce « Il est temps de noter dans ce dossier que je vis dans une ville au bord d'un fleuve ; comme le squelette d'une vache qui serait morte de soif avant d'arriver ou bien morte empoisonnée dès la première gorgée. » écrit Polleri. Les dates divisent les épisodes et créent des petites histoires indépendantes les unes des autres, mais reliées entre elles par un fil presque invisible.

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  • Leo aime Lola. Ils sont meilleurs amis. Ils vivent tous les deux à Lulaby.
    Lola aime Leo, mais pas comme Leo l'aime. Lola s'éprend du plus beau garçon du lycée de Lulaby, Adam.
    Adam est incroyablement beau. Bien fait, derrière sa carapace dure se cache un coeur tendre, un être qui manque cruellement de confiance en lui. Toutes les filles du lycée de Lulaby rêvent des bras d'Adam.
    Mais c'est Lola la grande gagnante.
    Elle remporte le trophée. Adam est un trophée. Leo aime Adam. Il l'aime parce qu'il est beau, mais aussi parce qu'il est fragile. Adam l'attire irrésistiblement. Il le désire ardemment. Mais il aime aussi Lola.
    Quand Lola officialise sa relation avec Adam, Leo s'éloigne de Lola qui s'éloigne de Leo parce que Leo est petit, rondouillard et un peu pédé. Léo n'est pas beau. Adam est beau. Lola aurait pu sortir avec Leo, il serait idéal pour elle, mais il n'est pas beau. Lola se sent importante et rêve déjà de son mariage avec Adam.
    Et puis, il y a cette petite bourgade de Lulaby. Perdue on ne sait où, avec ses dinners, son parc d'attractions et l'attrait irrésistible de la capitale pour tous les adolescents qui y vivent.

  • Les nouvelles d'Eusebio Ruvalcaba s'inscrivent résolument dans la tradition des grands auteurs de nouvelles latino-américains, dont les plus grands représentants sont Julio Cortázar et Jorge Luis Borges, auquel l'auteur dédie une nouvelle en forme d'hommage littéraire (" Borges n'est pas mort "), dont à la fois la forme et le fond sont fortement inspirés du grand maître. L'auteur utilise une grande variété de style. Chaque nouvelle est très courte, pas plus de deux ou trois pages. Chacune d'elles a un ton bien particulier. Le lecteur se retrouve plongé au coeur du sujet et ne décroche pas.

    À travers cette mosaïque de nouvelles, l'auteur parvient à créer tout un monde de personnages pittoresques, aussi divers que variés, et de situations, parfois absurdes, grotesques, jusqu'au-boutistes, dont il se sort à chaque fois d'une main de maître, par une chute bien trouvée, ou le suspens poétique d'un no man's land littéraire. Et à chaque fois, le lecteur est bluffé et tourne encore la page, le sourire aux lèvres et l'esprit en alerte, se demandant quel monde lui sera encore délivré à la nouvelle suivante.

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  • Jean Laurent Poli aborde un sujet grave qui nous concerne tous : le déclin des parents, la mort de la cellule famille et plus généralement l'érosion de l'être humain.

    Un programme cocasse mis au point par un professeur pervers et barré qui porte le nom de « SENIORITA » permettra au protagoniste d'expérimenter ce qu'une personne du troisième âge en phase terminale peut endurer. Il consiste en une combinaison spéciale dont le principe a été inspiré de celle inventée par Henry Ford le célèbre constructeur automobile.
    Deux descentes aux enfers mises en parallèles. En même temps que nous assistons à la dégradation de ses vieux parents, « ses éclopés » comme il le dit, nous suivons celle du protagoniste dans son expérience de vie du troisième âge. Sauf que les uns sont irrémédiablement condamnés. Lui aura juste compris ce qu'est la vieillesse.
    Anticiper pour mieux appréhender le moment venu ? C'est peut-être aussi ce que suggère le titre : je nagerai jusqu'aux premiers rapides.

    La construction est habile. La plume piquante. C'est la maladie, la fin d'une époque, c'est une critique des institutions qui prennent en charge le troisième âge, les infirmières, les aides à domicile mais aussi un hommage qu'il leur fait. C'est un roman plein de nostalgie, poignant et d'une grande poésie. Jean Laurent Poli est aussi toujours fidèle à son style. Une écriture maîtrisée, un humour toujours présent même quand le sujet traité est grave et cette poésie qui file au travers de ses lignes. Il existe un style Poli. À découvrir absolument.

  • Il existe en France une personne capable de résoudre le mystère des chaussettes qui disparaissent, ou pourquoi quand on met un nombre pair dans la machine à laver, il en sort systématiquement un nombre impair. Chantal Boris naît avec le don de plier les chaussette qui se révèle à l'âge de trois ans, il n'a de cesse de se former à l'art de la pliure. En grandissant, il se rend compte qu'il n'est pas tout à fait comme les autres. Notamment en amour. Alors, dans son monde singulier où des questions telles que " qui a inventé la chaussette gauche ? " deviennent existentielles, il part en quête de ses pairs. Confronté à l'école, à sa famille, puis au monde et à son réalisme, il lutte pour rester lui-même, hanté par l'idée de finir au soussol d'une blanchisserie. Impuissant devant ses pulsions, terrorisé par ses fantasmes, conscient de la norme, il s'interroge : comment continuer à être plieur de chaussettes en 2013 ? Le roman d'Erwan Gabory traite de nos affections particulières, avec lesquelles il nous faut composer notre existence et qui ne sont pas toujours acceptées. Jouant d'un humour acéré, il revendique la liberté d'être. Il dresse un miroir déformant de la société avec une obsession quasi anxiogène, l'issue de chacun étant de pouvoir jouir dans son domaine de prédilection. Le plieur de chaussettes se dévore, avec en filigrane l'énigme des chaussettes qui disparaissent.

  • L'envol des baisers est un recueil de baisers, doux, tendre, cruel. Il est léger et profond. On rit, on soupire, on se pâme. À travers deux cents petits textes, tantôt poétiques, tantôt pleins d'humour, il recense tous les baisers que l'Homme se donne au cours de la vie. Baiser de cinéma, amical, baiser évanescent, parfumé, ou furtif.
    Baiser morsure, baiser mains glacées, passionné, soupirant, supplice, fantôme, en coin, baiser assassin, jaloux, désespéré, orgueilleux, virtuel, ou inassouvi. Il transporte dans des rêveries, des souvenirs de ceux que l'on s'est donné. Il les évoque, du premier au dernier. Et vous, quel est votre baiser préféré ? L'envol des baisers donne une humeur à chacun, un style singulier, une énigme, une solution. Séparé en quatre saisons, correspondant aux rythmes de la vie, il construit une histoire en pointillé, faite de ressentis, d'humeurs, de sensations, de sensualité. Il s'agit avant tout de retrouver l'envie de s'embrasser. Livre tourné vers la vie, l'écriture est le résultat d'un travail de maturation, d'une construction lente, pour placer le bon mot au bon moment, créer la frustration et l'assouvissement, le désir, le plaisir, l'addiction. Le grand mot, mais faut-il le nommer ? Il est ici question d'Amour, sous toutes ses vérités.

  • Des enfants est un texte qui perturbe, ce genre de texte qu'on lit une fois, que l'on repose, que l'on n'oublie pas. Et puis, il y a cette envie irrésistible de le reprendre, alors, on le reprend, on le relit, on avale chaque page, chaque mot est pesé, ressenti, chaque évocation devient image, on voit, on sent, on vit. Et on a peur. Parce qu'il est hors du commun. Laurent Audret nous livre une poésie noire effroyablement enivrante. Une expérience littéraire comme il en existe peu. Un conte barbare.

    Des enfants est sélectionné pour le prix René-Fallet 2014, « qui est attribué chaque année depuis 1990 à l'auteur d'un premier roman de langue française, porteur d'un talent littéraire comme le fut à l'époque Banlieue Sud-Est pour René Fallet, en 1947, l'année de ses vingt ans. »

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  • Un journaliste raconte - sur le mode de l'autofiction (ce genre littéraire à la mode) - sa vie agitée, soumise aux diktats de la bêtise et de la nécessité. Mieux, il entend faire au lecteur une confidence de taille, voire... une révélation.
    Confronté aux aléas d'une vie réduite à la condition de scribe, tantôt gouvernemental quand il travaille dans le milieu de la politique, tantôt de mauvais goût et des passions dominantes quand il travaille dans le domaine culturel, son monologue se mue au fil de onze réveils successifs en un réquisitoire halluciné où chacun (proches, anciens collaborateurs, confrères et même amis) en prend pour son grade.

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