La Contre Allee

  • En matière de traduction, on peut légitimement s' inquiéter de ce que deviendraient les cultures humaines et la pensée humaine, le jour où tout échange inter-linguistique serait confié à une intelligence artificielle. Il s' ensuivrait un cloisonnement et un repli sans précédent dans l' histoire, une histoire qui, aussi loin que remonte la mémoire écrite, est faite de migrations d' idées, d' usages et d' hommes, de fécondation du même par l' autre, de transferts, de réinterprétations et de réappropriations.
    [...] La traduction n' est pas seulement mon travail alimentaire.
    C' est mon métier, et je suis attachée à ce mot avec tout ce qu' il connote de soin, de savoir-faire, de travail minutieux sur la trame de l' écrit. La traduction est mon métier, elle a forgé ma personnalité, y compris en tant qu' autrice : j' écrirais sans doute autre chose, et autrement, si je ne passais pas une partie de mon temps à traduire depuis deux langues étrangères, si j' étais ancrée dans une seule langue, une seule culture, un seul territoire. Cesser de traduire, ce serait renoncer à ce qui m' a faite telle que je suis.
    Voilà pourquoi je n' ai pas hésité à accepter la proposition de mes collègues. Dans ce volume qu' on m' offrait de rédiger, je matérialiserais mon bilan, j' explorerais les liens entre la traduction qui (je le maintiens) est une écriture, et l' écriture qui, à mes yeux, est un peu une traduction. J' y évoquerais mon sentiment d' être toujours « entre les rives » - je pense moins ici à l' image désormais classique du traducteur comme passeur, qu' au voyageur qui a quitté les eaux territoriales de son continent d' origine, n' est pas encore entré dans celles du continent d' en face et n' a peut-être même pas l' intention d' y pénétrer un jour. Préférant la pleine mer, là où les eaux appartiennent à tous et n' appartiennent à personne.

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  • À mon sens, on ne traduit pas hors sol. On traduit avec toute son histoire, individuelle et collective, avec tout ce qui nous a précédé et tout ce qui nous entoure.
    J' ai essayé de montrer mon cheminement vers la traduction, pour faire comprendre ce qui habite mon travail, ce qui lui donne du sens à mes yeux, ainsi qu' un horizon. Et la façon dont il s' inscrit dans un rapport aux autres qui est bien plus vaste que le simple désir de donner à lire un texte.
    Je souhaitais aussi montrer que le travail de la traduction littéraire est tissé de doutes, d' interrogations qui resteront toujours sans réponse - et c' est tant mieux. Qu' il n' y a pas de savoir, juste une exploration, une expérimentation sans cesse renouvelées, un matériau qui ne cesse de se dérober. Et c' est justement pour cette raison que l' on peut travailler, inventer, et avancer.

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  • Sur les bouts de la langue : traduire en féministe/s Nouv.

    Traduire en féministe/s, un essai Traductrice de l' anglais, et notamment de nombreuses autrices engagées, comme Julia Serano, bell hooks ou encore Dorothy Allison, Noémie Grunenwald cherche sans cesse à retranscrire cet engagement féministe au sein de ses traductions, questionnant les formes d' écriture, le choix des termes, se heurtant aux manques, aux absences, et élaborant de nouvelles stratégies dans une pratique politique, militante, de la traduction.
    Convoquant les autrices et auteurs qui ont marqué sa pratique, Noémie Grunenwald explore ce que signifie « traduire en féministe/s » :
    S' abandonner / Improviser / Se soumettre / Se décentrer / Interpréter / Corriger / Élargir / Inclure ? / Apprendre / Traduire / Tisser / Citer ;
    Autant d' étapes nécessaires à l' écriture d' une traduction.

    À paraître
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