L'ire Des Marges

  • Le cavalier

    Derek Munn

    Jean joue aux échecs pour la beauté du jeu, pour l'histoire qui s'invente sur la plaine de cases, le monde qui se déploie sur l'échiquier selon des règles qu'il découvre en lui. Gagner lui importe peu.

    Jean mène une vie dont il a hérité jusqu'au jour où il se fait confectionner une paire de bottes en cuir, quitte sa ferme et entame un voyage avec sa jument.

    Le cavalier est le récit fragmenté d'une vie qui se concentre et s'accomplit dans l'événement de ce voyage. Soixante-quatre tableaux qui sont autant de célébrations du paysage et des émotions où les souvenirs et les rêves infusent sans cesse la réalité du moment présent.

    Au fil du texte une temporalité intime s'impose et dévoile une connivence mystérieuse entre l'auteur et son personnage.

    Différents états d'usure des bottes se .superposent, du cirage à la boue, jusqu'à la poussière qui couvre tout à la lin, moite, agglutinée en bas de celle de gauche dans les bajoues de cuir tombant autour du talon quand, arrivé, l'homme se laisse glisser de la selle pour la derniére fois, se tassant comme un sac de pommes de terre en prenant appui sur l'immobilité de l'animal qui maintenant détourne la tète.
    Je comprends alors qu'une fois ses bottes enlevées cet homme ne marchera plus jamais

  • Flappers

    Renaud Borderie

    «Nous nous détruisions petit à petit, pire encore, nous nous détruisions l'un l'autre» Francis Scott Fitzgerald.

    Gatsby est sur les écrans depuis quelques jours, dans une nouvelle adaptation cinématographique.
    À l'instar de son personnage, Francis Scott Fitzgerald nous offre l'image flamboyante d'une certaine jeunesse dorée américaine des Années folles.
    Mais qui était véritablement Fitzgerald ? Et qui était Zelda Fitzgerald ?
    Dans Flappers, Renaud Borderie ouvre une brèche dans la mythologie du dandy flamboyant.
    Le «magnifique» cache une part d'ombre, Flappers la révèle.

    Bien que destiné à la scène, le théâtre est oeuvre littéraire à part entière. C'est d'ailleurs souvent par le texte qu'il nous interpelle de prime abord. Plus tard viendront les temps de la mise en scène, de l'interprétation et de la représentation. Pour témoigner de ce premier « acte », quelques mots de la comédienne Sophie Robin qui valent au-delà du « je » de sa lecture et du « jeu » à venir... :
    « L'auteur de la pièce m'a dit : « Voilà ce texte, je l'ai écrit et j'ai pensé à toi pour le rôle de Zelda ».
    Zelda Fitzgerald ? Vaguement entendu parler... Son mari, oui, évidemment, Tendre est la nuit, Gatsby le magnifique, oui... Mais elle ?
    Alors je suis entrée dans ce texte comme on plonge dans un bain : je me suis retrouvée dans ce monde incroyable où tout explose, où tout semble permis. Cela m'a enveloppée, c'était brûlant et, le temps de cette lecture, Elle était là. Elle, la femme du grand écrivain, la femme sacrifiée à son mari, à son époque. J'ai eu mal avec elle d'être incomprise et, finalement, niée. Enfermée avec Zelda, je sentais l'haleine chargée d'alcool de Scott/Dyo, qui lui faisait payer cher l'amour qu'il lui portait.
    Violence, cris, musique, sexe, amertume, souffrance et destin aboli.
    Je ne sais si un jour je jouerai Zelda ou, plus exactement, la Zelda de Renaud Borderie. Toujours est-il que depuis que je l'ai lue, elle ne m'a plus quittée ».

    Sophie Robin, comédienne, metteure en scène

  • «Hydroponico, c'était écrit sur une barquette de fraises pas chères qui venaient d'Espagne, elle a cherché le sens de ce mot qu'elle trouvait très rond.» Crise économique ? Crise morale ? Crise des valeurs ? Crise sociale et sociétale ?
    La CRISE est-elle une fatalité ?
    Hydroponica, le roman de Brigitte Comard ouvre une brèche dans ce discours anxiogène.
    Hydroponica, c'est l'histoire d'Isa, Jamila, leurs enfants et quelques autres «naufragés» réfugiés dans un camping.
    Hydroponica, c'est une plongée au coeur du quotidien de la précarité et de ses conséquences.
    Hydroponica, c'est aussi et surtout l'histoire de femmes et d'hommes qui réinventent leurs vies.

    [Fausse piste ?] Hydroponica : n.f. instrument de musique, dérivé de l'harmonica... Un curieux objet, en vérité, dans lequel raisonnent souffles et soupirs. Souffle de fatigue, parce que, la vie ici est méchante et inquiétante. Soupirs de tendresse, parce que porter attention à un enfant qui grandit est un engagement et aussi un baume. Souffle de révolte, parce que la société tourne (en) rond, mais à côté de vous. Soupir de soulagement parce que rien n'est réglé mais qu'on réalise qu'on n'a pas perdu l'essentiel. La Fraternité. Ce mot gravé dans la pierre de 36 568 linteaux - sans compter les écoles - et qu'on voudrait surtout pétillant dans tous les esprits. Ce mot galvaudé, moqué, ânonné. Ce mot qui désigne précisément une belle manière d'être humain.
    L'Hydroponica que vous tenez dans vos mains vous susurre l'harmonie saccadée des souffles et soupirs d'Isa, d'Enzo, de Jean-Jacques, d'Idriss, de Jamila...

    Denis Quinqueton

  • L'homme fuit les formes figées comme les étiquettes : le poème s'invite, surgit au détour d'un récit, manière d'aphorisme. Sans cesse à l'affût d'expressions singulières, Pierre Debauche défriche de nouveaux sentiers qu'il arpente en homme libre. C'est en faux naïf qu'il accueille l'altérité comme une chance sans cesse renouvelée de créer du sens.
    Au fil des textes, on entre en belgitude comme en humanité : Pierre Debauche nous entraîne dans cette quête farouche de liberté dont il faut bien payer le prix... Et de reprendre en choeur, avec lui : «Mais qui m'accueillera bordel ?».

  • Ils l'ont trouvé la nuit dernière au milieu des vagues, de l'eau jusqu'à la taille, immobile, les bras le long du corps, le regard fixe vers l'horizon et seulement vêtu d'un sousvêtement blanc. Qui est-il donc ?
    Tous se demandent s'il s'agit d'un enfant sans papiers, abandonné, s'il est un ange, un fugueur ou un démon. Un sourd-muet, un imposteur, ou simplement une chimère ? Un singe imberbe échappé du zoo ? Un handicapé mental ? Un démon en exil ? Une bête ? Une âme damnée ? Un monstre marin ? Personne ne le sait et chacun croit savoir .

  • Plains regards moment des renouées - Recueil de poèmes de Francis Julienpont «La dernière feuille du cerisier / vient de tomber / rouge comme le souvenir du fruit» (...) Ni monolithique, ni schizophrène, Francis Julienpont vit sur le mode du rêveur éveillé qui ressent les battements du monde avant même de chercher à le comprendre...
    Au fil des pages se trace une écriture porteuse d'émotions qui appellent les nôtres et nous embarque au-delà de l'alchimie des mots. Le poète crée un monde - images mouvantes, rythmées, subtil mélange des couleurs, des odeurs, des formes et des éléments d'une nature mêlant rudesse et générosité - dans lequel le lecteur entre en symbiose avec l'auteur...
    Le poème se lit, mieux, s'écoute comme on prête l'oreille au souffle, aux murmures et aux cris de la terre, à l'expression des premières émotions, des premières souffrances « d'un frêle enfant déjà meurtri d'absence ».

    Son univers - parfois mélancolique - nous envahit doucement et nous submerge ; les lieux qu'il aime, les événements en filigrane qui jalonnent une vie ; l'amour aussi et la difficulté de se dire à l'autre ; l'engagement du citoyen, son cri face aux injustices et aux souffrances, son regard souvent tourné vers les autres ; un regard aiguisé qu'il porte, ici, sur le sort de beaucoup de nos frères, ailleurs, plus loin, sur ces pays où l'arbitraire est loi et qui le font espérer en un monde « sans hampes de drapeaux ».

    Ces Plains regards sont, sans nul doute, largement autobiographiques. Le poète s'y esquisse au détour d'un « Autoportrait » et nous entraîne depuis sa tendre enfance jusqu'à ce que se glisse en lui la certitude qu'un «?pan de vie » s'achève (...).
    « L'oison » des premiers vers cède peu à peu la place à « l'oiseau foudroyé » du dernier poème (...).

    Jan Rigaud

  • Vassilissa est l'héroïne de récits pornographiques que l'écrivain soviétique Gavrine doit inventer, rédiger et régulièrement remettre au chef du camp dans lequel il est interné depuis de longues années. Ce dernier tirant des bénéfices très lucratifs de la revente de ces textes en plus haut lieu.
    C'est au prix de sa participation à ce trafic que l'écrivain tente de survivre dans les camps de la Kolyma.
    Entre pastiche de roman érotique et des Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov, l'auteur interroge le sens et l'utilité de la littérature dans une société totalitaire.

    - Un texte qui pastiche brillamment les grands auteurs de la littérature russe de Gogol à Chalamov.

    - Une critique parodique, à la fois impitoyable et jubilatoire, de l'univers concentrationnaire.

    - L'érotisme comme outil de subversion.

  • Cet ouvrage contient un CD offert, d'une durée de 45 mn «je cherche les regards.
    De ceux qui ont compris.
    Et qui se sont levés dès la petite pluie».


    Ma barque est tapissée de lézards attentifs.
    Les coqs de roche dansent aux hauteurs des falaises.
    Un chant se fait lointain.
    D'un lointain équipage.
    Sous les pigments de l'eau s'étirent.
    Des anacondas bleus de courbes méridiens.
    à l'heure où je m'en vais.
    Hors du musée bien clos de l'éternité.

    Désarrimage.
    Musique de Clément Deroin

  • Peut-on croire à la force de l'art face à la trivialité du monde ? La beauté peut-elle nous sauver ? Jean-Noël, le personnage du nouveau roman de Brigitte Comard y croit.

    Ce récit dense et sensible embarque, au rythme des secousses du monde, dans le coeur et l'esprit d'un homme que la vie va frapper. Un ouvrage juste et bouleversant qui déconstruit les rouages d'un système et révèle la violence sociale qu'il génère.

    Engagé avec justesse, Collapse saisit par le regard acéré et sans complaisance qu'il porte sur le monde contemporain.

  • Que produit aujourd'hui le geste de donner à des auteures une ville à arpenter pour contempler, méditer et en faire littérature, et ainsi la liberté économique de consacrer un temps à l'écriture ?

    Plus de quatre-vingts ans après Un lieu à soi de Virginia Woolf, et en écho à cette oeuvre, il a été proposé à quatre auteures de vivre cette expérience dans le cadre d'une résidence d'écriture.

    Quatre regards de femmes sur un même espace urbain, quatre chemins de création à l'épreuve de dire l'expérience commune d'écrire.

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