Littérature générale

  • En 1945, George Orwell écrit La Ferme des animaux, une fable dans laquelle les animaux chassent leurs maîtres humains et instaurent dans leur ferme un nouveau régime politique qui tourne vite à la dictature.
    Entre les lignes, on comprend qu'il s'agit d'une charge contre le stalinisme.
    À l'aube de la guerre froide, cette critique de l'URSS sonne tellement juste que la CIA décide, en 1951, de la transposer en bande dessinée dans le cadre de ses opérations de propagande anticommuniste. Elle sera diffusée partout sur la planète, et prioritairement dans les pays du Tiers Monde, devenus l'enjeu des luttes entre grandes puissances. Et notamment en langue créole, version que nous avons traduite pour l'édition de ce document exceptionnel pour la première fois republié.
    Bien que cette BD démontre la puissance et l'originalité de la propagande américaine, elle reste extrêmement fidèle à l'oeuvre originale, de sorte que son contenu subversif finit par annuler sa visée contre-révolutionnaire.
    Car la leçon à tirer de La Ferme des animaux est que pour faire triompher une révolution, le peuple doit se débarrasser de ceux qui prétendent en prendre la direction.

  • La silicolonisation du monde ; l'irrésistible expansion du libéralisme numérique Nouv.

    La Silicon Valley incarne l'insolente réussite de notre époque. Ce territoire est aujourd'hui le lieu d'une frénésie innovatrice qui entend redéfinir de part en part nos existences à des fins privées, tout en déclarant oeuvrer au bien de l'humanité. Mais c'est aussi et avant tout un esprit, en passe de coloniser le monde, qui entend tirer profit du moindre de nos gestes, une véritable industrie de la vie.
    Ce livre, qui montre comment un capitalisme d'un nouveau type s'instaure -le technolibéralisme -, est le deuxième volet d'une trilogie devenue la référence sur la compréhension de la nouvelle condition humaine à l'ère numérique. Il fait suite à La Vie algorithmique et précède L'Intelligence artificielle ou l'enjeu du siècle.

  • La vie algorithmique ; critique de la raison numérique Nouv.

    Les technologies numériques imposent un mode de rationalité fondé sur la définition chiffrée de toute situation et sur une maîtrise indéfiniment accrue du cours des choses. Une connaissance sans cesse approfondie s'instaure, orientant les décisions individuelles et collectives au prisme d'algorithmes visant les plus hautes optimisation, fluidification et sécurisation des existences et des sociétés.
    Ce livre, qui examine la quantification et la marchandisation intégrales de la vie, est le premier volet d'une trilogie devenue la référence sur la compréhension de la nouvelle condition humaine à l'ère numérique. Suivront La Silicolonisation du monde et L'Intelligence artificielle ou l'enjeu du siècle.

  • Très tôt engagé dans les luttes pour l'émancipation humaine, l'anarchiste russe Alexandre Berkman émigre en 1888 aux États-Unis. Il y rencontre celle qui sera sa complice d'une vie : Emma Goldman. Elle en fera l'un des personnages les plus attachants de sa formidable autobiographie Vivre ma vie, publiée à L'échappée en 2018.
    Le succès de ce livre a permis de (re)découvrir celui qui, un jour de juillet 1892, tenta d'assassiner le magnat de l'acier Henry Clay Frick.
    Malgré son échec, Berkman purge quatorze années de prison, où il survit grâce à son refus de céder devant l'ennemi et à la solidarité de ses codétenus. C'est eux qui lui décillent les yeux sur les amours masculines, sujet alors tabou qu'il n'hésitera pourtant pas à aborder.
    À sa sortie, il entreprend un long processus de reconstruction qu'il appelle sa « résurrection ». La rédaction de ses mémoires en constitue un passage obligé : son récit foisonnant mêle horreur du présent, rêveries du passé et espoir d'un avenir révolutionnaire.
    Cette première traduction intégrale en français constitue une fresque bouleversante où se côtoient lyrisme de la littérature russe et parlers populaires des bas-fonds américains, où se croisent des prolétaires opprimés et des révolutionnaires acharnés, où se combinent colère individuelle et grands desseins collectifs.

  • Entre insubordination radicale, amour fou et désertion éperdue, la fulgurance de l'itinéraire d'Arthur Cravan, boxeur et poète prédadaïste, qualifié par André Breton de « génie à l'état brut », n'a pas fini de fasciner : l'extrême modernité de son antimodernisme se révèle en effet aujourd'hui plus pertinente encore par son caractère visionnaire et irrécupérable.
    Les textes et documents ici rassemblés - dont certains sont inédits - permettent de saisir la singularité de sa démarche iconoclaste et d'appréhender dans toute son humanité celui qui, disparu il y a un siècle, redoutait déjà en ces termes l'artificialisation du sensible :
    « Dans la rue on ne verra bientôt plus que des artistes et l'on aura toutes les peines du monde à y découvrir un homme. »

  • « Le brigand au grand coeur n'est pas au départ un criminel. Il débute sa carrière de hors-la-loi parce qu'il est victime d'une injustice. » Voici comment l'historien Eric Hobsbawm décrit dans son fameux livre Les Bandits, devenu la référence sur le sujet, l'origine de ces destins de justiciers et de redresseurs de tort, dont la figure la plus célèbre reste Robin des bois. Des communautés opprimées, paysannes pour la plupart, soutenaient ces vengeurs qui, par leurs coups d'éclat et la terreur qu'ils exerçaient sur les puissants, leur rendaient justice.
    Ces héros du petit peuple ont hanté de nombreuses contrées de par le monde, entre autres : Cartouche en France, Ned Kelly en Australie, Joaquín Murieta au Mexique, Phoolan Devi en Inde, Hend'U Merri en Algérie, Maria Bonita au Brésil, Rob Roy en Écosse, Sante Notarnicola en Italie...
    Dans cet ouvrage, des écrivains se sont emparés de chacune de ces figures du « banditisme social ». Ces textes littéraires redonnent vie à ces bandits et brigands, comme le faisaient autrefois les chansons et les balades qui, en exaltant leurs magnifiques actes de bravoure, donnaient l'espoir de se libérer un jour de l'oppression et de la misère.

  • Vivre ma vie

    Emma Goldman

    Née en 1869 dans l'Empire russe, Emma Goldman s'exile aux États-Unis à 16 ans. Pauvreté, exploitation et désillusions l'y attendent. Elle plonge alors à corps perdu dans le chaudron politique et intellectuel. Activiste et conférencière anarchiste aussi célèbre que redoutée, elle sillonne au gré des luttes une Amérique en pleine ébullition. Expulsée en 1919 vers la Russie, accueillie chaleureusement par Lénine, elle découvre une réalité qu'elle ne cessera de dénoncer avec courage tout en poursuivant son inlassable combat pour l'émancipation.
    Son époustouflante épopée mêle morceaux de bravoure et moments d'intimité, grands affron­tements politiques et vie d'une femme hors du commun, poésie et quotidien, espoir et désenchantement. Ce texte magistral est à la fois une fresque historique qui donne le vertige, tant on y croise toutes les grandes figures révolutionnaires, une oeuvre puissante d'une rare sensibilité et l'un des plus beaux chants d'amour à la révolte et à la liberté. Un monument de la littérature anarchiste enfin traduit intégralement en français.

  • Arthur Seaton a vingt ans, et sa vie à Nottingham semble déjà toute tracée dans cette Angleterre de l'après-guerre. Sa morne semaine est rythmée par les cadences infernales de l'usine. Arrive alors le week-end où il peut enfin se défouler et exprimer sa rage de vivre.
    Le samedi, en faisant la tournée de pubs où il noie sa détresse dans l'alcool. Le dimanche, en se réfugiant dans les bras de ses amantes et dans des parties de pêche en solitaire.
    OEuvre majeure du groupe des « Angry Young Men » et de la littérature anglaise, Samedi soir, dimanche matin raconte avec une extraordinaire justesse les ravages du capitalisme industriel au sein de la classe ouvrière et la révolte quotidienne de ces rebelles désormais sans cause. Un roman culte, adapté avec succès au cinéma, qui a inspiré quantité d'artistes aussi divers que John King, Ken Loach, Madness, The Smiths ou encore les Arctic Monkeys.

  • L'oeuvre-vie de Leonard Cohen racontée dans une biographie sans égale.

  • « Méditerranée... Je crois que je m'évanouirai, ce matin prochain où mes yeux plongeront soudain dans son éblouissant infini. » Panaït Istrati Batelier fou sur le fleuve de la Passion, Adrien Zograffi - double littéraire de Panaït Istrati - s'embarque à bord du Dacia le 12 décembre 1906. De l'Égypte à la Grèce, en passant par la Syrie et le Liban, l'Orient lui ouvre les bras et dévoile les secrets de quelques-uns de ses habitants. Des visages, des figures... Au Caire, parmi les minarets qui s'étendent à perte de vue, on aperçoit à l'horizon Mikhaïl Kazansky, l'aristocrate russe devenu va-nu-pieds. À Alexandrie, Moussa, le Juif roumain parti chercher sa fille Sarah, tombée entre les griffes d'un infâme proxénète. À Damas, qui ne se révèle pas aussi douce que son jasmin, le cynique Solomon Kein, aux sombres desseins. Et tant d'autres ! Ni anges ni démons, ces compagnons d'un jour ou d'une vie sont simplement des êtres portés par les vagues de la destinée et les vents de la Méditerranée.

  • Poésie, etc.

    Guy Debord

    « Poésie, etc. » rassemble un ensemble de citations choisies par Guy Debord, dont les auteurs ne sont parfois aucunement des poètes.
    Mais elles se caractérisent toutes par un regard lyrique sur l'existence, et une concision qui les font accéder avec plus d'intensité et d'immédiateté au coeur de ce qui nous bouleverse.
    L'importance de la poésie et de la littérature dans les lectures de Guy Debord apparaît très tôt et ne se démentira jamais tout au long de son oeuvre. On y croisera entre autres, cités ou détournés, Baudelaire, Bossuet, Joyce, Pessoa, Shakespeare, Swift, Ronsard, Apollinaire, Breton, Villon, Éluard, Lautréamont, Cravan... Le recours à ces références donne à son travail de critique sociale une immense force de frappe, car directement et indissolublement lié à ce qui touche le plus intimement l'être humain.
    L'utilisation du langage poétique est en effet toujours associé, chez Debord, au projet révolutionnaire qu'il nourrit. Pour lui, cependant, « il ne s'agit pas de mettre la poésie au service de la révolution, mais bien de mettre la révolution au service de la poésie », afin d'en assurer le renouveau, la pénétration dans la vie quotidienne - en un mot :
    La réalisation -, et d'abolir ainsi la séparation entre la poésie et la vie vécue.

  • Les haïdoucs, bandits d'honneur de Roumanie, viennent de subir une terrible défaite. Cosma, leur chef, n'est plus. Les balles de la Potéra, milice à la solde des grands propriétaires et des seigneurs cupides, l'ont terrassé et ont mis fi n à ses actions en faveur des opprimés et des misérables.
    Quelque part entre les plaines du Baragan et les eaux éternelles du Danube, dans la Grotte aux Ours, ses hommes, harassés de fatigue, tentent de se réorganiser pour surgir à nouveau et le venger. Il y a là, parmi eux, Ellie le Sage, et sa fl ûte enchanteresse, Spilca le moine, Jérémie le fi ls de la forêt, et Motila le vataf, grande brute au coeur pur. Et à leur tête une femme, Florea Codrilor, « l'amante de la forêt, l'amie de l'homme libre, justicière de l'injustice ». Tous vont alors nous raconter leur histoire...

  • Résistant sous l'Occupation, vagabond céleste, sculpteur et dessinateur de talent, Jacques Yonnet est surtout connu pour son livre Rue des maléfices ;
    Un chef-d'oeuvre paru en 1954 et salué comme l'un des plus grands ouvrages consacrés à Paris.
    Quelques années plus tard, L'Auvergnat de Paris lui propose de tenir une chronique dans ses colonnes.
    Il y explorera pendant 15 ans bistrots et troquets, lieux magiques qui servent de fil conducteur à une déambulation littéraire et historique dans le Paris des marges. Ces récits ensorcèlent les lecteurs chaque semaine. S'y succèdent secrets des habitués du zinc, portraits de personnages hauts en couleur, légendes des différents quartiers de la ville, et contes empreints de sagesse populaire.
    Le meilleur cru de ces chroniques est réuni dans ce livre. On y trouve un zeste de la poésie de Prévert, la franche amitié de « Bob » Giraud, le style insolite de Queneau et l'oeil humaniste de Doisneau. Ce n'est pas un hasard si ceux-là - et bien d'autres encore ! - accompagnaient souvent Jacques Yonnet pour trinquer au bistrot du coin. Et tels des gamins émerveillés, ils l'écoutaient jusqu'au petit matin raconter ses mille et un enchantements de Paris.
    Alors, seul ou accompagné, tous au zinc ! Et, comme dirait l'ami Yonnet : « À la bonne vôtre ! »

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  • Nestor Makhno, protagoniste légendaire et damné de la guerre civile qui suivit la révolution russe de 1917, a déclenché un mouvement insurrectionnel autonome en organisant des paysans d'Ukraine et brandissant bien haut le drapeau noir de l'anarchie. La « Makhnovchtchina » comptera jusqu'à 50 000 partisans et la fulgurance de son action n'aura d'égal que son courage à livrer bataille : contre les Armées blanches, contre les nationalistes ukrainiens et finalement contre l'Armée Rouge. C'est cette épopée grandiose qui nous est racontée ici.
    Mais ce livre est aussi l'évocation d'un destin hors du commun, aussi tragique que celui du mouvement auquel il a donné son nom. Celui d'un homme, fils de paysans plongé au coeur de l'un des plus grands bouleversements de l'histoire, obligé de s'exiler loin des steppes qu'il a parcourues avec tant d'ardeur, et qui, après bien des aventures dans divers pays, devint ouvrier chez Renault et mourut dans une misère noire.
    Voici l'un des épisodes les plus glorieux, et pourtant méconnu, de la mémoire des vaincus.

  • Entre Amsterdam et Bruxelles, la petite Keetje raconte le quotidien d'une famille pauvre de neuf enfants. Dans ce conte cruel, digne de ceux des frères Grimm ou de Perrault, aucun prince charmant ne vient lui demander sa main - c'est plutôt la prostitution qui l'attend. Pas de monde enchanté chez Neel Doff, mais un récit par petites touches réalistes de son enfance, qui se transforme au fil des pages en peinture de la misère au xixe siècle.
    Elle nous fait sentir, dans un style dépouillé mais doté d'une grande puissance d'évocation, sa détresse quotidienne, ainsi que les rares moments de bonheur partagés avec les siens. On a parfois comparé ses écrits à ceux de Zola, qu'elle jugeait pourtant trop « inventés » et « superficiels » pour décrire avec justesse le vécu du peuple. Sans doute qu'éprouver la misère au plus profond de soi est une condition nécessaire pour créer une oeuvre aussi forte que la sienne ?
    Après avoir manqué de justesse le Goncourt en 1911 avec ce premier livre, Neel Doff, l'une des premières femme à avoir été en lice pour ce prestigieux prix, n'aura de cesse, le restant de son existence, de témoigner de ses malheurs d'enfant pour en préserver ses semblables.

  • Censés alléger le travail des ouvriers et accroître les gains de productivité, les systèmes automatisés ont été introduits dans les manufactures pendant la révolution industrielle et n'ont cessé, avec l'essor de la robotique et de l'informatique, de se développer par la suite.
    Tout d'abord dans l'industrie puis dans tous les domaines : de l'aviation civile à la médecine, en passant par l'enseignement, l'architecture, la finance, ou encore les ressources humaines.
    Mais l'automatisation s'est aussi immiscée dans notre quotidien via le développement des applications pour smartphone, des GPS, des robots ou drones domestiques - et bientôt des voitures sans chauffeur. Ces technologies, de plus en plus puissantes, se proposent de soulager notre esprit, de nous épargner des efforts inutiles et de supprimer frictions et ralentissements dans nos vies.
    En s'appuyant sur des études en psychologie, neuroscience, ergonomie, sociologie... et sur de nombreux exemples concrets, Nicolas Carr montre comment, à force de trop dépendre des systèmes automatisés et des technologies numériques, nous perdons notre autonomie, nos savoir-faire et notre pouvoir de décision, et faisons de moins en moins appel à nos sens, à notre expérience et à nos facultés intellectuelles. Il nous invite à remettre en question le primat de la technologie sur l'humain, et à nous opposer à l'automatisation intégrale de la société.

  • Rimbaud révolution

    Frédéric Thomas

    Rimbaud voulait que la poésie soit plus et autre chose. Que lui soit restituée, intacte, sa force. Pas seulement chant, mais aussi changement. Tout à la fois manque, annonce et promesse d'un bouleversement de toutes les relations et de tous les jours. Changer la vie. Démesurée et dérisoire soif qu'il poursuivait dans les fugues et les pages, les amours et les bars, et qu'il gardait au fond de lui, jusque dans le silence. Il écrivait comme il partait.
    C'est dans cette pratique et cet ailleurs que les surréalistes reconnurent en Rimbaud l'un des leurs. Il les accompagna, éclaira les enjeux poétiques et servit de catalyseur à la découverte de Marx. Et à son détournement. Au coeur du surréalisme se nouent le « transformer le monde » de Marx et le « changer la vie » de Rimbaud, le désenchantement de la magie bourgeoise et le désensorcellement de la modernité, le projet de « romantiser la révolution » et celui de disputer à la religion et à la fantasmagorie du Capital le pouvoir de leur enchantement.
    De la Commune de Paris à la rupture des surréalistes avec les communistes, du silence de Rimbaud au suicide de Walter Benjamin, ce livre se veut la chronique de cette onde de choc qui remonte l'histoire.
    Jusqu'à éclater dans la promesse d'une révolution, dont la poésie sera la raison et la mesure.

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  • De retour chez lui, un employé sans histoire trouve son appartement occupé, sa femme évaporée et finalement son existence complètement niée par une administration toute puissante. S'ensuit le récit insolite et angoissant d'une descente aux enfers, celle d'un réfractaire sur qui l'étau d'une gigantesque bureaucratie va se refermer.
    D'une rare noirceur, ce roman à la dimension étonnamment prophétique ne pouvait être écrit que par un franc-tireur de la littérature, doublé d'un authentique révolutionnaire.
    Il constitue un réquisitoire implacable contre le conformisme, la dissolution de l'identité, les réseaux de communication, la mutilation de la conscience.
    Quelque part entre Le Procès de Kafka, 1984 d'Orwell, et le film Brazil de Terry Gilliam, Le Gaffeur est l'une des grandes oeuvres qui décrivent un monde imaginaire pour nous aider à ne pas accepter le nôtre.

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  • Qualifié à sa mort, en 2014, de « grand fauve de l'édition », Jean- Jacques Pauvert, l'éditeur de Sade et d'Histoire d'O, est souvent réduit à un franc-tireur sulfureux. Cette image est un cliché. D'abord parce que Pauvert ne s'est jamais limité à la littérature érotique, construisant un catalogue original et d'une qualité rare. Ensuite parce qu'il n'a jamais cessé de ferrailler contre la censure pour le grand bien de tous. Et qu'enfin, éditeur à vingt ans, il restera plutôt, avec quelques autres, l'incarnation de l'éditeur indépendant.
    Surréalisme, 'pataphysique, dadaïsme, Cobra, situationnisme, rien de ce qui contestait ne lui était étranger. Il fut donc l'éditeur de la célèbre revue Bizarre et d'écrivains hors normes tels que Raymond Roussel et Boris Vian. Il fut proche d'André Breton, de Georges Bataille mais aussi de Jean Paulhan, puis plus tard de Guy Debord. Avec Jean- François Revel, il lança la mémorable collection « Libertés ». Et en mai 68, avec Siné, il publia l'explosif journal L'Enragé. Enfin, il rencontra le succès avec Albertine Sarrazin et Jean Carrière. Ce qui ne l'empêcha pas de perdre non seulement son indépendance, mais aussi sa maison et même... son nom.
    À partir de précieux fonds d'archives publics et privés et d'échanges avec les grands acteurs de la geste pauvertienne, l'auteure éclaire sous son vrai jour l'itinéraire plein de panache d'un éditeur au nonconformisme assumé, devenu sur le tard écrivain érudit. Itinéraire qui est aussi celui d'un provocateur-né, plongé dans un monde éditorial, politique et littéraire alors particulièrement effervescent qui nous est dépeint au fil des pages de ce livre passionnant.

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  • «Everything is free, do your own thing. » Automne 1966, c'est avec ce mot d'ordre que les Diggers, un petit groupe de jeunes révoltés issus du théâtre, cherchent à radicaliser les enfants-fleurs en train de converger vers San Francisco. Référence faite aux paysans anglais du XVIIe siècle menés par Gerrard Winstanley qui s'étaient appropriés des terres seigneuriales pour les cultiver en commun, les Diggers de San Francisco s'emparent du quartier de Haight Ashbury et y cultivent les graines d'une utopie en acte. Partisans du « théâtre guérilla », ils mettent en scène leur rêve d'une vie Libre et Gratuite, distribuent des repas, ouvrent des magasins gratuits, organisent de gigantesques fêtes., et réclament la rue comme théâtre de leurs actions politiques critiques, subversives et festives. Entrés dans la légende de la contre-culture avec le flamboyant roman autobiographique d'Emmett Grogan, Ringolevio, les Diggers ont traversé les années 1960 comme un de ces «orgasmes de l'histoire » qui jaillissent çà et là, aussi intense que court, et pour lequel il est autant question de révolution que de plaisir.

  • En 1905, alors que le régime tsariste se désagrège et que les soulèvements se multiplient en Russie, la voix de Léon Tolstoï s'élève au-dessus de la mêlée. Ce chrétien excommunié, constamment en butte à la censure, ne s'en prend pas seulement à l'autocratie ; il critique aussi les desseins des révolutionnaires, libéraux ou socialistes.
    Il accuse les meneurs urbains de tromper le peuple, de conduire les masses paysannes dans une impasse :
    Celle de la modernisation du pays, de son industrialisation et de son occidentalisation rampante. Peu importe la forme du gouvernement, qu'il s'agisse d'une monarchie absolue ou d'une république sociale-démocrate, puisque celui-ci est fondé sur la violence et l'oppression, il doit être combattu en tant que tel.
    Dans la lignée de Thoreau et de La Boétie, Tolstoï appelle à l'insoumission. Le pouvoir d'une minorité reposant sur la servitude volontaire de chacun, il s'agit de refuser d'obéir, de ne plus participer à un régime tyrannique, quel qu'il soit. L'affranchissement des travailleurs ne pourra venir que d'eux-mêmes, quand ils décideront de ne plus servir les puissants, quand ils choisiront le perfectionnement moral, l'entraide et la vie des champs, enracinés sur un sol soustrait à la propriété foncière. La terre et la liberté, l'autodétermination des paysans dans les communes rurales :
    Tel est l'horizon que défend l'anarchiste russe.

  • Face à la marche en avant du capital, voué à conquérir des territoires toujours plus reculés au dehors comme en dedans de nous-même, des voix s'élèvent et en appellent à prendre en compte les limites.
    Mais leur nature reste encore à définir : tel est l'objet de ce livre.
    Les limites sont constitutives de notre être-au-monde, elles lui donnent sa densité et sa saveur. Dans chaque moment de la vie quotidienne, nous évoluons dans un lieu précis du vaste monde, situé autour de notre corps et imprégné de nos manières d'être personnelles.
    Or le capitalisme s'attaque à cette dimension fondamentale, en sapant toujours davantage les possibilités de contact direct avec notre environnement.
    Aliments privés de goût par l'industrie, technologies nous donnant l'illusion d'être partout sans jamais être vraiment quelque part, transformation du travail en activité absurde et désincarnée, obsession de la santé nous poussant à gérer notre corps et notre « mental » comme un système performant : nous nous retrouvons en fait privés de monde, et par là de culture. Toutes ces formes de dépossession nourrissent un même mouvement d'abstraction de la vie.
    Alliant philosophie, sociologie et littérature, ce livre tente de déterminer où se situent désormais les résistances à opposer à la dynamique du capital, en redonnant à notre sensibilité une puissance politique.

  • Lire debord

    Le Bras L/Guy E

    Guy Debord n'a jamais laissé de répit à son objet d'étude, qui fut aussi son terrain de lutte : la société du spectacle. Suivant une trajectoire continue, ses oeuvres, les unes après les autres, ont mis au jour le canevas sur lequel se déploient, comme de la mauvaise herbe, les multiples avatars de la logique marchande : aliénation au travail, dépendance à la consommation, falsifi cation de la vie.
    De la même façon, Debord ne nous laisse, à nous lecteurs, aucun répit. On le savait déjà à travers les livres publiés de son vivant, qui montrent avec quelle ténacité il maintint jusqu'à la fi n le cap qu'il avait commencé à suivre au début des années 1950. Mais les notes inédites rédigées tout au long de sa vie pour des projets restés inaboutis incitent aussi à poursuivre sa réfl exion sur l'évolution des sociétés contemporaines, et sur les moyens d'enrayer son cours funeste. Ainsi faut-il décrypter ces documents rassemblés et publiés ici pour la première fois : notes préparatoires pour la poursuite de son oeuvre autobiographique et critique, défi nition des bases politiques de l'Internationale situationniste, ou encore un dictionnaire qu'il avait en projet dans les années 1980 en vue de critiquer la corruption du langage par le spectacle.
    Les commentaires et les mises au point qui accompagnent la publication de ces inédits permettent d'accéder à une meilleure compréhension de l'oeuvre de Debord. écrits par des auteurs de différents pays, ces textes abordent des moments précis de son parcours et traitent de thématiques variées et originales.
    Par leur richesse, leur clarté et leur érudition, ils entendent inviter à lire Debord - et le relire.
    Démarche plus que jamais nécessaire.

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