Philosophie

  • Funeste chimère promue au rang de technique thérapeutique face aux désastres en cours et à venir, la résilience érige leurs victimes en cogestionnaires de la dévastation. Ses prescripteurs en appellent même à une catastrophe dont les dégâts nourrissent notre aptitude à les dépasser. C'est pourquoi, désormais, dernier obstacle à l'accommodation intégrale, l'"? élément humain ? " encombre. Tout concourt à le transformer en une matière malléable, capable de "? rebondir ? " à chaque embûche, de faire de sa destruction une source de reconstruction et de son malheur l'origine de son bonheur, l'assujettissant ainsi à sa condition de survivant.
    A la fois idéologie de l'adaptation et technologie du consentement à la réalité existante, aussi désastreuse soit-elle, la résilience constitue l'une des nombreuses impostures solutionnistes à la critique de laquelle cet essai, fruit d'un travail théorique et d'une enquête approfondie menés durant les dix années qui ont suivi l'accident nucléaire de Fukushima, entend prendre part. La résilience est despotique car elle contribue à la falsification du monde en se nourrissant d'une ignorance organisée.
    Elle prétend faire de la perte une voie vers de nouvelles formes de vies insufflées par la raison catastrophique. Elle relève d'un mode de gouvernement par la peur de la peur, exhortant à faire du malheur un mérite. Autant d'impasses et de dangers appelant à être, partout et toujours, intraitablement contre elle.

  • Marx Hegel

    Guy Debord

    La lecture de Marx et de Hegel fut déterminante dans le processus de réflexion ayant mené à l'écriture de La Société du spectacle. Guy Debord, s'il s'inscrivait dans la tradition de la pensée marxienne, n'était pourtant ni marxiste ni hégélien. Mais il a trouvé chez ces philosophes deux formes de pensée radicales qui répondaient pleinement à ses préoccupations. À l'instar du système théorique de Hegel, capable d'appréhender dans un seul mouvement tout ce qui gouverne l'existence humaine, il s'est attaché à produire une analyse de la société marchande qui s'applique à l'ensemble de son mode de fonctionnement. Quant à Marx et à son entourage, leur parcours et leurs idées constituent pour lui un modèle pour l'organisation de l'activité politique et révolutionnaire de l'Internationale situationniste.
    Néanmoins, les spécificités de chaque auteur, et l'existence de deux dossiers de fiches de lecture bien distincts dans les archives de Guy Debord, ont été respectées dans ce volume constitué de deux parties : la première consacrée à Marx, la seconde à Hegel, l'une et l'autre faisant l'objet d'une postface revenant sur les apports précis de chacun à son oeuvre.

  • Stratégie

    Guy Debord

    La réflexion sur la stratégie est au coeur de la pensée de Guy Debord.
    Héritiers du dadaïsme, du surréalisme puis du lettrisme, lui et ses compagnons de route ont cherché un nouveau passage vers une contestation aussi large que possible des conditions de vie dans nos sociétés modernes. Ils n'ont eu de cesse de porter concrètement la lutte hors du champ de l'art, dans le domaine de la vie quotidienne :
    La révolution doit être d'abord la modification des perspectives au sein de cette vie. Les propositions théoriques de Guy Debord s'accompagnent ainsi tout au long de l'aventure d'un violent désir d'action pour faire changer la face d'un monde dont il rejette les faux-semblants, avec en ligne de mire la mise en oeuvre effective de son projet révolutionnaire. Le Jeu de la guerre imaginé par Debord dès le milieu des années 1950 témoigne de la place qu'a occupée dans sa réflexion la nécessité de penser stratégiquement tout projet d'action, quel qu'il soit.

  • La substance du capital

    Robert Kurz

    À partir d'une réactualisation de Marx, Robert Kurz propose une théorie critique de la société actuelle qui ne s'arrête pas à son écorce, mais l'attaque dans son noyau substantiel.

  • Découvrez Le mouvement situationniste - Une histoire intellectuelle, le livre de Patrick Marcolini. Dans les années 1960 et 1970, partout dans le monde, des révoltes éclatent contre l'emprise grandissante de la marchandise et de l'État sur tous les aspects de la vie. Les situationnistes ont contribué à forger les outils critiques de ce soulèvement généralisé, aux côtés d'intellectuels et de groupuscules influencés par le marxisme et l'anarchisme. Mais à la différence de ces derniers, - ils ne venaient pas tant du mouvement ouvrier que des avant-gardes artistiques du XXe siècle : Dada, le surréalisme, le lettrisme. Artistes en rupture de ban, mi-rebelles mi-voyous, les situationnistes s'étaient réunis sur la base d'un programme radical : le refus des conditions de vie faites à l'homme moderne, aussi bien dans les sociétés capitalistes avancées que dans les régimes dits communistes, et la volonté d'expérimenter de nouvelles formes d'existence et de communauté en rupture avec l'ordre établi. Ce livre analyse avec précision les racines culturelles des théories et des pratiques situationnistes. Il explore également leur postérité diverse et souvent contradictoire : entre récupération et radicalisation, du côté des intellectuels postmodernes ou de l'art contemporain, chez les stratèges du pouvoir néocapitaliste comme dans les rangs des révoltés d'aujourd'hui.

  • Le mouvement révolutionnaire s'est construit sur un refoulement : celui du socialisme utopique. Dès la fin du XIXe siècle, les propositions de Fourier, Saint-Simon et Owen ont été écartées par les marxistes car considérées comme non-scientifiques. Il est aujourd'hui grand temps d'en revenir à l'enseignement de ces maîtres-rêveurs. C'est ce à quoi s'emploie Martin Buber dans ce livre inspiré, source de réflexion incontournable sur les socialismes non-marxistes.
    Dans le sillage de Proudhon, Kropotkine et Landauer, il en dégage le principe philosophique : ce n'est pas l'Etat ou le marché qui fait société, mais bien les structures communautaires de voisinage, de travail et d'entraide, ainsi que leur capacité à s'associer librement. La conclusion de ce changement de paradigme est limpide : une révolution est condamnée à l'échec si elle n'a pas posé au préalable les fondations du monde auquel elle aspire.
    C'est donc ici et maintenant qu'il faut commencer à construire des structures de vie collective où chacun considère autrui comme son égal. Elles seront autant d'îlots de socialisme voués à s'agrandir et à se fédérer, pour aboutir enfin à la communauté des communautés.

  • Peut-on construire une société libre dans un monde aussi fragile que le nôtre ? Au cours des deux derniers siècles, la plupart des projets politiques qui avaient l'émancipation pour horizon ne se sont pas posé cette question, car tout leur paraissait possible. La raréfaction des ressources, la disparition des espèces et la pollution n'étaient pas prises en considération, la puissance des sciences et des technologies semblait alors sans limites. A contrario, l'écologie nous enseigne aujourd'hui que la liberté de l'être humain doit être mise en regard des restrictions qu'impose le monde physique.

    Sur commande
  • Venu du marxisme, dont il a constaté très tôt les impasses, Cornelius Castoriadis a voulu réinventer la révolution.
    Selon lui, la modernité voit s'affronter deux projets de société : celui d'une maîtrise rationnelle du réel et celui d'une autonomie de toutes et de tous. Le premier a donné des résultats désastreux en engendrant le règne de la technique et de l'économie. Le second reste encore à construire pour qu'advienne une société vraiment démocratique dans laquelle le peuple se gouverne lui-même, se passant de toute classe dirigeante.
    Castoriadis a mis en lumière les origines de ce projet d'autonomie qui remontent à la Grèce antique. Il en a analysé les expressions modernes, de la révolution russe de 1917 aux révoltes des années 1960. Mais surtout, il en a examiné les conditions pour que se développe une politique émancipatrice aujourd'hui : auto-organisation des luttes, pratique de l'égalité et sens des limites.
    Ce projet d'autonomie n'est pas un programme clés en main. Il est un imaginaire autant qu'une expérience.
    Il est un horizon, celui d'une société consciente du fait que le pouvoir est l'affaire de tous. C'est cette réflexion multiforme et souvent complexe que présente et questionne ce livre qui offre pour la première fois une synthèse claire, accessible et percutante de la pensée politique de Castoriadis.

  • En 1841 paraît un livre anonyme intitulé La Trompette du Jugement dernier contre Hegel l'athée et l'antichrist.
    Sa cible : la philosophie hégélienne, accusée de propager un esprit de subversion contre la religion et les institutions. OEuvre d'un dévot ou canular destiné à tromper l'oeil du censeur ? Stirner, Bakounine, Engels s'enthousiasment pour ce brûlot qui livre les clefs d'une lecture radicale de Hegel. Bientôt, des noms circulent :
    Il serait l'oeuvre impie d'un célèbre théologien, Bruno Bauer, et de son disciple encore inconnu, un étudiant nommé... Karl Marx.
    Dans l'essai qui accompagne la republication de ce pamphlet, Nicolas Dessaux démontre qu'il s'agit bien du premier livre publié de Marx. C'est l'ancrage dans la philosophie hégélienne qui donne toute sa puissance révolutionnaire à la théorie marxienne, inspirant non seulement sa critique de la religion mais aussi sa critique du capitalisme en tant que religion. Et l'on redécouvre ainsi un Marx humaniste, dialecticien, critique de l'aliénation, aux antipodes de l'image pétrifiée qu'en a donné le marxisme orthodoxe.
    Un texte indispensable pour connaître les prémisses philosophiques de la pensée marxienne.

    Sur commande
  • Notre époque a la critique qu'elle mérite. Les pensées des intellectuels contestataires convoqués par les médias, révérés à l'université, considérés comme subversifs dans le monde militant - de Michel Foucault à Alain Badiou en passant par Toni Negri - participent au déploiement du capitalisme avancé. En s'acharnant à détruire les modes de vie et de production traditionnels, en stigmatisant tout lien avec le passé, en exaltant la mobilité, les processus de modernisation incessants et la puissance libératrice des nouvelles technologies, cette fausse dissidence produit les mutations culturelles et sociales exigées par le marché.
    Percevoir le libéralisme comme un système foncièrement conservateur, rétrograde, autoritaire et répressif, entretient le mythe d'une lutte entre les forces du Progrès et celles du passé.
    A contrario, d'autres penseurs conçoivent le capitalisme comme un fait social total qui développe l'esprit de calcul, la rationalité instrumentale, la réification, l'instantanéité, le productivisme, la dérégulation des rapports humains, la destruction des savoir-faire, du lien social et de la nature, et l'aliénation par la marchandise et la technologie. Ce livre nous présente, de manière simple et pédagogique, les réflexions de vingt d'entre eux. Il nous fournit ainsi les armes intellectuelles pour ne pas servir le capitalisme en croyant le combattre, et pour en faire une critique qui soit vraiment radicale.

  • La technique et la chair Nouv.

empty