De L'attente

  • Rikiki

    Aurélia Declercq

    Avec des mots tour à tour tranchants et veloutés, une syntaxe acérée mais un phrasé soyeux, Aurélia Declercq nous entraîne dans la petite grotte, la gorge derrière la glotte, où la nature physique abdique ses lois devant celles de la profération et de la projection, de la lecture et de la rature, d'une métamorphose verbale continue et néanmoins brutale. Il vaut la peine de la suivre dans ce détroit de tissu et de chair déchirés. La voix qui nous guide est déjà reconnaissable entre toutes. (Extrait de la préface de Pierre Alferi) /// Extrait (p. 54) : Remise du deuil à moitié je me suis rappelée qu'on était dans une sorte de cave ceci explique cela. Toujours pas d'Elsa dans l'angle de vue, pas de tapis rouges tapissés bientôt cavés. Disant bientôt cavés je trébuche, presque c'est la chute totale dans pigeon tout emplumé, trébuchée là un tchin aux fabuleux clowns qui nous enchantent encore : à Keaton titubant, sa blessure cicatrisée c'est-à-dire à la seconde. Ramassée je vois le visage de Keaton ici, je vois dentelle et autres tissus sur ses cils, enchanté Keaton, bienvenue dans le jabot. J'imagine, Keaton tu as dû tomber dans l'oiseau, tomber bien tomber là, toboggan à ton tour. Dans sa chute, dans son gag pigeon, je vois une broderie lézarde, une crevasse toute cousue, chute un peu fibrée rien de tel qu'un birdy pour les clowns encore d'aujourd'hui. /// Aurélia Declercq (1993) est née à Bruxelles et vit à Paris. Après un diplôme en psychologie clinique et des recherches sur la fonction du néologisme dans les processus langagiers dits psychotiques à l'Université Libre de Bruxelles, elle rejoint l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris afin de poursuivre ses réflexions sur la matérialité du langage. RIKIKI est son premier livre et il suit une série de publications de textes théoriques (Flux News, le Point Contemporain, Université Libre de Bruxelles) ainsi que poétiques (11 Mars 1978 Serendipity, DO IT, revue Dissonances, A) GLIMPSE) OF) Issue).

  • « Mais voilà que le zéro est arrivé, répandant ses méfaits à travers toute l'Europe chrétienne. » Réunissant intimement esprit critique et travail de poésie, Rosmarie Waldrop embarque ici dans l'histoire humaine (grandes découvertes, guerre d'Irak, musique, peinture, finances, croyances, philosophie) pour observer les progrès de notre pouvoir d'abstraction qui, malgré tous les ponts qu'il édifie sur le vide, ne le résoudra jamais. /// Extrait (p. 29) : MATÉRIAUX /// J'ai une vieille aversion pour la pierre, les associations culinaires avec l'argile, et une horreur du plastique. Creux et bosses. L'imprécision des contours soulève des doutes que le marbre a résolus mais j'ai toujours eu envie de faire un croc en jambe aux statues. Entourées qu'elles sont de voyeurs, elles raidissent leur absence de colonne vertébrale pour refuser à la fois la théorie précise et la vérification approximative. Comme des vierges. Ai-je besoin du mutisme de la matière pour m'inquiéter de sa réalité ? La nuit tombe vite, comme une perte d'équilibre, comme la mort vient au soldat, avec du change en poche. Et puis il y a ces phrases que je saisis pour les tordre. Elles s'écroulent bruyamment devant le mot identitaire, soulevant un vent vide entre les fragments.

  • Tiroir central

    Sophie Coiffier

    Comment atteindre le fondamental en partant du dérisoire, d'un fouillis inquiétant et familier ? Nous sommes perdus, "lost in translation", égarés dans le langage, dans des espaces difficiles à habiter, entre les cases des formulaires... Les chapitres-dossiers de ce tiroir central exposent des repères qui font signe : découvrir un certain sens au désordre, s'y reconnaître, retrouver un passage, un endroit déjà connu et de là, enfin, tracer son chemin, singulier et multiple. Un livre qui questionne de manière incisive l'ordre du monde contemporain et déstabilise quelque peu les fondements politiques d'aujourd'hui. L'autrice nous dévoile en prime la recette du pâté de couleuvres, tout en essayant de résoudre les équations épineuses d'un quotidien qui déménage...

    Sur commande
  • Une enfance Nouv.

  • Le peigne-cocotte

    Fred Léal

    Le bon docteur récidive avec son septième opus aux éditions de l'Attente, quatrième dans la série des "peignes", ces témoignages décoiffants d'un médecin appelé en remplacement dans les campagnes du Sud-Ouest. Avec son écriture diffractée par les interférences de la réalité, Le peigne-cocotte vole allègrement dans les plumes du pittoresque rural.

  • « Sur l'île de Tahiroha, le jour du Vendredi saint, les cannibales convertis au christianisme ne mangent que des marins. » L'écrivain lisboète exilé Jaime Montestrela (1925-1975) écrivit ces «contes liquides» à Paris, de mai 1968 à juin 1972, au rythme de deux ou trois par semaine. Plus de mille, donc. Nous en présentons ici quatre-vingts, ce qui n'est pas mal, compte tenu du fait que le traducteur ne parle pas portugais.

    Livre préfacé par Hervé Le Tellier, postface de Jacques Vallet. Avec un dessin de Fernando Puig Rosado en ouverture.

  • Album photo

    Jérôme Game

    Traversant le flux des images qu'on produit et reçoit en continu aujourd'hui et sur lesquelles nos yeux glissent à vive allure, ce livre cherche à ralentir notre regard, à lui redonner une prise concrète sur le monde via une multitude de photopoèmes. Ces images-récits sonnent comme des débuts, ouvrent sur des possibles, invitent à faire un pas de côté hors de la frénésie pour retrouver un regard sensoriel et critique. Dans ce livre comme trempé dans du révélateur poétique, un contrechamp s'ouvre à même la photogénie de la globalisation.

  • 33 sonnets plats

    Frédéric Forte

    « et s'il manquait au sonnet l'une de ses trois dimensions ?
    Et s'il s'en écrivait quand même ?
    On les aimerait quand même ?
    (non ce n'est pas de la science-fiction) » Voici comment l'auteur nous introduit à ces 33 sonnets plats, donc 33 poèmes de quatorze vers composés de deux quatrains et de deux tercets, et dont la troisième dimension fait toute la « platitude » dont on se régale. De la mécanique de haute précision !

  • Banzuke

    Frédérique Forte

    Les poèmes de ce livre ont été composés en utilisant le banzuke du Haru Basho (tournoi de Printemps) 2000 ; sont portraiturés les 40 meilleurs lutteurs de ce tournoi-là. Le nombre de vers de chaque poème est déterminé par le nombre de victoires remportées par le lutteur dans le tournoi. S'il a abandonné, il n'a droit qu'à un monostique. S'il était absent, eh bien il est withdraw (forfait). (Extrait du préambule de l'auteur)

  • Ce livre

    Guy Bennett

    Ce livre détaille les clés théoriques et techniques de la matière textuelle qui le constitue. Il engage un processus littéraire presque entièrement axé sur lui-même.
    Sorte d'autoguide poétique, il n'est pas sans rapport avec Poèmes évidents (du même auteur, paru en 2015).

  • Cela commence ainsi : « Vous allez avoir à construire un village. Pour construire le village, vous allez avoir un certain nombre de choses à respecter et de consignes à suivre. La moitié droite est la moitié droite du village. La moitié gauche est la moitié gauche du village. L'entrée est face à vous, la sortie est à l'opposé. » Puis, sont empruntées au fur et à mesure toutes les possibilités du langage pour manipuler son « auditoire » : l'affirmation, la démonstration, l'insinuation, la menace, la prédiction, la litanie, la répétition, la contradiction masquée, le non-sens.

    L'exagération, l'exacerbation, l'emballement de tous ces moyens constituent une façon d'augmenter la pression, de poser aussi la question du langage et de retourner tous ces discours contre eux-mêmes ou contre ceux qui les emploient - jusqu'à une sorte de final qu'on voudrait paradoxalement libérateur. On reconnaît ainsi tout au long du texte les formes de discours du côté où la parole est pervertie - discours politiques, discours des sectes, slogans publicitaires, jargons divers, paroles spirituelles ou paroles de coach - où la réalité est prise chaque fois sous le prisme grâce auquel on entend la déformer selon les objectifs voulus - sciemment ou non. Pour notre plus grand bonheur possible dans le meilleur des mondes possibles.

  • Un basculement intime au moment d'un basculement politique, on a vu le temps fléchir, on ne peut pas faire autre chose qu'espérer. La narratrice prend la route, rencontre des réfugiés dans une forêt de l'Aude, un voleur de bateau en Méditerranée, une infirmière peu conforme à confondre et des squatteurs à Besançon. C'est ça : la narratrice tente de se frotter au monde, de le rencontrer - mais voilà, cela semble vain. Restent les étapes nommées, les Gertrude Stein, Dashiell Hammet, Pere Gimferrer, Jean-Patrick Manchette et Virgile.

    C'est un road movie, une fuite, une fille, la narratrice a bel et bien l'impression qu'elle fuit un crime qu'elle a commis et oublié, un corps gît au centre d'une pièce ; au bout de la course, au moment du retour, c'est elle-même la narratrice qui se retrouve allongée au sol, au centre - et si quelqu'un court encore dehors, en liberté, dans le monde bel et bien rejoint, c'est une sorte de soeur, de double : « court, sandales aux pieds traversant les territoires les muscles bandés le coeur vif et la force du taureau, une qui est sans fatigue ».

  • Se fixant comme contrainte d'écrire cent textes constitués de cent mots chacun, l'auteur nous promène dans une dimension qui côtoie la fiction, l'histoire littéraire, la politique, le burlesque ou l'intime. Chaque paragraphe est autonome, étonne et percute par sa justesse, par sa finesse. L'ensemble se tient en un corps kaleïdoscopique à la fois poétique et réflexif sur notre société, non dénué d'une certaine touche comique.

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