Métailié

  • Dans les années 30, sept opposants au nazisme s'enfuient d'un camp.

    Un formidable appareil policier est mis en branle pour les retrouver et sept croix sont dressées. Aidés par la solidarité ouvrière ou bien trahis par des voisins ou des inconnus, combien des fugitifs seront capturés ?
    Dans ce roman de l'Allemagne nazie écrit pendant son exil en France, Anna Seghers dresse une fresque polyphonique et dépeint une société dans laquelle le national-socialisme et la montée du totalitarisme révèlent en chacun les aspects profonds de son être : héroïsme insoupçonné de l'un, lâcheté d'un autre, ou simple peur existentielle et fragilité face à un système conçu pour broyer toute résistance visant non seulement l'individu mais sa famille, ses proches.
    /> Anna Seghers, qui, pour écrire son récit, a longuement écouté et recueilli les témoignages d'exilés, trace le portrait d'une humanité proche de nous : « Nous avons tous ressenti comment les événements extérieurs peuvent changer l'âme d'un être humain, de manière profonde et terrible. Mais nous avons également ressenti qu'au plus profond de nous il y avait aussi quelque chose d'insaisissable et d'inviolable. »
    Ce roman, publié pour la première fois aux États-Unis en 1942, a connu un immense succès international : il a même été envoyé aux soldats américains partis libérer l'Europe.
    "Bouleversant de précision, le style de Seghers hisse ce roman au niveau d'une méditation universelle sur l'amitié comme élan indestructible, la solidarité comme lâcheté surmontée." - Jean Birnbaum, Le Monde des livres
    "Un chef-d'oeuvre réédité" - Jean-Claude Lebrun, L'Humanité
    "Une nouvelle traduction donne tout son souffle à ce roman magistral." - Le Temps


  • En exergue l'auteur a écrit : "Ce roman rapporte des événements réels. Les personnages ne sont pas inventés."

    Konstantin Boggosch n'a jamais connu son père, Gerhard Müller, nazi notoire et criminel de guerre. Toute sa vie, il n'a de cesse de fuir ce lourd héritage : il change de nom, quitte son pays, tente de s'enrôler dans la Légion étrangère à Marseille, devient secrétaire pour un groupe d'ex-résistants cultivés, revient en rda après la construction du mur quand tout le monde veut la quitter, s'inscrit aux cours du soir tout en travaillant chez un libraire et finit directeur de lycée dans une petite ville.
    Son frère Gunthard, lui, fait tout le contraire ; fier de son héritage, il s'estime trahi par son pays et en tire un ressentiment profond ; il essaye de récupérer l'usine de son père et de retrouver son statut - quitte à devenir un beau salaud.
    Malgré leurs efforts, ni l'un ni l'autre ne parviendront à échapper à l'histoire, condamnés qu'ils sont à être à jamais les "fils de" dont le destin est écrit par d'autres avant même leur naissance.
    Le père de Christoph Hein était pasteur, un grave crime idéologique dans la rda des années 50, ce qui l'a empêché de faire des études et l'a obligé à vivre sa propre existence dans les failles du système.
    Sous les apparences d'un formidable roman d'apprentissage et d'aventure, mené par un jeune homme énergique et sympathique, Christoph Hein nous fait traverser comme en passant soixante ans d'histoire allemande et offre une brillante réflexion sur la mémoire historique.
    « Un de ces romans d'aventures qu'on ne peut plus lâcher. » - Der Tagesspiegel
    « Un grand roman, intelligent et prenant, sur l'Allemagne de l'Est depuis la guerre jusqu'à aujourd'hui. » - Frankfurter Allgemeine Zeitung

  • On ne fera pas croire à Lucia Binar, vieille dame indigne, fan de poésie, que le monde ira mieux quand sa rue des Maures sera rebaptisée rue des Morues. Elle a bien d'autres chats à fouetter, entre sa clavicule cassée, son propriétaire qui - gentrification oblige - veut la forcer à partir de l'appartement où elle est née et son repas chaud qui n'arrive pas. Quand les services sociaux de la ville lui recommandent de manger des biscottes en attendant la semaine suivante, elle sort de ses gonds et décide de retrouver l'employée pour lui dire ses quatre vérités. En attendant, les ascenseurs ont des comportements irrationnels, les hommes (moitié bachkirs, moitié tchouvaches) préfèrent raconter leur histoire plutôt que faire l'amour, les chauffeurs de taxi se répandent en invectives racistes, et Viktor Viktorovitch propose de découvrir les mystères de nos tréfonds et de pénétrer l'Esprit universel - mais dans quel état en sortira-t-on ?
    Tout va de travers chez Vladimir Vertlib, et si la réalité est étrange, les gens semblent encore plus altérés : veules, vulgaires, racistes et haineux, tout le monde en veut à tout le monde et sans la magie russe, on serait dans de beaux draps.
    Avec une incroyable agilité et un sens de l'humour à toute épreuve, Vertlib nous embarque dans une ville au bord de la crise de nerfs, sous le signe de Kafka et Boulgakov. Une critique acerbe et sans concessions du politiquement correct et du mythe de l'identité par un grand maître de la narration.
    « Un éclairage satirique des coins les plus sombres de l'âme viennoise. Impossible de ne pas penser au Maître et Marguerite de Boulgakov. » - Austria Presse Agentur
    « Vertlib, grand conteur, sait écrire une critique mordante de situations d'une grande actualité. » - Tagespiegel


  • Dans cette famille "silencieuse et dispersée' il manque pas mal de pièces.

    Carl, Nora, Paulina et leur cousin, le narrateur, n'ont jamais connu leurs grands-parents. Tandis que d'autres découvrent le passé dans les albums de famille, les quatre adolescents ne tombent que sur des photos découpées, des non-dits, des mensonges.
    Ce qui est soigneusement tenu secret dans la famille, et que les parents ne veulent surtout pas connaître, c'est l'histoire du grand-père pendant le Troisième Reich, qui abandonne sa fiancée pour s'engager dans la légion Condor et bombarder Guernica.
    Qui est cette "vieille', avec qui il s'est remarié et qui fait tout pour effacer son passé ? Et qu'est donc devenue cette grand-mère soprano aux beaux yeux italiens ?
    Sur les collines de la ville, où flottent de mystérieuses spores, le jeu innocent tourne à l'obsession et finit par éloigner le narrateur de ses cousins.

    Fiction et réalité se mélangent, peut-être qu'il vaudrait mieux tout oublier. Mais comment oublier ce qu'on ne connaît pas ?

  • Toutes les nuits, Anita, médecin urgentiste, parcourt Berlin dans une ambulance de premiers secours.
    Elle aime son métier et le fait bien, sauve des vies à un rythme digne des meilleures séries télé au cours d'opérations méticuleuses qu'on suit avec passion, dans une ville tentaculaire qui ne fonctionne pas si bien que ça. Le jour, elle essaie de survivre aux complications de sa vie sentimentale qu'elle mène avec une incroyable maladresse.
    Son mari, médecin, l'a quittée pour une femme douée pour la décoration intérieure, qui désire une vie parfaite de confort et d'élégance.
    Son fils adolescent a l'air de préférer ce confort aux capacités d'improvisation de sa mère.

    Un roman au rythme entraînant et au timing totalement maîtrisé.

  • Pour son 750e anniversaire, la petite ville de Gigricht en Allemagne décide de favoriser l'intégration des étrangers : 5000 marks sont offerts à ceux qui auraient quelque chose d'intéressant à raconter. Rosa Masur, vieille Juive russe à qui on ne la fait pas et dotée d'un sens de l'humour à toute épreuve, se porte candidate. Elle a l'anecdote du siècle.
    Un siècle qu'elle a vécu de bout en bout, avec ses révolutions, ses guerres mondiales, ses soubresauts. Petite Juive dans un village biélorusse où les pogroms ne sont jamais loin, jeune fille émancipée dans la Leningrad des années 20, ouvrière dans une usine textile, puis traductrice de l'allemand... Pendant l'interminable siège de la ville, mère de deux enfants, elle fait du bouillon avec la colle du papier peint, alors que ses voisins dévorent leur canari, ou pire ; après la guerre elle doit batailler pour que son fils puisse étudier, l'antisémitisme étant entretemps revenu à la mode.
    Sorcières, apparatchiks, soldats, cannibales, passeurs, commères défilent dans une épopée menée tambour battant par une femme extraordinaire, drôle, intelligente, et qui n'a pas froid aux yeux. Même face à Staline.
    Vladimir Vertlib écrit là un grand roman russe, énergique, fascinant, qui vous emporte à sa suite aussi sûrement que le cours de l'Histoire.
    « Vladimir Vertlib n'a pas à craindre la comparaison avec Joseph Roth ou Isaac Singer, ni avec leurs personnages abîmés par la vie et torturés par leurs sentiments de culpabilité et leurs excès. L'oeuvre, que le lecteur dévore d'un bout à l'autre avec passion, distille l'histoire européenne à l'époque de ses grands bouleversements. » - Frankfurter Allgemeine
    Prix Adelbert Von Chamisso
    Prix Anton Wildgans

  • Deux otages dans le désert irakien.

    Ballottés d'un lieu à un autre, d'un groupe crapuleux à une bande de fanatiques, transportés dans des camionnettes brûlantes, le visage couvert d'une cagoule, jetés dans des réduits, des caves, cachés ou exhibés, menacés, molestés, ils ne savent pas où ils sont ni avec qui. La poussière est asphyxiante, la peur aussi, l'attente les consume lentement.
    Dans ce huis clos étouffant, deux hommes se jaugent, s'affrontent : Osama, l'interprète, ex-pilleur de tombes, aux prises avec un épisode peu glorieux de son passé, et Albert, l'archéologue allemand venu "faire le bien" mais incapable d'échapper à ce qu'il est.
    Sherko Fatah explore avec son talent d'écrivain confirmé ces déserts troubles, si lointains qu'ils nous semblent irréels, où l'enlèvement est un marché florissant. Il s'interroge sur la possibilité d'un dialogue entre deux hommes qui partagent le même destin, mais n'ont pas le même monde, et sonde les gouffres qui, malgré tout, subsistent entre eux.

    Un thriller littéraire au plus brûlant de l'actualité.



    Prix Adalbert von Chamisso 2015

  • Bagdad, 1930.
    Le jeune Anouar rêve de belles maisons, de voyages et peut-être un peu de la soeur de son ami juif. Il rêve de devenir quelqu'un, mais il n'est qu'un petit voleur dont le talent se résume à sa grande habileté à escalader les façades des maisons pour les dévaliser et voir la ville depuis leurs terrasses.
    Pris dans le tourbillon du déclenchement de la guerre il tombe dans les réseaux de l'organisation des Chemises noires irakiennes. Ce qui lui vaudra de devenir factotum du grand mufti de Jérusalem réfugié à Bagdad et allié aux nazis pour combattre les Anglais en Palestine. Il fait partie de sa suite à Berlin en 1941. Là il sera enrôlé dans une légion musulmane des Waffen-ss chargée de la répression des résistants en Biélorussie et à Varsovie.
    Anouar reviendra brisé et défiguré à Bagdad, où il reconnaîtra à l'hôpital où il travaille un médecin SS rencontré sur le front de l'Est.

    Avec cet incroyable roman d'aventures, à l'écriture prenante, dense, dépouillée, Sherko Fatah nous fait découvrir une histoire dont les répercussions nous ouvrent les yeux sur le présent du Moyen-Orient.

  • Maja Haderlap raconte l'histoire d'une fillette et de sa famille, mais aussi l'histoire d'un peuple, la minorité slovène en Autriche.

    Elle raconte une enfance dans les montagnes de Carinthie, et son écriture sensible fait entendre les bruits de la maison et du village, les disputes des parents, elle fait sentir les senteurs de l'été, le parfum de la cuisine de sa grand-mère.
    Son héroïne est aussi une adolescente qui essaie de trouver sa voie dans un univers extrêmement étouffant, englué dans les réminiscences du passé familial et du passé slovène.
    La Seconde Guerre mondiale est certes terminée depuis longtemps, mais pour la minorité slovène elle est encore omniprésente, marquée par les règlements de comptes, les rapports difficiles avec l'Autriche et la présence d'une frontière quasiment infranchissable avec la Slovénie pour cause de guerre froide. En grandissant la jeune protagoniste lutte pour rassembler les fragments épars de l'histoire familiale et finit par trouver son propre chemin et son salut dans l'écriture.
    « Maja Haderlap a écrit une histoire puissante... Il n'y avait jamais eu encore de grand-mère comme celle-ci, de père pauvre et désenchanté comme celui-ci, de morts comme ceux-ci, d'enfant comme celle-là. » - Peter Handke
    « Très fortement autobiographique, ce roman est un document, écrit dans une langue éminemment poétique, une « recherche » qui mène le lecteur dans les profondeurs d'une histoire de l'Autriche que les protagonistes sont loin de maîtriser. » - Paul Jandl, Die Welt
    « Maja Haderlap a écrit son roman dans une langue poétique dans laquelle le temps est un « glacier flegmatique » qui broie tout ce qui a semblé merveilleux et immuable à la jeune protagoniste. » - Wolfgang Hbel, Der Spiegel


  • C'est quoi le programme ? demande Flick à tout bout de champ, c'est quoi le prochain boulot ?

    Flick est un homme à tout faire qui n'a plus rien à faire. Réparateur de choc, ouvrier-modèle, il a passé sa vie à écumer les mines de lignite de la Lusace, en RDA. Mais depuis la chute du Mur, les mines ferment, les machines sont à l'arrêt, et Flick est viré. Déboussolé, Flick va pointer à l'Agence pour l'emploi : il veut du travail, on lui donne des jobs, il veut agir, on lui demande de se calmer.
    C'est un homme d'action, prêt à intervenir, à foncer dans le tas, faire quelque chose. Du coup, il enchaîne les missions les plus rocambolesques, au risque de faire du dégât, le boulot n'étant pas toujours livré avec son mode d'emploi. Armé de son casque rouge, ses mousquetons, sa corne d'appel, flanqué d'un petit-fils à capuche sympathique mais flemmard, il écume, lui le réparateur, toutes les formes du travail contemporain : cueilleur de fraises, gardien d'oeuvres d'art, tronçonneur municipal...
    Don Quichotte contemporain, il franchit les frontières, participe à tout, se fâche avec tout le monde, sans jamais perdre son irrépressible envie de travailler.
    Volker Braun signe ici une fable explosive, où le travail est tout aussi aliénant quand on en a que quand on n'en a pas son Flick, vieux de la vieille, fanatique du boulot, est le parfait représentant de ce grand bousillage que nous vivons aujourd'hui.

  • Après avoir décroché d'études de droit pourtant assez brillantes, Anton a essayé de s'en sortir comme chauffeur de taxi. Maintenant il vit dans un foyer d'hébergement, dans l'attente du procès qu'ont intenté contre lui les banques pour une dette de 3000 euros. Il se réfugie dans le sommeil, et les rêves.
    Denise est caissière et élève seule sa fille. Pour arrondir ses fins de mois, elle a tourné dans un porno diffusé sur Internet et attend depuis des mois le cachet de 3000 euros. Malgré les crises de panique quand elle sent sur elle le regard des hommes et s'imagine qu'ils la reconnaissent, elle est décidée à se battre pour réclamer son dû. Les réseaux sociaux, la téléréalité, l'alcool et les amphétamines remplissent le vide de son existence.
    Anton et Denise se rencontrent à la caisse du supermarché, se rapprochent un bref moment sans illusions. Les dénouements heureux, constatent-ils l'un et l'autre, n'existent que dans les rêves.

    Dans une écriture violente et lucide, Thomas Melle donne à voir la réalité sociale froide, dure, de la marginalité.

  • Née en 1968 en Voïvodine (alors yougoslave, aujourd'hui en Serbie), Melinda Nadj Abonji a d'abord été élevée en hongrois par sa grand-mère. Elle a rejoint à six ans ses parents à Küsnacht, en Suisse.
    Deux patries, deux langues, deux libertés.
    C'est sur cette expérience que repose Pigeon, vole.
    La narratrice Ildikó Kocsis y raconte alternativement des histoires d'émigration et des anecdotes de Voïvodine. La famille Kocsis a trouvé son bonheur en Suisse. En 1993, elle ouvre son propre restaurant au village. Mais pour en arriver là, il aura fallu aux parents, Rosza et Miklós, de la force, de la patience et de l'humilité. Les deux filles, Nomi et Ildikó, donnent un coup de main mais aspirent à conquérir leur liberté.
    Elles ne veulent plus se laisser humilier et insulter parce que étrangères.
    Sur un ton vivace, coloré et plein d'esprit, Melinda Nadj Abonji raconte ces deux aspects d'une émigration et d'une intégration réussies. L'auteur démontre une grande virtuosité stylistique, capable de construire une forme musicale et un style extrêmement souple tout en conservant la limpidité de sa narration. Elle maîtrise ses différentes langues et en utilise musique et images pour élaborer ainsi une structure rythmique subtile, et pourtant facile à lire, elle nous conduit entre humour et tendresse à la fois à la recherche du secret du grand-père et à la poursuite des aspirations des deux soeurs.

    Le lecteur est aussi fasciné par la vitalité et la modernité de ces jeunes femmes que par le rythme de l'écriture.


  • Monsieur Blanc est suisse et convaincu qu'il vit dans le meilleur pays du monde.

    Il n'a fait que deux voyages : l'un pour respecter la volonté de son père et faire ses études à Cambridge, l'autre fut un déplacement professionnel offert par son employeur, pour le remercier, à quelques mois de sa retraite. Sa vie tout entière a été vouée à un échec radical.
    Il n'a connu que trois femmes : sa mère, avec laquelle il a vécu en osmose et dont la mort l'a plongé dans une dépression profonde.
    Heike, rencontrée en Angleterre et qu'il n'a pas épousée parce qu'elle ne voulait pas vivre en Suisse.
    Et Vreni, épousée sur le tard par raison, inconsolable de la mort de son premier mari, comme lui-même l'est de la perte de Heike. Sous le choc de l'annonce de la mort de Heike, il imagine ce qu'aurait pu être sa vie.
    Roman Graf sait donner vie à ses personnages par la description des choses et des actes du quotidien. Dans la distance, sans pathos, il dit le vide de la vie d'un homme ordinaire. Son écriture subtile révèle à la fois le pessimisme et l'humour corrosif de l'auteur. Il fait ici le portrait d'un homme qui ne laisse pas indifférent et qu'on n'est pas près d'oublier.
    Au bout du compte, le lecteur se demande comment on peut être suisse, allemand, polonais et tout simplement européen.

    Ce premier roman a été salué par la critique et a reçu le Prix littéraire de la Ville de Brême.

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