Antoine Blondin

  • "Au fil d'une année, les voitures des quat' saisons proposent sur les marchées un fouillis de primeurs contrastées en volumes et en couleurs. Il arrive pourtant qu'un oeil sensible découvre une harmonie sous ces disparates : pommes de terre nouvelles, carottes nouvelles, tomates nouvelles... L'auteur de ce livre, à l'éventaire duquel on ne trouve que des nouvelles, tout court, ne souhaite pas autre chose. Il a choisi de remonter le cours des quatre saisons, de l'hiver au printemps, parce qu'ayant été cueilli à froid, il a essayé de terminer sur un coup de grâce."

    Ainsi Antoine Blondin présentait-il Quat' saisons, couronné du Prix Goncourt de la nouvelle en 1975. Le présent recueil est augmenté de six nouvelles parues en 2004 dans Premières et dernières nouvelles.

  • Un singe en hiver

    Antoine Blondin

    Le chauffeur n'avait plus le loisir de ralentir... Immobile, le ventre à toucher le capot, les pieds joints, Fouquet enveloppa d'un mouvement caressant la carrosserie de la voiture qui filait contre lui ; un instant, il donna l'impression qu'il allait abandonner sa veste au flanc hérissé de l'auto, mais déjà celle-ci l'avait dépassé, et, coinçant son vêtement sous son bras, il libéra sa main droite pour saluer à la ronde les spectateurs qui s'exclamaient diversement.
    "Ollé", dit-il...

  • "Alors que la postérité d'Antoine Blondin est souvent trop réduite à des clichés - les Hussards, le brillant chroniqueur sportif, son goût des jeux de mots et des calembours, les frasques de comptoir et les dérives éthyliques de légende immortalisées notamment par l'adaptation d'Un singe en hiver par Henri Verneuil et Michel Audiard -, il faut revenir aux textes.
    Derrière la mythologie du chantre du Tour de France et des exploits rugbystiques des frères Boniface, sous le folklore de l'ivrogne bagarreur, il y a un merveilleux styliste qui dans ses meilleurs moments est l'un des purs écrivains de langue française. Reprenons ainsi Monsieur Jadis dont certaines pages semblent avoir été écrites pour être lues à voix haute, comme pour une dictée ou une prière."
    Extrait de la préface de Christian Authier

    Dans un fier sursaut de jeunesse, un quinquagénaire se laisse prendre dans une rafle de routine, sous le climat contemporain de Saint-Germain-des-Prés. Conduit dans l'un des rares postes de police qu'il ne connaisse pas encore, on l'y retient pour une vérification d'identité.
    À la lumière de cette opération à double sens, qu'il mène pour son propre compte sur le plan de la mémoire, il voit surgir, sous le nom de Monsieur Jadis, le jeune homme qu'il a été, dans d'autres nuits, en d'autres temps, dans d'autres commissariats de police.
    "Ma vie est un roman", entend-on dire couramment. Le narrateur prend cette assertion au pied de la lettre. L'image d'une silhouette légère sur la crête des rencontres, des amitiés, des amours, pourra-t-elle satisfaire le farouche jeune homme dont il s'est fait une joie de partager un instant la cellule, ou bien devra-t-il constater qu'il a voulu se mêler à qui ne le regardait pas ?

  • "Après la Seconde Guerre mondiale, les trains recommencèrent à rouler. On rétablit le tortillard qui reliait notre village à la préfecture."
    Benoît Laborie quitte femme et enfants pour tenter fortune à Paris. Rastignac triste, il s'égare dans le cimetière du Père-Lachaise. Quand il revient au pays, sa mère le prend pour un amant de sa femme et tue l'épouse supposée infidèle. Parce qu'il dégage un parfum de crime, la capitale s'offre à lui. Pas pour longtemps. Un nouveau caprice du Tout-Paris, et il est rejeté.
    L'humeur vagabonde est une fable comique et triste, une petite musique aigre-douce au ton inimitable.

  • "Ainsi, peu à peu, chaque détour de la route, chaque lacet de la montagne, finit par appeler l'écho d'un exploit et la figure d'un homme. Une nouvelle carte de France se dessine à l'intérieur de l'autre, dont les provinces sont aux couleurs des champions qui s'y sont illustrés, qui les ont illustrées. La mémoire des Anciens, fidèles et fervents, ne serait peut-être pas hostile à ce que ces champs de bataille soient baptisés du nom du rouleur ou du grimpeur qui a trouvé là l'occasion de s'accomplir. Des Vosges aux Pyrénées, sans oublier le Massif central et l'Enfer du Nord, nous verrions s'ouvrir des boulevards Bobet, des avenues du Président-Anquetil, des cours Raymond-Poulidor. Mais le meilleur est sans doute encore d'attacher sa réputation à la conquête d'une victoire d'étape."
    Antoine Blondin.

  • Quand débute la Seconde Guerre mondiale, Muguet vient à peine de découvrir les plaisirs de la chair et de quitter le nid familial. Bientôt prisonnier des Allemands, il s'évade malencontreusement puis cherche à nouveau le gîte et le couvert, sillonnant l'Europe de cachots en salons princiers, de rencontres fortuites en insolentes conquêtes. Une foule de personnages parcourent les aventures débridées de ce Don Quichotte, qui revient de la guerre comme d'une escapade.
    L'Europe buissonnière, premier roman d'Antoine Blondin, a reçu le prix des Deux-Magots en 1950.

  • "Là où nous habitons, les avenues sont profondes et calmes comme des allées de cimetière. Les chemins qui conduisent de l'École militaire aux Invalides semblent s'ouvrir sur des funérailles nationales. Un trottoir à l'ombre, l'autre au soleil, ils s'en vont entre leurs platanes pétrifiés, devant deux rangées de façades contenues, sans une boutique, sans un cri."

    La célébrité d'Antoine Blondin (1922-1991), journaliste sportif chantre du Tour de France des années 50 aux années 80, a parfois éclipsé le romancier, dont on ne retient qu'Un singe en hiver, grâce au (ou à cause du) film qui en fut tiré. La réédition des Enfants du bon Dieu, son second roman, montre qu'il n'était pas l'homme d'un seul livre.

  • Une chronique buissonnière du dernier demi-siècle... Un regard intempestif, lucide, caustique... Une leçon de dissidence et de style. Avec Ma vie entre les lignes, Antoine Blondin avait publié à La Table Ronde une sorte d'essai autobiographique sous forme d'anthologie. Avec le recueil inédit que forment Mes petits papiers, selon le premier titre envisagé alors, ce projet trouve son plein accomplissement. Libelles politiques, chroniques poétiques, articles d'occasion, grandes et petites préfaces, essais littéraires majeurs ou mineurs, monuments critiques, choses vues, air du temps : de 1946 à 1991, on suit, à travers le récit d'une vie,les passions d'un pays et les soubresauts d'une époque dont l'un des plus grands écrivains de langue française se fait, avec verve, colère et tendresse, l'inimitable commentateur.

  • Huit nouvelles sur l'imposture qui mettent en scène des New Yorkais pathétiques ou malins. Une manière en huit variations de découvrir l'étonnante palette comique de cet humoriste qui fit la jonction entre Twain et les comiques du New Yorker, doué d'un sens du récit qui en fait un modèle pour une ribambelle d'écrivains américains. Son univers amusant l'a malheureusement coupé d'une partie d'un lectorat, surtout en France, qui n'a vu en lui qu'un humoriste là où il y avait bien du Tchékhov (en moins slave).

    C'est un des plus célèbre prisonnier de la littérature.. O.Henry (1862-1910), de son vrai nom William Sydney Porter, a effectivement fait trois ans de prison au motif qu'il aurait détourné de l'argent lorsqu'il travaillait dans une banque. Il avait commencé dès 1884 à écrire des chroniques humoristiques. Libéré, il se consacre à plein temps à la rédaction de nouvelles (400..) qui lui vaudront la gloire, posthume notamment. New Yorkais, il a fait de sa ville le décor de ses hilarantes histoires.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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