Paul Audi

  • L'empire de la compassion

    Paul Audi

    Qu'est-ce que compatir ? Quel rapport à la souffrance la compassion nous impose-t-elle ? À quelles contradictions cette morale nous expose-t-elle ?
    Ces questions se posent d'autant plus vivement qu'avoir de la compassion semble être devenu le signe de « l'humanité » en nous. Si le compassionnel, mais aussi les idées de soin et de sollicitude dominent la morale et la représentation que les hommes se font d'eux-mêmes et apparaissent aussi indiscutables, c'est qu'ils reflètent nos angoisses contemporaines.
    Mais pourquoi un tel empire ? Et comment celui-ci s'est-il progressivement échafaudé ?
    Dans cette édition revue et augmentée, Paul Audi prend pour point de départ l'articulation de ce problème philosophique : la compassion relève-t-elle de l'amour ou de la justice ? Et pour mieux la définir et découvrir ses paradoxes, il retrace les grandes étapes de l'histoire de la notion de compassion, d'Aristote à Levinas.

    Préface inédite de l'auteur.

  • Si elle n'était qu'une affaire d'image, de signes ou de représentation, si elle n'avait pas intrinsèquement partie liée avec la liberté humaine, avec la libération même de cette liberté, sans doute la peinture n'aurait-elle pas pris l'importance qu'elle possède, depuis une certaine date, aux yeux de l'humanité.
    Cette date est celle de l'invention du tableau, qui donne à l'acte de peindre toute sa modernité.
    Mais de quelle liberté s'agit-il ?
    Voici la réponse qui est exposée et discutée ici : la liberté qui se libère devant le tableau est celle du regard - un regard qui n'est pas là pour voir mais pour garder et sauvegarder le miraculeux de la présence. Un regard que le tableau a surtout la tâche de faire naître dans tous les yeux qui s'efforceraient de lui faire face.

  • Depuis son avènement au début du XXe siècle, la phénoménologie a rallié, dans une fidélité plus ou moins grande à Husserl, son fondateur, des auteurs aussi différents que Heidegger, Scheler ou Fink - non sans que chacun ait d'abord pris la mesure de l'ambition d'un projet qui consistait à réaffirmer le sens de la philosophie en lui assignant pour objet un certain absolu, jugé comme tel « irréductible ». Les philosophes français, dont Sartre, Merleau-Ponty, Levinas, Derrida, Henry, Marion, ont tous eu à coeur de renouveler à leur façon la phénoménologie, en interrogeant à nouveaux frais ses enjeux.

    En revenant sur l'histoire de ce courant, Paul Audi montre que la plupart de ces penseurs ont suivi un même ordre de mission - que Sartre formule ainsi dans son tout premier texte phénoménologique, en 1934 : « Soyons plus radicaux ». Pourquoi et comment ce devoir de radicalité a-t-il pris auprès d'eux le statut d'un mot d'ordre ? Quels enseignements devrions-nous aujourd'hui en tirer ? Une de ces leçons ne revient-elle pas à dire que si, en phénoménologie, la demande de radicalité a bien sa raison d'être, elle n'en révèle pas moins les limites de la discipline - des limites qui pourraient bien expliquer pour partie son essoufflement actuel ?

  • Réclamer justice

    Paul Audi

    • Galilee
    • 4 Avril 2019

    N'e^tre pas reconnu dans ses droits, faire l'objet d'un de´ni de justice, e^tre victime d'une injustice, demander re´paration pour un tort subi : y a-t-il une seule personne, depuis que le monde existe, qui n'ait pas connu, directement ou indirectement, ce genre d'e´preuve ? Or ces e´preuves, si ine´vitables soient-elles, n'ont-elles pas parfois pour conse´quence de faire perdre la te^te ? N'y a-t-il pas des circonstances ou` re´clamer justice fait basculer les hommes dans la violence, voire dans la de´raison ou la folie ? Cette folie est-elle dicte´e par le besoin de se venger ? Ou ne tient-elle pas pluto^t au de´sir de voir le droit existant s'appliquer sans re´serve ni de´lai ? Il arrive en tout cas qu'au nom me^me de cette justice dont on ne laisse pas d'exiger le respect, l'on se mette a` oeuvrer contre elle, a` franchir les limites de la loi, a` se rendre coupable d'un crime. Immense est alors le paradoxe qui veut que l'on s'alie`ne le droit dont on a la chance de jouir de´ja` et que l'on re´ve`re pour la protection qu'il assure. Un paradoxe qui apparai^t plus souvent qu'on ne croit. Et qui commande aussi que l'on se pose au moins cette question : la folie du re´clamer-justice, quand elle a lieu, est-elle due au fait que cette re´clamation s'e´le`ve alors me^me que l'ide´e que l'on se fait ge´ne´ralement de ce qui est juste, de ce qui devrait e^tre juste, n'est jamais tout a` fait claire ? Ou ne survient-elle pas pluto^t parce que l'exigence de justice qui gi^t au fond de nous est, par sa nature me^me, infinie ?
    Cet essai a e´te´ conc¸u dans le contexte social et politique de la France en cette fin d'anne´e 2018 qui a vu un de´chai^nement de violence faire escorte a` une revendication de justice sociale des plus originales comme des plus le´gitimes. A` sa fac¸on, il tente de mettre en perspective le point de jonction du de´sir partage´ de justice et de la violence publique, tel qu'il s'est manifeste´ au cours de cette pe´riode. Il aborde la question du de´sir.

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  • En 2010, Paul Audi publiait Créer aux éditions Verdier. Cette succession d'essais, réunis en un volume, tentait d'identifier les points de croise- ment possibles de l'éthique et de l'esthétique, donc du bien et du beau, dans le contexte de la culture occidentale, au cours des Temps moder nes. L'auteur y adossait sa pensée à un mot- valise - l'esth /éthique - qui, en raison de sa signi fication conceptuelle, a suscité, depuis, un certain nombre de commentaires et de discussions.
    Avec Curriculum, Paul Audi donne une suite à Créer. En cherchant à démentir l'idée commu- nément admise que la « création » est un concept contradictoire, voire indéfi nis sable, il y explique notamment dans quelles conditions on pourrait « réinventer » ce concept en le soustrayant au cadre théologique dans lequel sa provenance biblique a tendance à l'enfermer. Mais surtout, Curriculum prend le parti de jauger l'esth /éthique à l'aune des pensées de Nietzsche, de Sartre, de Lacan, de Derrida, de Foucault, notamment.
    En dressant un tableau ordonné de l'évolution de sa pensée, Paul Audi laisse alors entendre que celle-ci ne peut plus laisser dans l'ombre ce qu'elle a jusqu'à présent soigneusement tenu à l'écart : son enjeu politique.

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  • Analyse du sentiment intérieur cherche à instruire sur de nouvelles bases le procès, jamais interrompu en philosophie, de la subjectivité humaine.
    Et il le fait en tentant de mettre en lumière les constituants de l'individualité du « moi » à partir de la seule considération du « lieu » dans lequel celui-ci reconnaît se sentir exister.
    Qui se sent exister voit naître en lui, comme sa vie même, un sentiment qui ne doit qu'à sa propre affectivité le fait d'être là. C'est cette « autonomie » du sentiment d'exister qui en fait un sentiment intérieur. Aussi, toute la question est-elle de montrer pourquoi et comment il existe, pour chacun d'entre nous, un « lieu » tout juste ajusté à soi, un lieu que notre « moi » n'a pas le pouvoir de quitter, ni de dépasser, et dans lequel il n'y a pas non plus de place pour un autre que lui. Ce lieu du moi, ce lieu « occupé » par sa subjectivité même, ce lieu qui fait corps avec l'épreuve qu'il ne cesse de faire de sa propre limitation ou finitude, comment le décrire adéquatement ? En quels termes aborder cette butée sur soi dont le moi jouit ou souffre à tout instant sur le plan de sa « corporéité », et que Rousseau avait touché du doigt en écrivant cette phrase inouïe : « Je suis tout entier où je suis. » Montrer que le sentiment intérieur enveloppe un « soi » dont la spécificité est de se manifester à la fois comme charnel et pulsatile, voilà ce qui donne tout son objet à Analyse du sentiment intérieur.

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  • Creer

    Paul Audi

    Pourquoi - au moins dans le monde désenchanté " qui est le nôtre - l'être humain se sent-il porté à créer? Que cherche-t-il, que vise-t-il à atteindre en allant " au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau "? Cette finalité est-elle d'ailleurs la même à toutes les époques, ou change-t-elle de visage au cours de l'histoire? Quelles différences y a-t-il entre créer et s'exprimer, mais aussi entre créer, produire, faire et oeuvrer? Quelles distinctions, au plan éthique, faut-il opérer entre créer et procréer? Si l'on a toujours le plus grand mal à " expliquer " l'acte créateur dans tous ses tenants et ses aboutissants, l'on petit quand même espérer en comprendre le ressort intime et secret en partant de la considération des enjeux qu'il met en branle.
    Aussi la théorie " esth/éthique " dont ce livre trace les linéaments ne consiste-t-elle pas en une théorie générale de la création mais en une théorie de l'enjeu éthique auquel s'attache l'acte de créer dans le cadre de ce qu'il est convenu d'appeler la modernité occidentale. Dans ce contexte, et dans la perspective d'une intrication de l'éthique et de l'esthétique, l'acte de créer apparaît alors comme cet événement générateur et généreux, singulier et singularisant, vital et vivifiant, qui élève en plein coeur de la vie comme une protestation de survie, à tous les sens du mot " survie ".

  • De l'érotique

    Paul Audi

    Désirer s'aimer clôt un cycle de réflexions consacrées à la question de l'amour humain. Il forme le troisième volume d'une trilogie dont le principe général se sera révélé après coup. De cette trilogie qui pourrait s'intituler Le Désir d'aimer, le premier volume est paru sous le titre Le Théorème du Surmâle en 2011 ; quant au deuxième volume, Le Pas gagné de l'amour, il a été publié en 2016.
    Ces réflexions n'envisagent jamais l'amour comme un sentiment ou une passion, ni comme un état psychologique ou une condition d'existence, mais comme un pur événement. Un événement à part entière, dont la « positivité » intrinsèque et absolue - et qui n'est pas affirmée sans aplomb - tient à sa capacité à dépasser les antithèses courantes telles que, par exemple, l'affirmation et la négation, la passivité et l'activité, le naturel et le factice, la pulsion de vie et la pulsion de mort, le possible et l'impossible, le sens et le non-sens. En outre, dans chacun des trois ouvrages cités, un même fil conducteur coud entre elles les étapes du questionnement, à savoir le passage éventuel du désir à l'amour. C'est qu'à l'amour, qui est toujours subversion du désir, préside un désir qui n'est pas encore de l'amour.
    Toutefois, ici, si le thème est resté inchangé, la perspective s'est sensiblement déplacée : le passage du désir à l'amour y est examiné au prisme de l'érotisme. À ce titre, en conclura-t-on que la réflexion - menée sous la forme d'un « entretien infini » - qui prend en vue l'acte de faire l'amour, qui le considère dans ses tenants et ses aboutissants, donne raison au mot d'André Breton selon lequel « l'étreinte de chair, tant qu'elle dure, défend toute échappée sur la misère du monde » ?

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  • On sait que Nietzsche a placé sa philosophie de l'art sous le signe emblématique des rapports entre Dionysos et Apollon, soulignant ainsi qu'il n'y a de " création " artistique véritable qu'au point d'intersection de la forme et de la force, de la chair et de l'esprit, de la vie et du sens.
    Mais s'est-on assez interrogé sur l'"esthétique" à laquelle cette philosophie de l'art a voulu donner naissance ? A-t-on remarqué que l'esthétique nietzschéenne de la création renferme un curieux paradoxe, si, par définition, l'esthétique repose sur la " réception " de quelque chose de sensible et la création, sur la " donation " d'une forme artistique ? Est-ce pour dénouer ce paradoxe que Nietzsche a estimé qu'il fallait repenser de fond en comble le concept de " forme ", " viriliser " les enjeux de la création, considérer celle-ci comme le fruit de " l'ivresse " et rattache l'oeuvre d'art à un processus de " transfiguration " ?
    Telles sont les questions à l'origine de cet essai, dans lequel Paul Audi se propose d'éclairer le sens de la " modernité " en art, en nous indiquant tout le profit qu'il est encore possible - et qu'il est toujours souhaitable - de tirer de cette esthétique de Nietzsche qui aura transformé les rapports entre Art et Nature tels que la métaphysique occidentale les avait définis jusque-là.

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  • Au sortir de l'enfance

    Paul Audi

    • Verdier
    • 5 Octobre 2017

    L'adolescence est réputée être le théâtre d'un moment de crise, de recherche, de découverte, d'interrogation métaphysique pour le jeune être humain. Au carrefour d'un passé qu'il aspire à surmonter et d'un avenir aux traits inconnus, celui-ci semble vouloir y traiter avec l'intrai- table de sa condition native dont dépendent son identité et son marquage à l'intérieur d'une filiation. Mais l'adolescence se réduit-elle, comme on le croit communément, à l'âge dit « pubertaire », voué par principe à être traversé et abandonné derrière soi ? Qu'emportons-nous au sortir de l'enfance de cette enfance précisé- ment ? Quant à l'éthique, quelle décision exige- t-elle de l'adolescent pour qu'il assure son entrée dans l'âge adulte ?

    À travers notamment une analyse de la figure de Hamlet et une lecture du poème de Rimbaud intitulé « Jeunesse », Paul Audi se propose dans cet ouvrage de rattacher les caractéristiques du « moment adolescent » à une conception qui lui est propre de la finitude humaine, non sans tenter de mesurer en même temps la portée de cette affirmation que l'on doit à la psychiatrie française contemporaine, à savoir que « ce qui se passe en adolescence est une métaphore des problématiques de notre société ».

  • Et j'ai lu tous les livres

    Paul Audi

    À un siècle de distance, ponctué par trois guerres entre la France et l'Allemagne, mais surtout marqué par l'existence de la Shoah, un poète de langue française, Stéphane Mallarmé, et un poète de langue allemande, Paul Celan, ont été conduits, presque à leur corps défendant, à devoir éprouver les limites de la littérature, en l'occurrence la finitude du poétique, dans son affrontement à l'irreprésentable de la vie et de la mort. Mais est-ce bien parce que l'un estimait avoir déjà lu le meilleur, et l'autre avoir déjà vu le pire, que leur différend, à supposer qu'il existe, peut réussir à nous éclairer sur la finalité, proprement esth/éthique, de toute création humaine ?

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  • "L'amour est un acte sans importance, puisqu'on peut le faire indéfiniment", tel est le théorème énoncé en ouverture du Surmâle, roman publié en 1902 et qualifié de "moderne" par son auteur, Alfred Jarry.
    Pour Paul Audi, la vérification de la validité de ce théorème telle qu'elle s'accomplit dans le roman de Jarry éclaire d'un jour nouveau la fameuse thèse de Jacques Lacan selon laquelle "l'amour supplée" au fait qu'"il n'y a pas de rapport sexuel". Car, en imaginant un "sur-mâle" capable de faire l'amour plus de quatre-vingts fois d'affilée avec une même femme et en se demandant par là si l'acte sexuel, quand il s'avère voué à la répétition, ne fait pas de l'amour quelque chose d'insignifiant, Jarry posait une question autrement pertinente : que signifie faire l'amour ? Que fait-on exactement quand on "fait l'amour" ? Mieux : quel est donc cet amour dont on dit qu'il est "fait"? Lire Lacan à la lumière de Jarry permet d'affronter depuis une perspective imaginaire - et pas seulement psychanalytique - le problème du désir et de ses rapports tragi-comiques à la jouissance et à l'amour.

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  • Le pas gagné de l'amour

    Paul Audi

    L'homme considéré comme un être parlant et désirant est un thème qui a donné lieu, ces dernières décennies, à des analyses d'envergure dont un des effets les plus notables est d'avoir redonné à la différence des sexes sa part d'énigme. Mais c'est peu dire que nous sommes loin d'en avoir fait le tour. Les récentes spéculations sur la notion de genre ne semblent pas même vouloir se préoccuper de dissiper l'obscurité dans laquelle se tient encore l'essence du désir.
    Certes, nous connaissons désormais un peu mieux les liens unissant le désir et la répétition où se signale un symptôme. Mais qu'en est-il de l'amour quand le désir dont il se soutient parvient à franchir le mur de la répétition ? À quel type de réjouissance a-t-on alors affaire ?
    Il nous a semblé que la question de l'essence du désir devait faire place maintenant à celle de son « ipséité ». D'autant que la question de son ipséité - Qui est le désir ? - n'est pas sans éclairer d'un jour nouveau la question plus traditionnelle de son essence. Donc aussi bien celle de l'amour dont le désir est la raison.
    Dire que le désir est la raison de l'amour ne suffit cependant pas. Pas plus qu'il ne faudrait se contenter de reconnaître le caractère libidinal de l'économie du monde humain. Que le monde des hommes soit un monde du désir, cette conviction, on le sait, nous aura été transmise par une philosophie dont nous nous reconnaissons volontiers les héritiers. Mais que ce monde du désir ne soit pas exclusivement affilié au sexuel, donc à la différence, que ce monde ne soit rien de moins que celui où le désir vient miraculeusement s'accomplir dans la réjouissance de l'amour, voilà où se dresse pour nous la grande nouvelle, la bonne nouvelle.
    Ce court essai prolonge la réflexion menée en 2011 dans Le Théorème du Surmâle, ouvrage qui avait déjà pour thème cette invention considérable du désir qui s'appelle l'amour. Cette invention y était alors appréhendée au travers de ce que suggérait de comprendre d'un séminaire de Jacques Lacan - Encore, tenu en 1972 et 1973 - la lecture du roman d'Alfred Jarry, Le Surmâle, paru en 1902. À présent, il s'agit de « tenir le pas gagné », pour reprendre la formule de Rimbaud 1, en tablant sur d'autres éléments de compréhension qui touchent moins à la psychanalyse qu'à la philosophie.
    Mais n'est-ce pas justement cela - tenir le pas gagné sur ce qui n'est jamais déjà « gagné », c'est-à-dire obtenu, donc sur ce qui doit être arraché de haute lutte et conquis pour toujours - que l'amour demande secrètement à tout un chacun ? L'amour, n'est-ce pas en effet ce qui - à distance de tout cantique, comme dit aussi Rimbaud - exige que l'on en soutienne la gageure - disons mieux le miracle - en faisant feu de tout bois ?
    Il est vrai que cette demande s'élève avec d'autant plus d'insistance que l'amour se laisse lui-même définir comme ce « pas » que le désir gagne sur sa propre satisfaction fantasmatique, comme ce saut que le désir ose accomplir au-delà du point de butée où il arrive si souvent à la pulsion sexuelle de tourner court.
    Ici, deux courts textes - à l'origine des « causeries » sur le fait que l'amour n'assure aucun acquis au désir - viennent compléter le texte principal intitulé « Cette réjouissance qu'est l'amour ».

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  • Dans un aphorisme, Kafka déclare : " Tu es la tâche ". Cette phrase exprime la maxime fondamentale de l'éthique. Tout l'enjeu de ce livre est d'expliquer pourquoi et comment la tâche éthique consiste en une " explication avec soi-même " où il s'agit, en tout dernier ressort, de faire face au désespoir qui est toujours tapi au fond de soi et dont il convient de désespérer pour mieux se supporter soi-même. Cependant, cette tâche dont le moi est à la fois le sujet et l'objet ne peut être accomplie que si le " vouloir porteur de l'éthique ", comme dit Wittgenstein (philosophe dont la conception de l'éthique se prête ici à une élucidation particulière), se dote par lui-même d'une certaine " force de caractère " capable non pas de le rendre heureux, mais de le disposer à l'être, si jamais il peut l'être. Cette disposition au bonheur, qui n'est pas le bonheur lui-même, est ce que Paul Audi analyse sous le nom de " réjouissance ".

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  • L'affaire Nietzsche

    Paul Audi

    Il y a bien sûr plusieurs façons d'entrer dans la philosophie de Nietzsche. Pour Paul Audi, qui livre ici une passionnante vue d'ensemble de cette philosophie, il importe, pour toucher au coeur de la doctrine, d'affronter la question de ce qui fait l'essence de l'individualité humaine. Pourtant, nombreuses sont les philosophies qui ont conclu à l'inexistence du " Soi " en se réclamant précisément de Nietzsche.
    Mais il ne s'agissait alors que de l'inexistence du Soi comme sujet substantiel, marqué du sceau de " l'être ", au plus loin de toute considération pour le " devenir " propre du Moi. Or, même s'il ne saurait être question de l'identifier à un sujet souverain, ayant conscience de soi, le Soi existe bel et bien, et il a un tout autre statut que celui, métaphysique, que les philosophies de la subjectivité ont cru bon de lui octroyer jusqu'à présent.
    C'est pourquoi il convient de revenir sur cette réalité difficile à cerner en évitant de se réfugier derrière une " critique du sujet " que Nietzsche, du reste, en son temps, avait déjà réussi à mener jusqu'à son terme. Ce qu'il faut maintenant, c'est penser qui est l'homme en tenant compte de l'apport de la doctrine nietzschéenne du Soi. En effet, cette doctrine, qui définit la grande affaire de Nietzsche, représente toujours pour nous, plus d'un siècle après sa mort, un défi pour la pensée.
    C'est ce défi que l'auteur appelle " l'affaire Nietzsche ".

  • Dans cet essai au ton personnel, Paul Audi tente de dégager et d'éclaircir, parmi toutes les idées que le romancier Romain Gary a cherché à mettre en valeur, celles qu'il lui paraît urgent que nous entendions dans le contexte présent de la culture, qui fait désormais le moins de place possible à une éthique de la réjouissance. En prenant pour fil conducteur la phrase énigmatique de Gros-Câlin, le roman de Gary signé Émile Ajar : " J'attends la fin de l'impossible ", il s'interroge en priorité sur cette étrange utopie qui se dissimule à l'arrière-plan de tous les écrits de Gary et que cet idéaliste désenchanté, ce " clown lyrique ", disait vouloir poursuivre dans la vie envers et contre tout. Ce faisant, il parvient à mettre en perspective - comme pour mieux se la réapproprier - l'espérance qui fut celle de Gary, comme elle est au fond celle de tout un chacun, de voir l'homme, cet être profondément inhumain, naître un jour à son humanité, qui n'est autre que la reconnaissance de son essentielle fragilité.
    Dans cette nouvelle édition, complétée de trois essais, inédits pour deux d'entre eux, Paul Audi, tout en réfléchissant sur le sens de ses partis pris philosophiques, approfondit les raisons de l'importance qu'il convient selon lui d'accorder à cette " attente ", à cette vive espérance, déjà en elle-même impossible, qui soutient de part en part l'oeuvre de Gary comme elle soutient peut-être aussi l'existence même de l'être humain. Il tâche aussi de dégager, parmi toutes les idées que Gary a cherché à défendre, celles qui lui paraissent urgent d'entendre dans le contexte actuel de la culture dominante, qui fait désormais le moins de place possible à une éthique de la " réjouissance ".

  • Selon Camus, le problème majeur de l'humanité est le jugement que les hommes portent les uns sur les autres. L'essai s'applique à mesurer la crise existentielle qui a mené l'auteur à théoriser la dissociation de la justice et du jugement et dévoile les raisons pour lesquelles il s'est choisi pour mission de soustraire la justice à la juridiction du jugement.

  • Lacan ironiste

    Paul Audi

    • Mimesis
    • 14 Mars 2015

    Qu'est-ce que le psychanalyste Jacques Lacan visait à faire avec son fameux Séminaire tenu à Paris pendant près de trente ans: une oeuvre de savoir, une approche de la vérité, une théorie du réel? À quel genre de discours l'enseignement de Lacan appartient-il? Quelle position y adopte-t-il séance après séance: celle du maître qui domine son sujet ou celle de l'hystérique qui exige de savoir? Ou bien ce qui caractérise son enseignement archi-singulier et hors-norme, n'est-ce aucun des trois enjeux qui viennent d'être nommés? On sait que dans les années 1970 Lacan a développé une théorie du discours inconscient considéré comme «lien social », dite théorie des quatre discours. Serait-ce alors à cette théorie-là qu'il conviendrait de se référer pour répondre à la question du genre de discours sur lequel s'adosse sa parole enseignante? Ou ne faudrait-il pas plutôt en appeler à un genre tout à fait différent et très peu usité de discours, qui rappelle celui que tenait Socrate, non certes le Socrate de Platon mais celui qu'évoque Kierkegaard dans sa thèse sur le concept d'ironie? Telles sont les questions au travers desquelles le présent essai tente de comprendre la position éthique qui, du point de vue de Lacan lui-même, aura présidé à la dispensation de son enseignement.

    Paul Audi né en 1963, est philosophe. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, agrégé de philosophie et docteur en philosophie, il a soutenu une thèse sur Jean-Jacques Rousseau avant d'enseigner quelque temps à l'Université. Il est actuellement membre de l'équipe de recherches PhiléPol (à l'Université Paris Descartes) et membre du Comité de rédaction de la revue Cités. Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont la plupart sont consacrés aux relations entre l'éthique et l'esthétique en Occident, au cours des Temps modernes.

  • Pour construire son éthique, Jean-Jacques Rousseau ne s'est pas posé la question de Spinoza : " Que peut un corps ? " ; il s'est demandé : Que veut une âme ? Cette question nous introduit au coeur de ce qu'il a lui-même appelé " la véritable philosophie " - une éthique qui préconise que pour jouir en toute liberté du " plaisir d'exister " il faut éviter de se mettre en contradiction avec soi-même. Ce livre s'efforce ainsi de montrer que sous le titre de " philosophie de l'âme " Rousseau a poursuivi une méditation passionnante et passionnée de la vie au cours de laquelle il s'est interrogé sur son essence intime, son pouvoir et son lieu de manifestation, sa possible corruption, ses fins dernières. Il explique notamment comment cette recherche, pour laquelle Rousseau eut à subir une solitude tragique, a conduit celui-ci à découvrir que l'amour de soi est le premier principe de l'âme, que la vertu est la force et la vigueur de l'âme, que le sentiment de la Nature est une intensification du sentiment de l'existence ; enfin, et c'est peut-être cela qui lui fut le plus reproché, qu'en dépit de toutes les horreurs dont la société est à la fois la cause et le théâtre, la vie (qui répond ici au nom de " nature ") est un " système où tout est bien ".

  • Jubilations

    Paul Audi

    L'acte de création repose-t-il sur une nécessité ? Et si oui, laquelle ? Si « créer, c'est jouir », de quelle nature est le désir qui préside à la naissance comme à l'amour des oeuvres ? Telles sont les questions autour desquelles Paul Audi a choisi de rassembler dans ce livre, parfois léger et parfois grave, des essais composés par lui au cours des dix dernières années.
    En s'appuyant sur certains phénomènes (la pulsion, l'incarnation, le sexe, le désespoir, l'amour, l'esprit), l'auteur cherche ici à éclairer la façon dont l'alliance de l'éthique et de l'esthétique pourrait encore dresser des pôles de résistance à une époque, la nôtre, où le simulacre est devenu le seul mode de représentation agréé et où la pulsion de mort règne sur la culture dite dominante.

    Né en 1963, Paul Audi est normalien, agrégé de philosophie, docteur en philosophie. Il est à ce jour l'auteur d'une thèse sur J.-J. Rousseau, d'une quinzaine d'ouvrages et d'une trentaine d'articles, dont la plupart sont consacrés aux relations entre l'éthique et l'esthétique en Occident, au cours des Temps Modernes. Estimant que ces relations ne peuvent être prises en compte sans que l'on s'interroge en même temps sur les tenants et les aboutissants de la subjectivité humaine, Paul Audi vise à fonder sur cette base une « éthique de la création » à laquelle, depuis son ouvrage Créer, il donne le nom d' « Esth/éthique ».

  • Ces trois textes tentent chacun d'éclairer la question de l'identité. Que nous soyons ce que nous sommes, cela vient-il d'une détermination génétique, ou d'une transmission culturelle ? Il semble évident que ces deux voies sont simplificatrices et réductrices. L'identité est le résultat d'une construction, d'une sorte de synthèse entre ce que nous sommes en naissant - bien peu - et ce que nous devenons au cours de notre existence. Tout cela se mêle en nous et nous sommes à la fois le lieu, l'acteur et le résultat de cette synthèse permanente. Ce que nous sommes à un moment donné est le socle, le fondement sur lequel nous nous appuyons pour construire ce que nous sommes maintenant. Ne pouvant être autre que ce que nous sommes, nous sommes toujours ce que nous sommes et nous butons sur nous. On n'échappe jamais à soi - ce Soi qui est inventé tout au long de sa vie.
    L'identité ne peut pas se réduire à la simple carte d'identité !

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  • Sur quelle base reconnaît-on aujourd'hui à un individu le droit de se dénommer «artiste»? Qui est ce «on» dont l'artiste dépend pour gagner sa légitimation? Sur quels critères «objectifs» repose l'obtention de son statut? Plus généralement, de quoi dépend la qualification de l'artiste? Voilà des questions que la sociologie a souvent été amenée à résoudre avec plus ou moins de succès. Or, ici, il ne s'agit pas de cela. C'est en philosophe que je tente d'y répondre, en m'inscrivant délibérément dans le prolongement d'une interrogation déjà entamée sur le fondement à la fois éthique et esthétique de la création artistique dans la perspective, donc, de ce que j'ai appelé l'esth/éthique.
    En prenant pour fil conducteur la dernière définition normative que l'Unesco a proposé de l'artiste, le présent opuscule une conférence à l'origine, d'où sa brièveté montre comment le critère de légitimation s'est déplacé de l'art à la culture, c'est-à-dire des oeuvres (artistiques) aux produits (culturels). Je me demande ainsi, non sans vivacité et combativité, de quel monde relève ce critère qui, sous couvert du contraire, prive radicalement l'artiste de cette souveraineté qu'il avait pourtant conquise de haute lutte au nom de la modernité? Au critère de la responsabilité, toujours singulièrement assumée, de l'artiste devrait-on préférer ceux de sa reconnaissance extérieure et mondaine, qui ne sont en réalité rien de moins que ceux dont se soutient la Culture à majuscule pour persévérer dans son être?Le présent «Discours» est suivi d'une Discussion avec Francis Marmande au sujet de la notion de «souveraineté», au sens singulier que lui a donné Georges Bataille.- P.A.

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  • L'europe et son fantome

    Paul Audi

    Qu'est-ce que l'Europeoe Est-ce une réalité historique et géographique, un projet d'union politique, ou bien tout autre chose: un certain théâtre de l'esprit, comme disait le romancier Romain Gary, où se jouerait et se rejouerait sans cesse, dans le plus grand malentendu, ou la plus flagrante des équivoques, le sempiternel conflit de l'éthique et de l'esthétique?
    Si l'on admet que la pièce qui s'y déroule s'appelle "culture" et que le public qui y assiste, qui parvient même, dans certaines conditions, à s'identifier aux acteurs sur la scène - c'est-à-dire aux "oeuvres de la civilisation" - se réclame lui-même de celle-ci, alors la question qui se pose au regard des malheurs de l'Histoire est bien de savoir quel est le sens de son intrigue. Quel est le drame de l'Europeoe Et quel est son dénouement possible, si jamais il existe?
    S'il y a bien lieu de penser qu'un spectre hante l'Europe et la hante depuis toujours, celui-ci n'est autre que le spectre de l'Europe; c'est ce fantôme qui fait corps avec son esprit ce "phantasme" qu'elle cherche inlassablement à inscrire dans les faits, dans l'ignorance, quasi schizophrénique; de sa nature véritable, qui est d'être à jamais et pour toujours quelque chose d'irréel et d'irréalisable.

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