Langue française

  • Dans ce nouveau voyage autour du monde au coeur de l'unité du vivant, on fera d'abord plus ample connaissance avec le cochon, si proche de l'homme, mais aussi emblème des ravages de la mondialisation. Au détour des chemins, on croisera beaucoup d'autres animaux tout aussi intéressants et qui portent également en eux de véritables bombes à retardement pour notre santé, entres autres chameaux, canards, pieuvres, chauves-souris et pangolins...
    Animaux, humains, plantes, une est la vie, une est la santé.
    « Figurez-vous que la Terre n'est pas peuplée que d'humains. D'autres êtres, tout aussi vivants que nous, partagent cette copropriété, et pas toujours pour la tranquillité générale.

    De tous les animaux, le cochon nous est le plus proche.

    Il nous accompagne depuis toujours. Nous adorons sa viande, et comme, génétiquement parlant, il nous ressemble comme personne, nous prélevons en lui des valves pour soigner nos coeurs défaillants et de l'insuline pour guérir notre diabète.

    Dans le cochon, tous les dérèglements aussi s'incarnent : l'élevage industriel, la maltraitance, les pollutions. Sans compter les maladies qu'il mitonne au plus profond de son corps bien gras.

    C'est ainsi que pour comprendre notre Terre, ses délices et ses dérives, rien ne vaut un long voyage en compagnie du cochon, de la Bretagne à la Chine, du roi Louis VI au Prix Nobel de médecine Jules Hoffmann, des Métamorphoses d'Ovide aux prophéties (vérifiées) de George Orwell.

    Bien sûr, vous y rencontrerez, mais ne craignez rien, à bonne distance, nombre de personnages intéressants dont quelques virus à l'inventivité redoutable, ma chère chauve-souris, championne de l'immunologie, et le désormais célèbre pangolin.

    Bon voyage aux pays du Vivant ! ».
    Erik Orsenna.

  • Madame Bâ

    Erik Orsenna

    • Fayard
    • 23 Avril 2003

    Madame Bâ Marguerite est née le 10 août 1947 à Médine (Mali), sur les bords du fleuve Sénégal. Fille d'Ousmane, forgeron, sous-directeur de la chute d'eau, et de Mariama, « traditionniste », c'est-à-dire savante de toutes les choses du passé, Madame Bâ aime la connaissance.
    Pour retrouver son petit-fils préféré qui a disparu en France, avalé par l'ogre du football, elle présente une demande de visa. On la lui refuse. Alors elle s'adresse au Président de la République Française. Une à une elle répond scrupuleusement à toutes les questions posées par le formulaire officiel 13-0021. Mais nul n'a jamais pu enfermer Madame Bâ dans un cadre.
    Nom, prénoms, lieu de naissance ? Madame Bâ raconte l'enfance émerveillée au bord du fleuve, l'amour d'un père, l'apprentissage des oiseaux.
    Situation de famille ? Madame Bâ raconte sa passion somptueuse et douloureuse pour un trop beau mari peul.
    Enfants ? Madame Bâ raconte ses huit enfants, cette étrange « maladie de la boussole » qui les frappe...
    Sans fard ni complaisance, Madame Bâ raconte l'Afrique d'aujourd'hui, ses violences, ses rêves cassés, ses mafias. Mais aussi ses richesses éternelles de solidarité, ce formidable tissage entre les êtres.
    Madame Bâ est d'abord cela : le portrait d'une femme. Une femme africaine, c'est-à-dire une femme qui, plus encore que toutes les autres femmes, doit lutter pour sa dignité et sa liberté.
    Quinze ans après L'Exposition coloniale, je suis reparti explorer les relations de la France avec son ancien empire. Mais cette fois, c'est le Sud qui nous regarde. E.O.

  • « Les matières premières sont les cadeaux que nous fait la Terre. Cadeaux enfouis ou cadeaux visibles. Cadeaux fossiles, cadeaux miniers qui, un jour, s'épuiseront. Ou cadeaux botaniques que le soleil et l'activité de l'homme, chaque année, renouvellent.
    Les matières premières sont des cadeaux qui parlent. Il suffit d'écouter. Elles nous chuchotent toutes sortes d'histoires à l'oreilles : il était une fois..., dit le pétrole, il était une fois..., dit le blé. Chaque matière première est un univers, avec sa mythologie, sa langue, ses guerres, ses villes, ses habitants : les bons, les méchants et les hauts en couleurs. Et chaque matière première, en se racontant, raconte à sa manière la planète.
    Cette histoire commence dans la nuit des temps. Un homme qui passe remarque un arbuste dont les branches se terminent par des flocons blancs. On peut imaginer qu'il approche la main. L'espèce humaine vient de faire connaissance avec la douceur du coton.

    Le coton est le porc de la botanique : chez lui, tout est bon à prendre. Donc tout est pris. D'abord, on récupère le plus précieux : les fibres. Ce sont ces longs fils blancs, formant les flocons qui entourent les graines. Des machines vont les en séparer. Les fibres du coton sont douces, souples et pourtant solides. Elles résistent à l'eau et à l'humidité. Elles ne s'offusquent pas de nos transpirations. Sans grogner, elles acceptent d'être mille fois lavées, mille et une fois repassées. Elles prennent comme personne la teinture, et la gardent... La longue liste de ces qualités a découragé les matières naturelles concurrentes, animales et végétales. La laine et le lin ne représentent plus rien. Si la fibre synthétique domine le marché du textile (soixante pour cent), le coton résiste (quarante pour cent). Et c'est ainsi que le coton vêt l'espèce humaine. Il ne s'en tient pas là. Il sert à fabriquer des compresses médicales, bien sûr, mais aussi des papiers spécialisés (dont les billets de banque), des films photographiques, des mèches de chandelles. Et, toujours soucieuses de se rendre utiles, ses fibres entrent dans la composition de produits cosmétiques (laques, soins capillaires...), de pâtes dentifrice, de crèmes glacées... Et même si le goût de certaines sauces bolognaises, de certaines sauces allemandes peut sembler étrange, comment imaginer qu'elles contiennent du coton ? Les graines ne sont pas moins généreuses. Riches en protéines, elles nous fournissent, à notre insu, une bonne part de notre huile de table. Les hommes de marketing semblant craindre que l'indication « huile de coton » ne dégoûte l'acheteur potentiel, on la baptise donc d'un nom plus vague et général : « huile végétale ». Les animaux, eux aussi, sont nourris de coton : ils mangent des tourteaux tirés des graines et de leurs enveloppes. Les restes servent à la fabrication de savons, d'engrais, d'explosifs (glycérine), de fongicides, d'insecticides., de caoutchouc synthétique. Il faut savoir que l'industrie pétrochimique raffole de ces résidus végétaux : elle les fait participer à cette cuisine mystérieuse qu'on appelle raffinage et qui conduit à des matières parmi les plus improbables, dont les plastiques. Pour ceux que ces manipulations angoissent, revenons à notre mère nature, à la paix des choses simples. Après la récolte, les tiges et les branches du cotonnier deviendront les litières pour les animaux. Ou bien les paysans les brûleront, faute de meilleurs combustibles.
    Voyager, c'est glaner.
    Une fois revenu, on ouvre son panier. Et ne pas s'inquiéter s'il paraît vide. La plupart des glanures ne sont pas visibles : ce sont des mécomptes ou des émerveillements, des parfums, des musiques, des visages, des paysages.
    Et des histoires. La longue, si longue et si belle route du coton n'en fut pas avare. Sur cinq continents (en comptant pour deux le Nord et le Sud de la même Amérique), de Koutiala (Mali) à Lubbock (Texas), en passant par Alexandrie (Égypte), Cuiaba (Mato Grosso), Boukhara (Ouzbékistan), Lépange-sur-Vologne (France) et Datang (Chine, province du Zhejiang), la fibre douce a livré bien des secrets.
    Au XVIIIe siècle, sitôt retrouvée la terre natale, les navigateurs plantaient les végétaux collectés aux quatre coins du globe dans un jardin dit « des retours ». Me voilà, moi aussi, en Bretagne, à l'heure du jardin. Le panier plein, non de graines, mais d'histoires. Lesquelles retenir, parmi toutes celles entendues ? Elles volètent et piaffent, toutes mes histoires de coton, telle une bande d'enfants dont chacun veut être le préféré.
    J'en ai choisi neuf qui racontent la planète. »

  • " Dans dix ans, dans vingt ans, aurons-nous assez d'eau ? Assez d'eau pour boire ? Assez d'eau pour faire pousser les plantes ? Assez d'eau pour éviter qu'à toutes les raisons de faire la guerre s'ajoute celle du manque d'eau ? Dans l'espoir de répondre à ces questions, je me suis promené. Longuement. Du Nil au Huang He (Fleuve Jaune). De l'Amazone à la toute petite rivière Neste, affluent de la Garonne. De l'Australie qui meurt de soif aux îles du Brahmapoutre noyées par les inondations... J'ai rencontré des scientifiques, des paysans, des religieux, des constructeurs de barrages, des physiciens alpinistes qui mesurent sur tous les toits du monde la limite des glaciers. J'ai passé du temps avec les médecins de Calcutta qui luttent contre le choléra. J'ai écouté d'innombrables leçons, dont celle du scarabée de Namibie et celle du kangourou. Quelles sont leurs techniques pour survivre en plein coeur du désert ? Peu à peu, j'ai fait plus ample connaissance avec notre planète. J'ai vu s'aggraver partout les inégalités, notamment climatiques. Mais j'ai vu aussi la réussite du pragmatisme, de belles coopérations entre administrations et entreprises privées. J'ai vu des illusions et des férocités à l'oeuvre. De retour de voyage, voici maintenant venu le moment de raconter. Un habitant de la planète sur six continue de n'avoir pas accès à l'eau. Un sur deux vit sans système d'évacuation. Pourquoi ? "

  • "A Versailles, souvent je tends l'oreille, rêvant de retrouver une amitié, une conversation quotidienne et qui dura trente-cinq ans. Entre Louis XIV et André Le Nôtre. Le monarque le plus puissant à qui tout doit céder, même le temps. Et l'homme de la terre, le saisonnier, celui qui reste du côté de la nature, même s'il la force comme personne avant lui.

    "Ensemble ils ont écrit le plus grand livre du monde - mille hectares -, le roman du Soleil incarné. La seule histoire occidentale qui impressionnait Quianlong, l'empereur de Chine, le créateur du jardin de la Transparence parfaite."

  • Depuis quelque temps, presque chaque nuit, je fais le même rêve. Mes ancêtres me prennent par la main et m'entraînent: un paysan péruvien, un docteur catalan, le professeur du roi français Louis XIV... Et, comme par hasard, tous des guitaristes !
    Vous n'avez jamais l'impression que tous ces gens sont vous, des moments de vous-même ?
    Je ne comprends pas.
    Quelque chose me dit que vous avez déjà vécu de nombreuses vies. Je connais mal la guitare, mais il ne m'étonnerait pas qu'elle soit un drôle de cheval...
    Un cheval qui permet de circuler sans peine à travers les siècles !
    Tout cela n'est pas très scientifique.
    Vous croyez que la vérité est toujours scientifique?

  • Longtemps

    Erik Orsenna

    • Fayard
    • 9 Mars 1998

    Il était une fois, Gabriel, un homme acharné à demeurer normal. Par normal, il entendait marié une seule et bonne fois pour toutes. Et, pour se prévenir de son hérédité ô combien nomade, il s'était choisi un métier de paix et de racines: les jardins.

    Que Dieu soit maudit et tout autant célébré dans les siècles des siècles.

    Par un jour de grand froid, une passion arrive à notre Gabriel. Elle s'appelle Elisabeth, c'est la plus belle femme du monde. Hélas, deux enfants l'accompagnent et un époux l'attend: commencent le miracle et la douleur de l'adultère durable. Non les frénésies d'une passade mais trente-cinq années d'un voyage éperdu.

    A Paris, Séville, Sissinghurst, Gand et Pékin, Gabriel et Elisabeth, ces deux amants à l'ancienne, vont se fuir et se retrouver dans les larmes, les vertiges éblouis du corps et la géographie.

    Peu à peu, ils vont s'inventer la seule demeure qui résiste aux protestations de la morale: une légende.

    Ils vont découvrir que la seule vérité, la seule dignité, la seule aventure, c'est le temps.

    Voici le portrait de cet animal indomptable et démodé: un sentiment.
    E.O.

  • Deux étés

    Erik Orsenna

    • Fayard
    • 21 Mai 1997

    Imaginez la plus vaste des étendues bleues, saupoudrée jusqu'à l'horizon d'une centaine de rochers roses entre lesquels glissent des voiles. Au loin, l'île principale veille sur cette grande famille à fleur d'eau. En ce paradis, nous vivions de juin à septembre. Un beau jour, à deux pas de notre maison, vient s'installer Gilles, un personnage étrange. Allure de faune, métier improbable: traducteur. L'éditeur Arthème Fayard lui a confié une tâche impossible: la version en langue française du chef-d'oeuvre de Nabokov, Ada ou l'Ardeur.

    Bien sûr, il peine. Bien sûr, il traîne. Arthème s'énerve. Alors, l'île entière lui vient en aide. Durant deux étés, nous avons apporté à Gilles notre contribution enthousiaste et incompétente.

    Depuis longtemps, je voulais raconter ces deux étés. Rendre hommage à la navigation des mots, à la jalousie de la mer, à nos complicités d'alors qui n'allaient plus jamais cesser.

    Je sais maintenant que je dois à cette aventure d'il y a vingt ans l'apprentissage de l'enchantement.
    E.O.

  • « Les moustiques viennent de la nuit des temps (250 millions d'années), mais ils ne s'attardent pas (durée de vie moyenne : 30 jours). Nombreux (3 564 espèces), volontiers dangereux (plus de 700 000 morts humaines chaque année), ils sont répandus sur les cinq continents (Groenland inclus).

    Quand ils vrombissent à nos oreilles, c'est une histoire qu'ils nous racontent : leur point de vue sur la mondialisation.

    Une histoire de frontières abolies, de mutations permanentes, de luttes pour survivre, de santé planétaire, mais aussi celle des pouvoirs humains (vertigineux) qu'offrent les manipulations génétiques. Allons-nous devenir des apprentis sorciers ?

    Toutefois, ne nous y trompons pas, c'est d'abord l'histoire d'un couple à trois : le moustique, le parasite et sa proie (nous, les vertébrés).



    Après le coton, l'eau et le papier, je vous emmène faire un nouveau voyage pour tenter de mieux comprendre notre terre. Guyane, Cambodge, Pékin, Sénégal, Brésil, sans oublier la mythique forêt Zika (Ouganda) : Je vous promets des surprises et des fièvres ! » Erik Orsenna.

    « Pour un tel périple dans le savoir, il me fallait une alliée. Personne ne pouvait mieux jouer ce rôle que le docteur Isabelle de Saint Aubin, élevée sur la rive du fleuve Ogooué, au coeur d'un des plus piquants royaumes du moustique. » 

  • Treize années durant, chaque jeudi après-midi, l'Académie française m'a offert le privilège d'avoir comme voisin le Prix Nobel de médecine, François Jacob.
    Comme deux potaches, nous bavardions. Mon ignorance abyssale en biologie l'accablait.
    C'est lui qui m'a donné l'idée de ce livre : "Puisque, par on ne sait quel désolant hasard, tu occupes le fauteuil de Pasteur, plonge-toi dans son existence, tu seras bien obligé d'apprendre un peu !" Voici, racontés par un ignorant qui se soigne, quelques-uns des principaux mécanismes de la vie.
    Voici mises à jour les manigances des microbes, voici dévoilés les sortilèges de la fermentation, voici l'aventure des vaccinations. Voici, bien sûr, la guerre victorieuse contre la rage.
    Voici Marie : plus qu'une épouse, une complice, une organisatrice, une alliée dans tous les combats.
    Voici un père qui a vu trois de ses filles emportées par la maladie à deux ans, neuf ans et douze ans. La mort ne lui aura jamais pardonné d'avoir tant fait progresser la vie.
    Dans ce XIXe siècle assoiffé de connaissances, voici LE savant.

  • A Versailles, souvent je tends l'oreille, rêvant de retrouver une amitié, une conversation quotidienne et qui dura trente-cinq ans. Entre Louis XIV et André Le Nôtre. Le monarque le plus puissant à qui tout doit céder, même le temps. Et l'homme de la terre, le saisonnier, celui qui reste du côté de la nature, même s'il la force comme personne avant lui. Ensemble ils ont écrit le plus grand livre du monde - mille hectares -, le roman du Soleil incarné. La seule histoire occidentale qui impressionnait Quianlong, l'empereur de Chine, le créateur du jardin de la Transparence parfaite.

  • A 380

    Erik Orsenna

    • Fayard
    • 14 Novembre 2007

    Comment rendre compte d'une histoire aussi exceptionnelle que celle de l'A380

  • LE CHEF-D'OEUVRE D'ÉRIK ORSENNA SUR LE NOTRE, SOMPTUEUSEMENT ILLUSTRE Membre de l'Académie française, prix Goncourt 1988, Érik Orsenna, romancier et essayiste à succès, est également président de l'École supérieure du paysage à Versailles.

  • Le luthier lui conseille : mais non, mais non. jeune homme, tentez donc l'aventure. C'est un si bel instrument, sensible, discret, ancien et moderne à la fois. Mettez-vous au travail. Ne la vendez pas déjà. Le jeune homme approche la guitare, il la touche et commence à en rêver la nuit.


    Chaque nouvelle met en scène des personnages réels et fondateurs du monde de la guitare, des anecdotes, des styles de musique, des guitares mythiques.


    Le luthier, lui aussi, confie ses souvenirs, son savoir-faire.

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