Dorothée Moisan

  • La production mondiale de plastique va doubler d'ici 2040. Les nettoyages de plages et autres interdictions de cotons-tiges ne suffiront pas à éteindre la menace. L'industrie promet d'injecter 1,5 milliard de dollars pour muscler le recyclage. Ce qu'elle dit moins, c'est qu'elle projette d'investir, rien qu'aux États-Unis, 200 milliards dans de nouvelles usines de production. De son côté, l'Europe réglemente le plastique à usage unique tout en laissant le milliardaire britannique Jim Ratcliffe et son entreprise Ineos construire sur le port d'Anvers un énorme site de production, alimenté par du gaz de schiste américain. Destination phare des déchets occidentaux, l'Asie fait désormais figure de première poubelle de la planète.

    À l'image du tabac en son temps, ou plus récemment de Monsanto, les industriels s'emploient à fabriquer du doute, minimiser les dangers du plastique pour détourner l'attention de la face cachée de l'iceberg. Car au-delà de la pollution visible qu'il génère, le plastique nous empoisonne au quotidien. Un poison impalpable fait d'additifs toxiques et de microparticules qui imprègnent l'air, l'eau, les sols et les corps. Pollution, danger climatique, mortalité accrue, chute de la fertilité... Le plastique n'est plus fantastique.

    De la Chine, premier producteur mondial de plastique, aux stratégies de l'industrie en Afrique, le nouveau marché à conquérir, en passant par la « Death Alley » en Louisiane et son taux record de cancers, bienvenue dans une industrie qui nous intoxique, mais ne connaît pas la crise.

  • Fils d'avocate, avocat lui-même, Nicolas Sarkozy entretient un rapport aussi étroit qu'inédit avec la justice. Alors que ses prédécesseurs à l'Elysée répugnaient à s'y frotter, il en a fait son domaine réservé. Depuis mai 2007, il a repris en main l'institution judiciaire afin de servir ses objectifs politiques, mais aussi privés. Ainsi, il est le premier président français à avoir poursuivi ses adversaires au pénal, alors qu'il est lui-même inattaquable. Qu'ils s'appellent Tapie, Clavier ou Bongo, ses amis sont bien mieux servis par la justice que le citoyen lambda. Quant aux affaires comme Bettencourt ou l'Angolagate, elles ont montré que l'Elysée ne se tenait jamais loin des prétoires. Propulsé au pouvoir par la vague sécuritaire de 2002, Nicolas Sarkozy a fait des victimes et des faits divers un véritable fonds de commerce. Sa détermination envers les « voyous » n'a d'égal que sa défiance des juges, présentés comme une dangereuse bande de laxistes. Son monde idéal est un monde sans juges d'instruction. Sans eux, pas d'affaire Karachi, et surtout, la paix judiciaire pour les patrons et les politiques.

  • Djihadistes au Sahel, pirates en Somalie, Farc en Colombie, ils n'ont d'yeux que pour elle : la rançon. Vieille comme le monde, elle alimente aujourd'hui un véritable business, trusté par les assureurs anglo-saxons qui louvoient entre preuves de vie, jeux de piste et intermédiaires. Face à ce terrible marché, précisément tarifé, les acheteurs se sont organisés : la police a découvert les vertus de la négociation, les consultants privés ont développé des services aussi spécialisés que coûteux. Tiraillés entre le sauvetage de leurs ressortissants et la lutte antiterroriste, les gouvernements tâtonnent. À quatre millions l'otage à l'Argus sahélien, la facture grimpe vite. « On ne paiera pas », a dit François Hollande. Vraiment ? Pour le savoir, Dorothée Moisan a rencontré espions, négociateurs et assureurs, nous plongeant au coeur d'un univers où le secret règne en maître.
    Correspondante de l'Agence France-Presse à Bruxelles puis au Palais de Justice de Paris, Dorothée Moisan est spécialiste des affaires judiciaires et policières. Elle a notamment publié en 2011 Le Justicier - Enquête sur un président au-dessus des lois.

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